Création d'entreprise
Gestion & contrats
Conseil & protection
Outils
Tarifs Expertise
Créer mon entreprise Demander un devis
Statuts juridiques

Cotisations sociales sur dividendes SARL : le seuil 10%

Sandrine Chiorozas · · 11 min de lecture
Cotisations sociales sur dividendes SARL : le seuil 10% expliqué pour gérant majoritaire

Chaque année, des gérants majoritaires de SARL distribuent des dividendes sans avoir anticipé la règle du seuil de 10 %. Résultat : un rappel de cotisations sociales de l’URSSAF qui arrive des mois plus tard, parfois pour plusieurs dizaines de milliers d’euros. Cette règle est méconnue, souvent mal appliquée, et pourtant elle change radicalement l’équation financière de la SARL.

Je vais l’expliquer ici sans détour, avec les chiffres 2026, les formules de calcul et les situations concrètes que je rencontre dans ma pratique.

Pourquoi les dividendes SARL ne sont pas comme les autres

Quand un associé de SAS perçoit des dividendes, ils sont soumis aux prélèvements sociaux au taux de 18,6 % (depuis le 1er janvier 2026, contre 17,2 % auparavant). C’est tout. Pas de cotisations URSSAF supplémentaires.

Pour le gérant majoritaire de SARL, le raisonnement est fondamentalement différent. L’administration fiscale et l’URSSAF considèrent qu’une partie de ses dividendes représente en réalité une rémunération déguisée. Cette fraction est donc soumise aux cotisations sociales des travailleurs non salariés (TNS), qui tournent autour de 45 % selon le niveau de revenus.

La question n’est donc pas “mes dividendes sont-ils soumis à cotisations ?” mais “quelle fraction de mes dividendes dépasse le seuil au-delà duquel l’URSSAF considère qu’il s’agit de revenus d’activité ?”

Base légale : L’assujettissement aux cotisations sociales des dividendes versés aux gérants majoritaires de SARL est prévu à l’article L. 131-6 du Code de la Sécurité sociale. Il s’applique aux gérants affiliés au régime des travailleurs indépendants (anciennement RSI, aujourd’hui Sécurité sociale des indépendants gérée par l’URSSAF).

La règle du seuil de 10 % : fonctionnement précis

La définition du seuil

Le seuil de déclenchement est égal à 10 % de la somme des trois éléments suivants :

  1. Le capital social de la SARL (libéré)
  2. Les primes d’émission liées aux apports en numéraire ou en nature
  3. La moyenne annuelle des sommes laissées en compte courant d’associé par le gérant concerné

La fraction des dividendes qui dépasse ce seuil est intégrée dans l’assiette des cotisations sociales TNS.

La fraction qui reste en dessous du seuil est soumise uniquement aux prélèvements sociaux au taux de 18,6 % (régime identique aux dividendes d’une SAS).

45%
Taux moyen de cotisations TNS sur la fraction excédentaire
URSSAF 2026

Exemple chiffré

Prenons une SARL avec les paramètres suivants :

  • Capital social : 10 000 €
  • Primes d’émission : 0 €
  • Compte courant d’associé moyen sur l’année : 20 000 €
  • Dividendes versés au gérant majoritaire : 30 000 €

Calcul du seuil : 10 % × (10 000 + 0 + 20 000) = 10 % × 30 000 = 3 000 €

Fraction exonérée de cotisations : 3 000 € → soumis aux prélèvements sociaux à 18,6 % Fraction assujettie aux cotisations TNS : 30 000 - 3 000 = 27 000 € → soumis aux cotisations TNS (~45 %)

Dans cet exemple, 90 % des dividendes versés supportent des cotisations sociales lourdes. Un dirigeant qui n’a pas anticipé ce calcul peut se retrouver avec un coût réel de ses dividendes très supérieur à ce qu’il imaginait.

Piège fréquent : le compte courant d’associé pris en compte est une moyenne annuelle, pas le solde au 31 décembre. Un dirigeant qui remonte son compte courant en fin d’année pour “améliorer” le seuil rate le calcul. L’URSSAF utilise la moyenne des soldes mensuels sur l’exercice.

Qui est concerné par cette règle ?

Les gérants majoritaires de SARL

La règle s’applique aux gérants qui détiennent, seuls ou avec leur conjoint, partenaire de PACS, descendants et ascendants, plus de 50 % des parts sociales de la SARL.

Le gérant minoritaire ou égalitaire n’est pas concerné : ses dividendes sont traités comme ceux d’un associé ordinaire, soumis uniquement aux prélèvements sociaux à 18,6 %.

Les associés non gérants

Un associé de SARL qui ne détient pas la gérance majoritaire n’est pas soumis à la règle du seuil de 10 %. Ses dividendes relèvent du PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) à 31,4 % depuis 2026 (12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux), ou du barème progressif sur option.

31,4%
Taux PFU 2026 sur dividendes (contre 30% avant 2026)
Loi de finances 2026

Comparatif SARL vs SAS sur les dividendes

Dividendes : SARL gérant majoritaire vs SAS président

CritèreSARL gérant majoritaireSAS président
Fraction sous seuil 10 %Prélèvements sociaux 18,6 %Prélèvements sociaux 18,6 %
Fraction au-delà seuil 10 %Cotisations TNS ~45 %Pas de cotisations supplémentaires
Protection socialeRégime TNS (URSSAF indépendants)Aucune (dividendes = revenus capital)
Impôt sur le revenuPFU 12,8 % ou barème progressifPFU 12,8 % ou barème progressif
Taux global moyen dividendes45 à 60 % selon fraction excédentaire31,4 % (PFU)
Droits à la retraiteOui (cotisations retraite incluses)Non (dividendes ne génèrent pas de droits)

Ce tableau résume la différence structurelle : la SAS est fiscalement plus avantageuse pour les distributions de dividendes, mais la SARL ouvre des droits sociaux sur la fraction assujettie aux cotisations TNS. C’est un arbitrage, pas une évidence.

Ce que j’ai vu en pratique

Client 1 : le dirigeant qui découvre la règle lors d’un contrôle URSSAF

Thomas, gérant majoritaire d’une SARL de services informatiques, s’était versé 60 000 € de dividendes sur trois exercices consécutifs. Son capital social était de 1 000 €, aucun compte courant d’associé. Le seuil était donc de 100 € par an.

Lors d’un contrôle URSSAF, les 59 900 € annuels de dividendes ont été intégrés dans l’assiette des cotisations TNS. Le rappel sur trois ans dépassait 80 000 €, majorations comprises. Thomas n’avait pas eu de mauvaise intention : personne ne lui avait expliqué la règle.

Client 2 : l’optimisation par le capital social

Nathalie dirigeait une SARL de conseil avec un capital de 1 000 € et souhaitait se verser 50 000 € de dividendes. Avant de procéder, elle m’a consultée. Nous avons analysé l’impact de l’augmentation du capital social.

En portant le capital à 200 000 € (apport en numéraire), le seuil passait à 20 000 €. Sur 50 000 € de dividendes, seulement 30 000 € restaient assujettis aux cotisations TNS au lieu de 49 900 €. Le coût de l’augmentation de capital était largement amorti dès la première distribution.

Client 3 : le compte courant mal piloté

Karim avait laissé 100 000 € en compte courant d’associé dans sa SARL tout au long de l’année. Le seuil de cotisations atteignait 10 % × (5 000 + 100 000) = 10 500 €. Il voulait se verser 15 000 € de dividendes. Seulement 4 500 € dépassaient le seuil, ce qui restait gérable.

L’erreur qu’il a failli commettre : retirer les 100 000 € du compte courant en décembre pour “repartir à zéro” l’année suivante, en pensant que cela améliorerait sa situation. En réalité, cela aurait réduit la moyenne annuelle de son compte courant, donc diminué son seuil de 10 %, et soumis une fraction plus large de ses dividendes futurs aux cotisations TNS.

Client 4 : la SARL avec deux associés dont un seul gérant majoritaire

Dans une SARL familiale avec deux associés à 50/50, ni l’un ni l’autre n’était gérant majoritaire au sens strict (50 % chacun = égalitaires). Les dividendes versés aux deux associés n’étaient pas soumis aux cotisations TNS. La structuration de la répartition des parts avait été pensée dès la création de la société pour éviter cette situation.

Stratégie préventive : si votre SARL est constituée avec un conjoint ou partenaire, vérifiez que la détention conjointe ne dépasse pas 50 % au sens du Code de la sécurité sociale. La définition légale prend en compte les parts du conjoint, descendants et ascendants dans le calcul de la majorité.

Les leviers pour optimiser l’impact du seuil de 10 %

1. Augmenter le capital social

C’est la variable la plus directement manipulable. Un capital social plus élevé augmente mécaniquement le seuil de 10 %. Attention : l’augmentation de capital doit être réelle (apport effectif), pas fictive.

2. Gérer le compte courant d’associé

Maintenir un solde moyen élevé sur l’année dans son compte courant d’associé augmente le seuil. Mais attention : les intérêts versés sur le compte courant sont déductibles pour la société dans la limite du taux URSSAF, et imposables comme revenus de capitaux mobiliers pour le dirigeant.

3. Arbitrer entre rémunération et dividendes

La rémunération du gérant majoritaire est déductible du résultat de la SARL, ce qui réduit l’IS. Les dividendes, eux, sont versés après impôt sur les sociétés. Selon le niveau de rémunération et de bénéfices, l’arbitrage optimal diffère. Il n’existe pas de réponse universelle.

4. Envisager la SAS selon les objectifs

Si vous distribuez des dividendes importants sans chercher à constituer des droits sociaux supplémentaires, la SAS peut être plus adaptée. Ses dividendes ne sont soumis qu’aux prélèvements sociaux à 18,6 %, sans cotisations TNS, quelle que soit leur montant.

18,6%
Taux des prélèvements sociaux 2026 sur dividendes sous seuil (et sur tous dividendes SAS)
Loi de finances 2026 - ex 17,2%

La déclaration : comment ça se passe concrètement

Intégration dans l’assiette TNS

La fraction des dividendes qui dépasse le seuil de 10 % est à déclarer dans la déclaration de revenus des indépendants. Elle s’ajoute aux revenus professionnels pour le calcul des cotisations sociales.

Les cotisations sont calculées sur une base provisionnelle (revenus N-2), puis régularisées dès que les revenus définitifs de l’année N sont connus. Un dirigeant qui augmente fortement ses dividendes une année doit anticiper une régularisation de cotisations l’année suivante.

Les prélèvements sociaux sur la partie sous seuil

La fraction sous le seuil de 10 % est soumise aux prélèvements sociaux à 18,6 % via le PFU ou le barème. Ces prélèvements sociaux sont prélevés à la source par l’établissement financier lors du versement des dividendes.

Règle de non-cumul : la fraction des dividendes assujettie aux cotisations TNS (~45 %) est exonérée des prélèvements sociaux de 18,6 %. Il n’y a pas de double prélèvement sur la même assiette. Source : URSSAF - Réforme de l’assiette sociale des indépendants

La réforme de l’assiette sociale des indépendants

Depuis 2026, la réforme de l’assiette sociale des travailleurs indépendants, initiée par la loi de financement de la sécurité sociale 2024, s’applique pleinement. Elle a modifié les modalités de calcul des cotisations des TNS, en rapprochant davantage l’assiette des cotisations du revenu réellement disponible.

Cette réforme ne supprime pas la règle du seuil de 10 % sur les dividendes, mais elle modifie les règles de calcul de l’assiette des cotisations du gérant majoritaire. Pour les dividendes, le principe reste le même : dépassement du seuil = cotisations TNS.

Je conseille à tous les gérants majoritaires de SARL de vérifier leur simulation avec leur expert-comptable ou de consulter le simulateur dividendes URSSAF pour estimer l’impact des nouvelles règles sur leur situation.

Questions fréquentes

La règle du seuil 10 % s’applique-t-elle aussi à l’EURL ?

Oui. L’EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est une SARL à associé unique. Son gérant est par définition associé unique et donc gérant majoritaire. La règle du seuil de 10 % s’applique dans les mêmes conditions.

Que se passe-t-il si la SARL a plusieurs gérants ?

La règle s’applique gérant par gérant. Seul le gérant qui détient plus de 50 % des parts (seul ou avec ses proches) est concerné. Un cogérant minoritaire n’est pas soumis à cette règle, même si l’ensemble des gérants dépasse 50 %.

Les dividendes versés au conjoint du gérant majoritaire sont-ils concernés ?

Si le conjoint est simplement associé (sans exercer de fonctions de gérant), ses dividendes ne sont pas soumis aux cotisations TNS. En revanche, pour le calcul du seuil de 10 % du gérant majoritaire, les parts détenues par le conjoint entrent bien dans le calcul de la majorité. La fraction excédentaire du gérant reste soumise aux cotisations.

Peut-on déduire les cotisations TNS sur dividendes du résultat imposable ?

Non. Les cotisations sociales payées sur les dividendes requalifiés en revenus d’activité sont déductibles du revenu imposable du dirigeant au niveau de l’impôt sur le revenu, mais pas du résultat de la société. Ce sont des charges personnelles du gérant.

Comment déclarer la fraction excédentaire ?

Elle est à reporter dans la déclaration n°2035 (BNC) ou dans la liasse fiscale professionnelle selon la forme retenue, puis reprise dans la déclaration annuelle aux organismes sociaux. En pratique, c’est l’expert-comptable qui intègre ce calcul dans la déclaration sociale des indépendants (DSI).

Y a-t-il un intérêt à rester sous le seuil ?

Pas nécessairement. La fraction qui dépasse le seuil est soumise aux cotisations TNS, mais ces cotisations ouvrent des droits : retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès, maladie-maternité. Un dirigeant qui cherche à constituer des droits à la retraite peut avoir intérêt à dépasser le seuil.

Que faire si j’ai mal calculé et que mes dividendes auraient dû être soumis à cotisations ?

L’URSSAF dispose d’un délai de reprise de 3 ans (en général). Une régularisation spontanée, accompagnée d’une demande de délai de paiement, est toujours préférable à un contrôle. Les majorations de retard sont évitables si la régularisation est proactive.


Chez Jurixa, j’accompagne les dirigeants de SARL sur ces questions dès la création de la société, pour structurer la répartition entre rémunération et dividendes de façon cohérente avec les objectifs patrimoniaux et sociaux. La règle du seuil de 10 % n’est pas un piège si on la connaît avant de distribuer.

Sources :

Cet article vous a été utile ?

Aidez-nous à nous faire connaître en le partageant à votre communauté 🙏

LinkedInXFacebook
Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

Contenu vérifié en avril 2026 Legifrance Service-public.fr Infogreffe

Besoin d'un accompagnement expert ?

Échangez gratuitement avec Sandrine pour votre projet d'entreprise.