La semaine dernière encore, un client dirigeant de SASU me posait la question : “Sandrine, je fais 60 km par jour pour aller sur mes chantiers, j’utilise mon véhicule personnel — est-ce que je peux déduire quelque chose ?” La réponse est oui, et le gain peut être significatif. Mon objectif aujourd’hui est de vous expliquer exactement comment fonctionne la déduction des frais kilométriques réels, qui peut en bénéficier, et comment constituer un dossier solide pour éviter tout désagrément en cas de contrôle fiscal.
Frais réels ou abattement de 10 % : le choix stratégique pour vos impôts
Comprendre l’abattement forfaitaire de 10 %
Par défaut, le fisc applique automatiquement un abattement de 10 % sur vos revenus salariaux pour tenir compte de vos frais professionnels. C’est ce que l’administration appelle la déduction forfaitaire. En 2025 (pour les revenus 2024), cet abattement est plafonné à environ 14 157 € et ne peut pas être inférieur à 495 €, selon les données publiées sur impots.gouv.fr.
Concrètement : si vous gagnez 35 000 € bruts, l’abattement automatique est de 3 500 €. Vous n’avez rien à faire, rien à justifier. C’est simple et pratique.
Quand l’option pour les frais réels devient-elle plus avantageuse ?
L’option pour les frais réels consiste à remplacer cet abattement forfaitaire par le montant exact de vos dépenses professionnelles réelles — à condition de pouvoir les justifier. Elle devient intéressante dès que vos frais réels dépassent 10 % de vos revenus.
Dans ma pratique, je constate que c’est presque toujours le cas pour les personnes qui :
- habitent à plus de 20-25 km de leur lieu de travail,
- utilisent leur véhicule personnel (et non un véhicule de société),
- n’ont pas accès aux transports en commun ou travaillent en horaires décalés.
Exemple chiffré : le cas de Sophie, consultante à 45 km de son bureau
Sophie est consultante RH, salaire net imposable de 42 000 €. Elle habite à 45 km de son bureau et travaille environ 220 jours par an.
- Abattement forfaitaire automatique : 42 000 × 10 % = 4 200 €
- Frais kilométriques réels (véhicule 6 CV, barème 2025) : 90 km/jour × 220 jours = 19 800 km → application de la formule du barème (voir ci-dessous) → environ 6 600 €
Sophie a tout intérêt à opter pour les frais réels : elle déduit 2 400 € de plus, ce qui représente une économie d’impôt réelle selon sa tranche marginale.
Frais réels vs Abattement 10% : Que choisir ?
| Critère | Abattement 10% | Frais réels |
|---|---|---|
| Principe | Déduction automatique de 10% sur vos salaires (plafonnée) | Déduction du montant exact de vos frais professionnels |
| Avantage | Simple, aucune justification nécessaire | Potentiellement bien plus élevé que 10%, optimisation fiscale réelle |
| Inconvénient | Plafonné, pas toujours à votre avantage | Nécessite justificatifs et rigueur |
| Idéal pour | Domicile proche du travail, transports en commun, peu de frais | Long trajet domicile-travail, véhicule personnel, frais importants |
Le barème kilométrique 2025 (sur revenus 2024) : les chiffres officiels
Bonne nouvelle confirmée par Service-Public.fr : les barèmes kilométriques 2025 sont identiques à ceux de l’année précédente. Pas de changement de grille à mémoriser cette année.
Tableau du barème pour les voitures
Selon les données publiées par Bpifrance Création et confirmées sur impots.gouv.fr :
| Puissance fiscale | Jusqu’à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d × 0,529 | (d × 0,316) + 1 065 | d × 0,370 |
| 4 CV | d × 0,606 | (d × 0,340) + 1 330 | d × 0,407 |
| 5 CV | d × 0,636 | (d × 0,357) + 1 395 | d × 0,427 |
| 6 CV | d × 0,665 | (d × 0,374) + 1 457 | d × 0,447 |
| 7 CV et plus | d × 0,697 | (d × 0,394) + 1 515 | d × 0,470 |
d = distance parcourue en kilomètres
Tableau du barème pour les deux-roues (motos, scooters)
| Puissance fiscale | Jusqu’à 3 000 km | De 3 001 à 6 000 km | Au-delà de 6 000 km |
|---|---|---|---|
| 1 ou 2 CV | d × 0,395 | (d × 0,099) + 891 | d × 0,248 |
| 3, 4 ou 5 CV | d × 0,468 | (d × 0,082) + 1 158 | d × 0,275 |
| Plus de 5 CV | d × 0,606 | (d × 0,079) + 1 583 | d × 0,343 |
L’astuce de Jurixa : n’oubliez pas le barème vélo et la majoration de 20 % pour les véhicules électriques
Deux points que j’oublie rarement de mentionner à mes clients :
Le barème vélo : si vous utilisez votre vélo personnel (ou vélo à assistance électrique) pour vous rendre au travail, vous pouvez déduire 0,25 € par kilomètre. C’est modeste mais réel, et cumulable avec d’autres frais.
La majoration de 20 % pour les véhicules 100 % électriques : c’est une mesure incitative officielle. Si votre voiture est entièrement électrique, le résultat obtenu via le barème est multiplié par 1,20. Concrètement, pour 10 000 km avec un véhicule 5 CV électrique, au lieu de déduire environ 4 200 €, vous déduisez environ 5 040 €. Un avantage non négligeable qui mérite d’être connu.
Retrouvez le simulateur officiel directement sur impots.gouv.fr pour calculer vos frais kilométriques en quelques clics. Il intègre automatiquement la majoration électrique et les bonnes tranches du barème.
Comment calculer précisément vos frais kilométriques réels ?
La formule de calcul expliquée pas à pas
Calculez la distance annuelle
Multipliez la distance aller-retour quotidienne par le nombre de jours réellement travaillés. Déduisez les congés payés, RTT, jours de télétravail et arrêts maladie.
Identifiez votre tranche
Repérez la puissance fiscale (en CV) de votre véhicule sur votre carte grise, à la rubrique “P6”. Attention : il s’agit de la puissance fiscale, pas de la puissance réelle en chevaux.
Appliquez la bonne formule
Localisez votre tranche kilométrique dans le tableau ci-dessus et appliquez la formule correspondante. Si votre véhicule est électrique, multipliez le résultat par 1,20.
Ajoutez les frais annexes
Péages et frais de stationnement professionnels peuvent s’ajouter au résultat du barème, sur présentation de justificatifs.
La règle des 40 km (80 km aller-retour) : principe et exceptions à connaître
C’est l’un des points qui génère le plus de questions. Selon le simulateur officiel d’impots.gouv.fr, la déduction des frais de transport domicile-travail est admise dans la limite de 40 km entre le domicile et le lieu de travail (soit 80 km aller-retour par jour).
Au-delà de cette limite, la déduction n’est pas automatiquement refusée, mais vous devez justifier que l’éloignement est lié à des circonstances particulières — et c’est là que le fisc peut être tatillon. Les motifs reconnus par l’administration fiscale (BOFiP-Impôts) incluent notamment :
- L’emploi du conjoint ou partenaire de PACS dans une autre ville,
- Des raisons de santé documentées,
- L’impossibilité de trouver un logement à proximité à un prix raisonnable,
- Une mutation professionnelle récente.
Je préviens toujours mes clients que l’absence de justification pour un trajet supérieur à 40 km est l’une des causes les plus fréquentes de redressement sur ce poste. Préparez votre argumentation en amont.
Quels frais pouvez-vous ajouter en plus du barème (péages, stationnement) ?
Le barème kilométrique couvre déjà une grande partie des charges liées au véhicule (carburant, assurance, entretien, dépréciation). Mais vous pouvez y ajouter, sur justificatifs :
- Les frais de péage sur les trajets professionnels,
- Les frais de stationnement (parking professionnel),
- Les frais de traversée par ferry si applicable.
En revanche, vous ne pouvez pas déduire séparément le carburant si vous utilisez le barème kilométrique — il est déjà intégré dans le calcul.
Salarié, indépendant, dirigeant : qui peut déduire et comment ?
Le cas classique du salarié en CDI/CDD
Pour un salarié, la déduction des frais kilométriques réels s’opère dans la déclaration de revenus personnelle, en remplacement de l’abattement forfaitaire de 10 %. Elle est encadrée par l’article 83 du Code Général des Impôts (CGI). Le principe est simple : vous déclarez vos frais réels à la place de l’abattement automatique, et c’est le montant le plus élevé qui s’applique — mais vous ne pouvez pas cumuler les deux.
Spécificités pour les professions libérales et indépendants (BNC)
C’est là que ça se complique, et c’est un point que je dois clarifier régulièrement. Un professionnel libéral ou un indépendant relevant des BNC (bénéfices non commerciaux) ne déclare pas ses frais dans les cases “salaires” de sa déclaration. Ses frais professionnels, y compris kilométriques, sont déduits directement de son résultat BNC, sur sa déclaration 2035.
L’indépendant peut utiliser le barème kilométrique pour ses déplacements professionnels (visites clients, déplacements liés à l’activité), mais pas pour le trajet domicile-bureau si son bureau est à son domicile — dans ce cas, il n’y a tout simplement pas de trajet à déduire.
Le cas du dirigeant de société (gérant de SARL, président de SAS)
Dans mon expérience, c’est la situation la plus souvent mal comprise. Un dirigeant de société peut être dans deux situations :
-
Il est rémunéré par sa société (comme un salarié assimilé) : ses frais kilométriques personnels peuvent être déduits de ses revenus dans sa déclaration personnelle, exactement comme un salarié.
-
Sa société lui rembourse ses frais kilométriques : dans ce cas, les remboursements ne sont pas imposables à titre personnel, mais la société doit les comptabiliser correctement. Le barème kilométrique sert alors de référence pour le remboursement.
Un dirigeant ne peut pas à la fois se faire rembourser ses frais kilométriques par sa société ET les déduire de ses revenus personnels. C’est l’une des erreurs que je vois le plus souvent en audit — et elle peut coûter cher en cas de contrôle.
Justificatifs : comment préparer un dossier solide pour le fisc ?
La liste des documents indispensables à conserver
Voici la checklist que je remets systématiquement à mes clients qui optent pour les frais réels :
- ✅ Carte grise du véhicule (pour la puissance fiscale)
- ✅ Justificatif de domicile (pour attester de la distance)
- ✅ Contrat de travail ou attestation employeur (lieu de travail)
- ✅ Relevé des jours travaillés (bulletins de salaire, planning, agenda professionnel)
- ✅ Factures de péage (si déduction séparée)
- ✅ Tickets de stationnement professionnel
- ✅ Carnet de bord des déplacements (fortement recommandé)
- ✅ Justificatif d’éloignement si trajet > 40 km (attestation employeur, annonces immobilières, etc.)
L’astuce de Jurixa : tenir un carnet de bord irréprochable
Ce que je recommande à tous mes clients, c’est de tenir un carnet de bord mensuel — un simple fichier Excel suffit — avec pour chaque déplacement : la date, le point de départ, la destination, le motif et le kilométrage. C’est fastidieux les premières semaines, puis ça devient un réflexe.
En cas de contrôle, ce carnet est votre meilleur allié. L’administration peut demander la justification de chaque kilomètre déclaré. Sans trace écrite, vous vous retrouvez à reconstituer de mémoire des déplacements d’il y a deux ans — c’est une situation inconfortable que j’ai vue trop souvent.
Les 3 erreurs fréquentes qui peuvent coûter cher lors d’un contrôle
Oublier de déduire les jours de télétravail et les congés
L’erreur la plus répandue. Si vous calculez vos frais sur 220 jours mais que vous avez en réalité télétravaillé 40 jours et pris 30 jours de congés, votre base de calcul réelle est de 150 jours, pas 220. Surévaluer le nombre de jours travaillés sur site est un signal d’alerte pour le fisc.
Appliquer le barème sur un véhicule de société ou de fonction
Le barème kilométrique est réservé aux véhicules personnels. Si votre employeur met un véhicule à votre disposition (voiture de fonction ou de service), vous ne pouvez pas utiliser le barème pour ce véhicule. Vous pouvez en revanche déduire les frais réels de carburant que vous avancez personnellement, selon le barème des frais de carburant publié séparément par Service-Public.fr (barème 2026 : de l’ordre de 0,110 € à 0,165 € par km selon la puissance et le type de carburant).
Justifier un trajet de plus de 40 km sans motif valable
J’en ai parlé plus haut, mais c’est suffisamment important pour être répété : au-delà de 40 km, la charge de la preuve vous appartient. Sans justification sérieuse et documentée, le fisc est en droit de limiter votre déduction à 40 km. Anticipez, ne laissez pas ce point au hasard.
Comment déclarer vos frais réels sur votre déclaration de revenus ?
Les cases à remplir sur le formulaire 2042
La déclaration des frais réels est simple une fois les calculs faits. Sur votre formulaire 2042, vous reportez le montant total de vos frais réels dans les cases 1AK à 1DK, selon le déclarant concerné (déclarant 1, déclarant 2, etc.), comme indiqué sur impots.gouv.fr.
En cochant la case frais réels, vous remplacez automatiquement l’abattement forfaitaire de 10 % par votre montant déclaré. Le simulateur disponible sur impots.gouv.fr vous permet de vérifier en amont si l’option est réellement avantageuse dans votre situation.
Faut-il joindre les justificatifs à la déclaration ?
Non — et c’est un point qui rassure beaucoup de gens. Vous n’avez pas à joindre vos justificatifs à votre déclaration en ligne ou papier. Vous déclarez simplement le montant. Mais vous devez conserver tous vos justificatifs pendant 3 ans (durée de prescription fiscale ordinaire), car l’administration peut vous les demander à tout moment en cas de contrôle ou de demande de renseignements.
Questions fréquentes (FAQ)
Puis-je déduire mes frais de péage et de stationnement en plus du barème kilométrique ?
Oui, tout à fait. Les frais de péage et de stationnement professionnels sont déductibles en plus du résultat obtenu via le barème kilométrique. Ils ne sont pas inclus dans le barème. Conservez toutes vos factures et tickets.
Que faire si mon trajet domicile-travail dépasse 40 km (soit 80 km aller-retour) ?
Vous pouvez quand même déduire la totalité du trajet, à condition de justifier que l’éloignement est motivé par des raisons sérieuses et indépendantes de votre volonté (emploi du conjoint, impossibilité de se loger à proximité, raisons de santé…). Sans justification, l’administration peut limiter la déduction à 40 km. Je vous conseille de constituer un petit dossier justificatif dès le départ.
Je suis micro-entrepreneur, puis-je utiliser le barème kilométrique ?
C’est une question piège. En tant que micro-entrepreneur, vous bénéficiez d’un abattement forfaitaire sur votre chiffre d’affaires qui est censé couvrir l’ensemble de vos charges professionnelles — y compris vos frais de déplacement. Vous ne pouvez pas déduire séparément des frais kilométriques de votre résultat micro. En revanche, si vous êtes également salarié par ailleurs, vous pouvez utiliser le barème pour vos frais salariaux dans votre déclaration personnelle.
Comment justifier le nombre de jours travaillés pour le calcul ?
Les bulletins de salaire sont le premier document à utiliser (ils mentionnent les absences et congés). Complétez avec votre agenda professionnel, les relevés de badgeage si votre entreprise en dispose, ou une attestation de votre employeur. Le plus simple reste de tenir ce carnet de bord mensuel dont je parlais plus haut — c’est la preuve la plus solide qui soit.
Optimiser sa fiscalité grâce aux frais kilométriques réels n’est pas réservé aux experts-comptables ou aux grandes entreprises. C’est un droit accessible à tous les salariés, indépendants et dirigeants qui utilisent leur véhicule personnel à des fins professionnelles. La condition sine qua non : la rigueur dans la documentation.
Si vous êtes en train de créer votre structure — SASU, SAS, SARL ou autre — la question de la prise en charge des frais kilométriques (remboursement par la société ou déduction personnelle) mérite d’être anticipée dès la rédaction de vos statuts et de votre pacte de gouvernance.
Chez Jurixa, j’accompagne les créateurs d’entreprise de A à Z, statuts sur-mesure inclus, pour qu’ils démarrent leur activité sur des bases solides — y compris sur le plan fiscal. N’hésitez pas à me contacter pour un premier échange.