Création d'entreprise
Gestion & contrats
Conseil & protection
Outils
Tarifs Expertise
Créer mon entreprise Demander un devis
Créer son entreprise

Droit d'enregistrement fonds de commerce : calcul & barème 2026

Sandrine Chiorozas · · 9 min de lecture
Calcul des droits d'enregistrement lors d'une cession de fonds de commerce

La semaine dernière encore, un client repreneur me contactait, un peu paniqué, après avoir signé une promesse de cession pour un fonds de commerce à 280 000 €. Il venait de réaliser qu’il n’avait pas du tout budgété les droits d’enregistrement — et que la facture fiscale allait dépasser 10 000 €. Une surprise désagréable, qui aurait pu être évitée avec quelques calculs simples en amont.

Mon objectif aujourd’hui est de vous donner toutes les clés pour comprendre, calculer et anticiper les droits d’enregistrement lors d’une cession de fonds de commerce — que vous soyez acheteur ou vendeur.


Cession de fonds de commerce : comprendre les droits d’enregistrement

Qu’est-ce qu’un droit d’enregistrement ? Définition simple

Un droit d’enregistrement, c’est simplement un impôt que vous payez à l’État pour faire reconnaître officiellement un acte juridique — ici, le transfert de propriété d’un fonds de commerce. En langage courant : quand vous achetez un fonds de commerce, vous devez “déclarer” cette transaction au fisc, qui en profite pour percevoir une taxe proportionnelle au prix payé.

Ces droits sont aussi appelés droits de mutation à titre onéreux — “mutation” désignant le changement de propriétaire, “à titre onéreux” signifiant que c’est une vente (par opposition à une donation, qui obéit à d’autres règles).

Le fondement légal se trouve à l’article 719 du Code Général des Impôts (CGI), consultable sur Legifrance. C’est ce texte qui fixe le barème et les conditions d’application.

Pourquoi sont-ils obligatoires lors d’une cession ?

L’acte de cession d’un fonds de commerce doit obligatoirement être enregistré auprès du Service des Impôts des Entreprises (SIE) dans le mois suivant sa signature. C’est une formalité légale, pas une option. Sans cet enregistrement, l’acte n’est pas opposable aux tiers — autrement dit, la vente n’existe pas “officiellement” aux yeux de l’administration et des créanciers éventuels.

En pratique, je vois souvent des repreneurs négliger cette étape dans l’euphorie de la signature. C’est une erreur qui peut avoir des conséquences sérieuses, notamment en cas de litige ultérieur sur la propriété du fonds.


Comment calculer les droits d’enregistrement ? Le guide étape par étape

1

Définir le prix de cession

Prenez le prix de vente convenu, auquel vous ajoutez les charges éventuellement supportées par l’acheteur (dettes reprises, par exemple). C’est ce total — prix + charges — qui constitue la base de départ.

2

Identifier l’assiette taxable

Déduisez du prix total les éléments expressément exclus de la taxation, notamment les stocks de marchandises neuves. Ce qui reste constitue l’assiette taxable, c’est-à-dire la base sur laquelle s’applique le barème.

3

Appliquer le barème progressif par tranche

Appliquez successivement les taux de 0 %, 3 % et 5 % sur chaque tranche de l’assiette taxable, selon le barème légal en vigueur.

4

Vérifier son éligibilité à un abattement ou une exonération

Certaines situations (rachat par un salarié, cession en zone rurale, transmission familiale) ouvrent droit à des avantages fiscaux significatifs. Ne passez pas à côté.

Étape 1 : Déterminer l’assiette taxable (la base de calcul)

Selon impots.gouv.fr, le droit d’enregistrement est calculé sur le prix de cession augmenté des charges, ou sur la valeur vénale du fonds si celle-ci est supérieure. Cette précision est importante : si l’administration fiscale estime que le prix est anormalement bas par rapport à la valeur réelle du marché, elle peut redresser le calcul sur la base de cette valeur vénale.

Les éléments à inclure dans l’assiette taxable

Sont intégrés dans la base de calcul tous les éléments constitutifs du fonds de commerce au sens du Bofip (BOI-ENR-DMTOM-10-10-10) :

  • La clientèle (l’actif le plus précieux d’un fonds)
  • Le droit au bail (le droit d’occuper les locaux selon les conditions du bail commercial existant)
  • Le matériel et l’outillage
  • Le nom commercial et l’enseigne
  • Les licences (licence IV pour un bar, par exemple)
  • Le site internet et les éléments numériques rattachés au fonds

Les éléments à exclure

Ce que je rappelle systématiquement à mes clients : les stocks de marchandises neuves sont expressément exonérés de droits d’enregistrement, conformément à ce que précise Service-Public.fr. Si vous achetez une boulangerie avec 8 000 € de farine, de sucre et d’emballages en stock, cette somme ne rentre pas dans l’assiette taxable — à condition qu’elle soit clairement ventilée dans l’acte de cession.

Sont également exclus :

  • Les créances (sommes dues au vendeur par ses clients)
  • Les liquidités (trésorerie)
  • Les immeubles (qui font l’objet d’une taxation séparée)

Conseil d’expert Jurixa — La ventilation du prix, un enjeu fiscal majeur

L’une des erreurs les plus coûteuses que je vois dans les actes de cession : l’absence de ventilation précise entre les éléments taxables (fonds proprement dit) et les éléments non taxables (stocks, créances). Si l’acte mentionne un prix global sans détail, l’administration fiscale peut considérer que l’intégralité du prix est taxable. Exiger une ventilation claire dans l’acte, c’est souvent économiser plusieurs milliers d’euros de droits. Je l’inclus systématiquement dans les actes que je rédige.


Le barème progressif des droits d’enregistrement en 2026

Le barème est progressif, ce qui signifie que chaque tranche du prix est taxée à un taux différent — exactement comme le barème de l’impôt sur le revenu. Vous ne payez pas 5 % sur la totalité du prix, mais 5 % uniquement sur la part qui dépasse 200 000 €.

3 tranches
dans le barème progressif des droits d'enregistrement
Article 719 CGI
Tranche du prix de cessionTaux applicable
Jusqu’à 23 000 €0 %
De 23 001 € à 200 000 €3 %
Au-delà de 200 000 €5 %

Montant minimum : Le droit d’enregistrement ne peut pas être inférieur à 25 €, même si le calcul aboutit à un montant moindre (ce qui n’arrive en pratique que pour des cessions très modestes).

À noter : Ces taux s’appliquent au niveau national. Des taxes additionnelles au profit des départements et des communes peuvent s’y ajouter dans certains cas, mais elles restent marginales dans la grande majorité des cessions de fonds de commerce.


Exemples concrets : simulez le coût de votre acquisition

Cas pratique 1 : Cession d’un petit commerce à 80 000 €

Imaginons la cession d’une boutique de prêt-à-porter. Le prix total est de 80 000 €, dont 5 000 € de stocks neufs clairement identifiés dans l’acte.

Assiette taxable : 80 000 € − 5 000 € = 75 000 €

Calcul par tranches :

  • Tranche 0 % : 23 000 € × 0 % = 0 €
  • Tranche 3 % : (75 000 € − 23 000 €) × 3 % = 52 000 € × 3 % = 1 560 €

Total des droits d’enregistrement : 1 560 €

Sans la ventilation des stocks, les droits auraient été calculés sur 80 000 €, soit (80 000 − 23 000) × 3 % = 1 710 €. Une économie de 150 € sur un simple poste de rédaction d’acte — et sur des fonds plus importants, l’enjeu est bien plus élevé.

Cas pratique 2 : Cession d’un restaurant à 350 000 €

Un restaurant est cédé pour 350 000 €, dont 20 000 € de stocks (vins, denrées alimentaires) ventilés dans l’acte.

Assiette taxable : 350 000 € − 20 000 € = 330 000 €

Calcul par tranches :

  • Tranche 0 % : 23 000 € × 0 % = 0 €
  • Tranche 3 % : (200 000 € − 23 000 €) × 3 % = 177 000 € × 3 % = 5 310 €
  • Tranche 5 % : (330 000 € − 200 000 €) × 5 % = 130 000 € × 5 % = 6 500 €

Total des droits d’enregistrement : 11 810 €

C’est exactement le type de situation que vivait mon client repreneur dont je vous parlais en introduction. 11 810 €, c’est une somme qu’il faut anticiper dans son plan de financement — idéalement plusieurs mois avant la signature.


Comment réduire les droits ? Les cas d’exonérations et d’abattements

L’abattement de 300 000 € : une opportunité pour les salariés et la famille

C’est l’un des dispositifs les plus méconnus et pourtant les plus puissants. L’article 732 ter du CGI prévoit un abattement de 300 000 € sur la valeur du fonds pour le calcul des droits d’enregistrement, sous conditions. Il s’applique notamment lorsque :

  • L’acquéreur est un salarié ou apprenti de l’entreprise depuis au moins deux ans
  • L’acquéreur est un membre de la famille du cédant (conjoint, partenaire de PACS, ascendants, descendants)

Concrètement, pour un fonds cédé à 280 000 €, si l’acheteur est un salarié éligible, l’assiette taxable tombe à zéro — les droits d’enregistrement sont réduits à néant (ou au minimum légal de 25 €). C’est considérable.

Ce que je recommande à mes clients cédants : si vous avez un salarié de confiance intéressé par la reprise, évoquer ce dispositif peut débloquer une négociation qui semblait impossible financièrement.

L’exonération totale en Zones de Revitalisation Rurale (ZRR)

Les acquisitions de fonds de commerce réalisées dans des Zones de Revitalisation Rurale peuvent bénéficier d’une exonération totale des droits d’enregistrement, sous réserve de conditions liées notamment à l’engagement de maintien de l’activité et à la taille de l’entreprise. Le Bofip (BOI-ENR-DMTOM-10-20-20) détaille les conditions précises d’application.

Les avantages fiscaux en Zones Franches Urbaines (ZFU)

Dans les Zones Franches Urbaines — Territoires Entrepreneurs (ZFU-TE), des exonérations similaires peuvent s’appliquer. Ces zones, situées dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville, bénéficient d’un régime fiscal spécifique pour encourager l’implantation et la reprise d’activités commerciales.

En pratique, je constate que ces dispositifs zonaux sont sous-utilisés, faute d’information. Si votre projet de reprise se situe dans une zone rurale ou un quartier prioritaire, il vaut vraiment la peine de vérifier l’éligibilité avant de signer.


Déclaration et paiement : les démarches pratiques à ne pas manquer

Qui paie les droits ? Le principe et les exceptions contractuelles

Par principe, les droits d’enregistrement sont à la charge de l’acquéreur du fonds de commerce. C’est lui qui est redevable vis-à-vis de l’administration fiscale.

Cela dit, rien n’interdit aux parties de prévoir contractuellement que le vendeur prendra en charge tout ou partie de ces droits — c’est parfois un levier de négociation dans les cessions. Mais attention : même si le vendeur paie en pratique, l’acquéreur reste solidairement responsable devant le fisc en cas de non-paiement.

Le délai d’un mois pour enregistrer l’acte de cession

1

Jour J — Signature de l’acte de cession

La vente est conclue. L’acte doit mentionner la ventilation précise du prix entre les différents éléments (fonds, stocks, etc.).

2

J + 15 jours — Publication dans un journal d’annonces légales

Obligatoire pour informer les créanciers du cédant et leur permettre de faire opposition.

3

J + 15 jours après publication — Publication au BODACC

Effectuée par le Greffe du Tribunal de commerce, elle déclenche le délai d’opposition des créanciers.

4

J + 1 mois maximum — Enregistrement au SIE et paiement des droits

Délai impératif pour déposer l’acte au Service des Impôts des Entreprises et régler les droits calculés. Passé ce délai, des pénalités de retard s’appliquent.

Je préviens toujours mes clients que ce délai d’un mois court à compter de la date de l’acte, pas de son enregistrement. C’est une erreur classique qui génère des pénalités inutiles.

Auprès de quel Service des Impôts des Entreprises (SIE) se déclarer ?

L’acte doit être déposé auprès du SIE du lieu de situation du fonds de commerce — c’est-à-dire le service des impôts compétent pour la commune où est exploité le fonds. Vous pouvez trouver le SIE compétent via l’annuaire disponible sur impots.gouv.fr.

Le formulaire à utiliser est le n° 2672-SD (“Extrait d’acte de mutation de fonds de commerce ou de clientèle”), disponible sur impots.gouv.fr. Il accompagne l’acte de cession lors du dépôt.


FAQ — Vos questions sur les droits d’enregistrement

Les droits d’enregistrement sont-ils déductibles fiscalement pour l’acquéreur ?

Oui, dans la plupart des cas. Les droits d’enregistrement payés lors de l’acquisition d’un fonds de commerce constituent des frais d’acquisition, qui peuvent être soit déduits immédiatement du résultat imposable, soit incorporés au coût de revient du fonds et amortis. Le choix entre ces deux options mérite une analyse avec votre expert-comptable selon votre situation fiscale.

Que se passe-t-il si le prix déclaré est inférieur à la valeur réelle du fonds ?

L’administration fiscale dispose d’un droit de contrôle et peut remettre en cause un prix qu’elle estime anormalement bas par rapport à la valeur vénale du marché. Dans ce cas, elle recalcule les droits sur la valeur vénale et applique des intérêts de retard, voire des pénalités. Je conseille toujours à mes clients de documenter sérieusement la valorisation du fonds (méthode de calcul, comparables de marché) pour justifier le prix retenu.

L’abattement de 300 000 € s’applique-t-il automatiquement ?

Non. Il doit être expressément demandé dans l’acte de cession, et l’acquéreur doit s’engager à poursuivre l’exploitation du fonds pendant au moins cinq ans. Si cet engagement n’est pas respecté, les droits initialement exonérés deviennent exigibles, majorés d’intérêts. C’est une condition à ne pas négliger lors de la rédaction de l’acte.

Y a-t-il des droits d’enregistrement en cas de donation de fonds de commerce ?

Non, les droits d’enregistrement au sens de l’article 719 du CGI ne s’appliquent qu’aux mutations à titre onéreux (les ventes). En cas de donation, ce sont les droits de donation qui s’appliquent — un régime différent, avec ses propres abattements (notamment l’abattement Dutreil pour les transmissions d’entreprises familiales, qui peut réduire très significativement la fiscalité).

Combien coûte l’accompagnement juridique pour une cession de fonds de commerce ?

L’accompagnement par un juriste pour la rédaction et le suivi d’une cession de fonds de commerce représente généralement un investissement de quelques centaines à quelques milliers d’euros selon la complexité du dossier. Chez Jurixa, je propose des accompagnements sur devis, adaptés à chaque situation — qu’il s’agisse de la rédaction de l’acte, du conseil sur la ventilation du prix, ou du suivi des formalités post-cession. C’est un coût qui se rentabilise souvent dès la première optimisation fiscale identifiée.


Anticiper pour mieux négocier

Les droits d’enregistrement représentent un coût réel, mais parfaitement prévisible — et dans certains cas, très significativement réductible. L’erreur que je vois le plus souvent n’est pas de mal calculer ces droits, mais de ne pas les avoir intégrés du tout dans le budget d’acquisition. Sur un fonds à 300 000 €, on parle d’environ 10 000 à 12 000 € de droits : une somme qui doit figurer dans votre plan de financement dès le premier rendez-vous avec votre banquier.

La bonne nouvelle, c’est qu’avec une rédaction d’acte soignée — ventilation des stocks, mention des abattements applicables, vérification des zones géographiques — il est souvent possible de réduire substantiellement la facture. C’est précisément ce travail de fond que je réalise pour chaque client qui me confie l’accompagnement de sa reprise.

Cet article vous a été utile ?

Aidez-nous à nous faire connaître en le partageant à votre communauté 🙏

LinkedInXFacebook
Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

Contenu vérifié en mars 2026 Legifrance Service-public.fr Infogreffe

Besoin d'un accompagnement expert ?

Échangez gratuitement avec Sandrine pour votre projet d'entreprise.