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Ouvrir une société au Luxembourg : guide complet 2026

Sandrine Chiorozas · · 14 min de lecture
Ouvrir une société au Luxembourg : guide juridique complet 2026

C’est l’une des questions qui revient le plus souvent dans mon cabinet depuis quelques années : “Sandrine, est-ce que ça vaut vraiment le coup d’ouvrir ma société au Luxembourg ?” Derrière cette question, j’entends souvent un mélange de curiosité sincère, de fantasmes fiscaux et, parfois, d’idées reçues qu’il faut démêler avec soin. En plus de vingt ans d’exercice en droit des affaires, j’ai accompagné des dizaines d’entrepreneurs français dans des projets d’implantation transfrontalière, et je peux vous dire une chose : le Luxembourg est une destination sérieuse, mais elle mérite une approche rigoureuse.

Mon objectif aujourd’hui est de vous donner un guide honnête, complet et pratique pour ouvrir votre société au Luxembourg — sans vous vendre du rêve, et sans vous noyer sous la technicité.


Pourquoi ouvrir sa société au Luxembourg ? Plus qu’un simple avantage fiscal

Quand on pense Luxembourg, on pense d’abord fiscalité. C’est compréhensible, mais réducteur. Ce petit État de 650 000 habitants est en réalité l’un des environnements les plus sophistiqués d’Europe pour les entreprises — et pas uniquement pour les multinationales.

Une stabilité économique et politique au cœur de l’Europe

Le Luxembourg affiche régulièrement l’un des PIB par habitant les plus élevés du monde. Son cadre juridique est stable, prévisible, et son système judiciaire commercial est réputé pour son efficacité. En tant que membre fondateur de l’Union européenne, il offre un accès direct au marché unique — ce qui est loin d’être anecdotique si vous avez une clientèle ou des partenaires en Belgique, en Allemagne ou en France.

Dans ma pratique, je rencontre souvent des entrepreneurs qui sous-estiment cet avantage géographique et institutionnel. Le Luxembourg n’est pas un paradis fiscal exotique : c’est un État de droit, membre de l’OCDE, qui coopère pleinement en matière d’échange d’informations fiscales.

Une fiscalité attractive mais encadrée : ce qu’il faut savoir

Soyons directs : la fiscalité luxembourgeoise est avantageuse, mais elle est encadrée. Le taux global d’imposition sur les bénéfices des sociétés (impôt sur le revenu des collectivités + impôt commercial communal + contribution au fonds de chômage) tourne autour de 24,94 % pour les sociétés implantées à Luxembourg-Ville — ce qui reste inférieur au taux français de 25 %.

Mais attention : si vous êtes résident fiscal français et que vous gérez votre société luxembourgeoise depuis la France, l’administration fiscale française peut considérer que le siège de direction effective est en France. Dans ce cas, la société pourrait être imposable en France. Je préviens toujours mes clients sur ce point : la convention fiscale franco-luxembourgeoise (commentée par le BOFiP sur bofip.impots.gouv.fr) prévoit des règles précises pour éviter la double imposition, mais elle ne protège pas contre une requalification si la substance économique au Luxembourg est inexistante.

Créer une société au Luxembourg depuis votre canapé parisien sans y exercer d’activité réelle est une stratégie risquée. L’administration fiscale française dispose d’outils pour requalifier ce type de montage. Une présence économique réelle au Luxembourg (dirigeant sur place, locaux, salariés) est indispensable pour sécuriser votre situation.

Un écosystème favorable à l’entrepreneuriat

La House of Entrepreneurship, guichet unique officiel pour les créateurs d’entreprise au Luxembourg, centralise toutes les démarches et propose un accompagnement gratuit. C’est un outil remarquable que je recommande systématiquement à mes clients qui envisagent une implantation. Le portail guichet.lu permet également d’effectuer la plupart des formalités en ligne.


SARL, SA, SARL-S : quelle forme juridique choisir pour votre projet ?

Le droit luxembourgeois des sociétés est régi par la Loi du 10 août 1915 sur les sociétés commerciales, modifiée à plusieurs reprises. Cette loi encadre les principales formes sociales que vous rencontrerez.

La SARL : la flexibilité et la sécurité pour la majorité des projets

La Société à Responsabilité Limitée (SARL) luxembourgeoise est l’équivalent de notre SARL française. Elle convient à la grande majorité des projets entrepreneuriaux : capital minimum de 12 000 €, entre 1 et 100 associés, responsabilité limitée aux apports. C’est la forme que je rencontre le plus souvent dans les dossiers que j’accompagne.

La SARL-S : l’option simplifiée pour démarrer avec 1 €

La SARL simplifiée (SARL-S) a été introduite pour faciliter l’accès à l’entrepreneuriat. Son capital minimum est symbolique : 1 €. En revanche, elle est réservée aux personnes physiques (pas de personne morale associée), et le capital doit être progressivement constitué jusqu’à atteindre 12 000 € au fil des bénéfices. C’est une bonne option pour tester un projet avec peu de moyens, mais elle a ses limites en termes de crédibilité bancaire.

La SA : la structure adaptée aux grands projets et à l’ouverture de capital

La Société Anonyme (SA) luxembourgeoise exige un capital minimum de 30 000 €. Elle est adaptée aux projets ambitieux nécessitant une levée de fonds ou une entrée d’investisseurs. Sa gouvernance est plus formelle (conseil d’administration obligatoire), ce qui peut être un frein pour les petites structures.

Comparatif des formes juridiques au Luxembourg

CritèreSARLSARL-SSA
Capital minimum12 000 €1 € (→ 12 000 €)30 000 €
Nombre d’associés1 à 1001 à 100 (pers. physiques)1 minimum
ResponsabilitéLimitée aux apportsLimitée aux apportsLimitée aux apports
Acte notariéObligatoireObligatoireObligatoire
Projet idéalPME, holding, commerceDémarrage, test d’activitéLevée de fonds, grand projet

Les 8 étapes clés pour ouvrir votre société au Luxembourg

Voici la checklist que je partage avec mes clients avant de commencer toute démarche. Chaque étape a son importance — en sauter une peut bloquer toute la procédure.

1

Obtenir l’autorisation d’établissement

Le préalable indispensable à toute activité commerciale, artisanale ou libérale au Luxembourg. Sans ce document délivré par le Ministère des Classes Moyennes, votre société ne peut pas exercer légalement.

2

Choisir la forme juridique et rédiger les statuts

Les statuts sont le règlement intérieur de votre société : ils définissent l’objet social, la répartition des parts, les règles de gouvernance. Une rédaction bâclée crée des litiges coûteux.

3

Ouvrir un compte bancaire et bloquer le capital social

Le capital doit être déposé sur un compte bloqué avant la signature de l’acte notarié. L’attestation bancaire est un document requis par le notaire.

4

Passer devant le notaire pour l’acte constitutif

Contrairement à la France où certaines formes sociales peuvent se passer de notaire, la SARL et la SA luxembourgeoises requièrent obligatoirement un acte notarié.

5

Immatriculer la société au Registre de Commerce et des Sociétés (RCS)

Le notaire se charge généralement du dépôt au RCS luxembourgeois, équivalent du greffe du tribunal de commerce français.

6

S’enregistrer à la TVA

Si votre chiffre d’affaires dépasse le seuil luxembourgeois (35 000 € pour certaines activités), l’enregistrement TVA est obligatoire. Il se fait auprès de l’Administration de l’Enregistrement, des Domaines et de la TVA.

7

Affilier les dirigeants à la sécurité sociale

Les dirigeants non-salariés s’affilient au Centre Commun de la Sécurité Sociale (CCSS). Cette étape est souvent oubliée par les entrepreneurs étrangers.

8

Déclarer les bénéficiaires effectifs au RBE

Le Registre des Bénéficiaires Effectifs (RBE) est obligatoire depuis 2019. Toute personne détenant plus de 25 % du capital doit y être déclarée.

Étape 1 : L’autorisation d’établissement — le sésame indispensable

L’autorisation d’établissement est délivrée par la Direction générale des Classes Moyennes. Elle est obligatoire pour exercer une activité commerciale, artisanale ou certaines professions libérales au Luxembourg.

Documents requis :

  • Extrait de casier judiciaire (bulletin n°3 en France, datant de moins de 3 mois)
  • Copie de la pièce d’identité
  • Justificatif de qualification professionnelle (diplômes, certificats)
  • CV détaillé
  • Description de l’activité envisagée (business plan simplifié)
  • Justificatif de domicile professionnel au Luxembourg

L’erreur que je vois le plus souvent : des entrepreneurs qui lancent les démarches de constitution de société avant d’avoir obtenu cette autorisation. Résultat : des délais allongés et parfois des frais de notaire engagés pour rien.

La Loi du 10 août 1915 sur les sociétés commerciales constitue le texte de référence du droit des sociétés luxembourgeois. Elle a été profondément réformée en 2016 pour moderniser le cadre applicable aux SARL et SA. Consultez le portail legilux.public.lu pour accéder aux textes consolidés.

Étapes 4 et 5 : Notaire et immatriculation au RCS

Le passage devant notaire est une spécificité luxembourgeoise à ne pas négliger. Les honoraires notariaux sont encadrés mais représentent un poste de coût significatif. L’immatriculation au RCS luxembourgeois donne naissance à la personnalité morale de votre société — c’est l’équivalent de l’obtention du Kbis en France.


Le budget à prévoir : les coûts réels pour créer sa société

Je suis toujours franche avec mes clients sur ce point : créer une société au Luxembourg coûte plus cher qu’en France, notamment à cause des frais notariaux obligatoires.

Les frais de notaire et de publication

Comptez généralement entre 1 200 € et 2 500 € pour les honoraires notariaux d’une SARL standard, auxquels s’ajoutent les frais de publication au Mémorial C (Journal officiel luxembourgeois), de l’ordre de quelques centaines d’euros.

Les frais d’immatriculation au RCS

L’immatriculation au Registre de Commerce et des Sociétés coûte environ 100 à 200 €. C’est un poste modeste, mais il s’ajoute aux autres frais.

Le capital social à libérer

Pour une SARL, les 12 000 € de capital minimum doivent être libérés à au moins 25 % à la constitution (soit 3 000 €), le solde pouvant être appelé ultérieurement. Pour une SA, les 30 000 € doivent être libérés à hauteur de 25 % minimum.

L’accompagnement par un expert-comptable ou un juriste

En pratique, je conseille systématiquement à mes clients de prévoir un budget pour un expert-comptable luxembourgeois (comptez entre 1 500 € et 4 000 € par an pour une petite structure) et, si nécessaire, un conseil juridique pour la rédaction des statuts et le suivi des formalités.

~3 000 €
Budget minimum pour créer une SARL au Luxembourg (hors capital)
Estimation Jurixa 2026

Si votre projet implique une dimension franco-luxembourgeoise (holding, filiale, flux transfrontaliers), je vous recommande de travailler avec un juriste ou un avocat ayant une double compétence France-Luxembourg. Les interactions entre les deux systèmes fiscaux sont complexes et les erreurs de structuration peuvent coûter très cher.


La fiscalité des entreprises au Luxembourg décryptée

L’impôt sur le revenu des collectivités (IRC)

L’IRC est l’équivalent de l’impôt sur les sociétés français. Son taux est de 17 % pour les bénéfices supérieurs à 200 000 €, et de 15 % pour les bénéfices inférieurs à 175 000 €. Une contribution additionnelle au fonds de chômage de 7 % de l’IRC s’applique également.

L’impôt commercial communal (ICC)

L’ICC est prélevé par la commune où est situé le siège social. À Luxembourg-Ville, son taux est de 6,75 %. En combinant IRC, contribution au fonds de chômage et ICC, le taux effectif global pour une société implantée à Luxembourg-Ville est d’environ 24,94 %.

Le régime de la TVA luxembourgeoise

Le taux normal de TVA luxembourgeois est de 17 % — le plus bas de l’Union européenne. Des taux réduits existent pour certains biens et services (8 %, 3 %, voire 0 % pour certains produits). L’enregistrement TVA se fait auprès de l’Administration de l’Enregistrement, des Domaines et de la TVA (AED).

La convention fiscale franco-luxembourgeoise, commentée en détail sur bofip.impots.gouv.fr, prévoit des règles d’attribution des droits d’imposition entre les deux États. Elle est essentielle à comprendre si vous êtes résident français et dirigeant d’une société luxembourgeoise : selon le BOFiP, les administrateurs de sociétés luxembourgeoises domiciliés en France peuvent bénéficier d’une exemption d’impôt en France pour leurs jetons de présence, sous certaines conditions.


Quel accompagnement pour votre projet ?

Si votre projet d’implantation au Luxembourg s’inscrit dans une stratégie plus large — création d’une holding, restructuration patrimoniale, développement international — je peux vous accompagner dans la réflexion globale depuis mon cabinet Jurixa. Pour la constitution proprement dite de la société luxembourgeoise, je travaille en étroite collaboration avec des partenaires notaires et experts-comptables locaux.

Pour les entrepreneurs qui souhaitent d’abord structurer leur activité en France avant d’envisager une expansion au Luxembourg, je propose la création complète de votre société (SASU, SAS, SARL, holding) à partir de 500 €, statuts sur-mesure et formalités incluses — une base solide avant d’aller plus loin.


Questions fréquentes sur la création de société au Luxembourg

Quels sont les avantages fiscaux de créer une société au Luxembourg ?

Le taux global d’imposition sur les bénéfices est d’environ 24,94 % à Luxembourg-Ville, contre 25 % en France. L’avantage est réel mais modeste pour une société opérationnelle classique. Les avantages sont plus marqués pour certains régimes spécifiques (régime IP box pour les revenus de propriété intellectuelle, par exemple) ou pour des holdings bénéficiant d’exonérations sur les dividendes et plus-values. Mais attention : ces régimes supposent une substance économique réelle au Luxembourg.

Peut-on créer une société au Luxembourg en étant résident français ?

Oui, rien ne l’interdit juridiquement. Mais comme je l’explique plus haut, si vous gérez votre société depuis la France sans présence effective au Luxembourg, l’administration fiscale française peut considérer que le siège de direction effective est en France et imposer la société en France. La convention fiscale franco-luxembourgeoise (disponible sur bofip.impots.gouv.fr) encadre ces situations, mais ne dispense pas d’une analyse au cas par cas.

Quel est le capital minimum requis pour créer une SARL au Luxembourg ?

12 000 € pour une SARL standard, dont au moins 25 % (soit 3 000 €) doivent être libérés à la constitution. La SARL-S permet de démarrer avec 1 €, mais elle est réservée aux personnes physiques et le capital doit progressivement atteindre 12 000 €.

Combien de temps faut-il pour immatriculer une entreprise au Luxembourg ?

En pratique, comptez entre 4 et 8 semaines à partir du moment où tous les documents sont réunis. Le délai d’obtention de l’autorisation d’établissement est souvent le point le plus chronophage. La constitution notariale et l’immatriculation au RCS peuvent ensuite aller assez vite, parfois en quelques jours.

Qu’est-ce que l’autorisation d’établissement et est-elle obligatoire ?

C’est un document délivré par le Ministère des Classes Moyennes luxembourgeois, qui atteste que le dirigeant remplit les conditions d’honorabilité et, selon l’activité, de qualification professionnelle. Elle est obligatoire pour toute activité commerciale, artisanale ou certaines professions libérales. Sans elle, votre société ne peut pas exercer légalement au Luxembourg.


Ouvrir une société au Luxembourg est une démarche sérieuse qui mérite une préparation rigoureuse. Ce n’est ni la solution miracle que certains imaginent, ni le parcours du combattant que d’autres redoutent. C’est un projet structurant, qui demande de la méthode, une bonne compréhension des deux systèmes juridiques et fiscaux, et souvent l’appui de professionnels compétents des deux côtés de la frontière.

Ce que je recommande à mes clients avant de se lancer : prenez le temps d’analyser votre situation personnelle (résidence fiscale, activité réelle, liens avec la France) avant de vous enthousiasmer pour les seuls avantages apparents. Une implantation bien structurée peut être très efficace. Une implantation mal pensée peut créer des complications fiscales et juridiques coûteuses à démêler. Je suis là pour vous aider à faire la différence.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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