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Perte de la moitié du capital social : procédure et solutions 2026

Sandrine Chiorozas · · 9 min de lecture
Dirigeant analysant les comptes de sa société face à une perte de capital social

En vingt ans d’accompagnement de dirigeants, j’ai vu beaucoup d’entrepreneurs recevoir leur bilan annuel et blêmir en découvrant que leurs capitaux propres étaient passés sous la barre fatidique. La réaction la plus fréquente ? La sidération, suivie d’un espoir que ça “se règle tout seul”. Spoiler : ça ne se règle pas tout seul, mais ça se règle — à condition d’agir vite et dans les formes. Mon objectif aujourd’hui est de vous donner un plan d’action clair, étape par étape, pour traverser cette procédure sans y laisser des plumes.

Perte de la moitié du capital social : de quoi parle-t-on ?

La définition légale : capitaux propres vs capital social

Avant tout, distinguons deux notions que l’on confond souvent.

Le capital social, c’est la mise de départ : la somme que les associés ont apportée à la société lors de sa création (ou lors d’augmentations de capital ultérieures). Il figure en bas du Kbis et ne bouge pas tout seul.

Les capitaux propres (ou fonds propres), c’est une photographie de la santé financière réelle de la société à un instant T. Ils comprennent le capital social, mais aussi les réserves accumulées, le report à nouveau et le résultat de l’exercice. Quand la société perd de l’argent année après année, ces capitaux propres s’érodent.

La loi, précisément les articles L. 223-42 du Code de commerce (pour les SARL et EURL) et L. 225-248 (pour les SA, SAS et SASU), pose une règle simple : si les capitaux propres tombent en dessous de la moitié du capital social, une procédure spécifique doit être déclenchée. Pas de marge de manœuvre, pas d’appréciation : c’est une obligation légale.

Exemple de calcul simple pour comprendre

Prenons un cas concret que je rencontre régulièrement. Une SAS a été créée avec un capital social de 10 000 €. Après deux exercices difficiles, elle a accumulé 8 000 € de pertes. Ses capitaux propres s’établissent donc à 2 000 €.

Le seuil d’alerte est la moitié du capital social, soit 5 000 €. Avec 2 000 € de capitaux propres, la société est largement en dessous. La procédure doit être déclenchée.

50%
du capital social — c'est le seuil légal des capitaux propres en dessous duquel la procédure s'impose
Article L. 223-42 Code de commerce

Pourquoi cette procédure est-elle un signal d’alarme pour les tiers ?

Cette procédure n’est pas qu’une formalité administrative. Elle a une fonction d’information : elle signale aux créanciers, aux fournisseurs, aux banques et aux futurs partenaires que la société traverse des difficultés. La publication au BODACC (Bulletin Officiel des Annonces Civiles et Commerciales) rend cette information publique et opposable à tous. C’est précisément pour cela que le non-respect de la procédure est sévèrement sanctionné.

Le seuil déclencheur n’est pas seulement les capitaux propres négatifs — il suffit qu’ils soient inférieurs à la moitié du capital social, même s’ils restent positifs. Une société avec un capital de 50 000 € et des capitaux propres à 20 000 € est déjà concernée.


Quelles sont les sociétés concernées ?

La liste des formes juridiques concernées

Cette obligation s’applique aux principales formes de sociétés commerciales :

  • SARL et EURL → article L. 223-42 du Code de commerce
  • SAS et SASU → article L. 225-248 du Code de commerce (applicable par renvoi)
  • SA → article L. 225-248 du Code de commerce

En pratique, ces trois catégories couvrent l’immense majorité des sociétés commerciales françaises. Si vous dirigez l’une d’elles, vous êtes concerné.

Les exceptions : les sociétés en procédure collective

Une société déjà placée en sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire est dispensée de cette procédure. La logique est simple : le tribunal de commerce a déjà pris le relais, la procédure collective se substitue à cette obligation. Mais attention — ce n’est pas parce qu’on peut “attendre” la procédure collective qu’il faut le faire. Je le dis clairement à mes clients : arriver en procédure collective, c’est souvent avoir laissé passer trop de temps.


La procédure à suivre en 4 étapes clés

1

Constater

Le dirigeant constate que les capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social lors de l’établissement ou de l’approbation des comptes annuels. C’est le point de départ officiel de la procédure.

2

Décider

Les associés sont convoqués en Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) dans un délai maximum de 4 mois suivant l’approbation des comptes. Ils votent soit la dissolution anticipée, soit la poursuite de l’activité avec engagement de régularisation.

3

Publier

La décision de l’AGE est rendue publique via une annonce dans un Journal d’Annonces Légales (JAL) habilité. Cette publication doit intervenir dans le mois suivant l’AGE.

4

Déclarer

Le procès-verbal de l’AGE est déposé au greffe du Tribunal de commerce (via Infogreffe.fr) pour qu’une mention soit portée sur l’extrait Kbis de la société.

Étape 1 : La constatation des pertes lors de l’approbation des comptes

La constatation se fait lors de la clôture de l’exercice comptable. C’est votre expert-comptable qui établit les comptes — mais c’est vous, le dirigeant, qui avez l’obligation légale d’agir. Je préviens toujours mes clients que l’ignorance n’est pas une défense : “je ne savais pas que mes capitaux propres étaient si bas” ne vous exonère pas de la procédure.

Étape 2 : La convocation de l’AGE sous 4 mois

L’Assemblée Générale Extraordinaire doit se tenir dans les 4 mois suivant l’approbation des comptes qui ont révélé les pertes. Dans les SARL, cette convocation incombe au gérant ; dans les SAS, au président ou à la personne désignée dans les statuts. L’ordre du jour doit mentionner explicitement la question de la perte de la moitié du capital.

Étape 3 : La publication d’une annonce légale

Quelle que soit la décision prise en AGE (dissolution ou poursuite), elle doit faire l’objet d’une publication dans un journal d’annonces légales habilité dans le département du siège social. Cette publication est opposable aux tiers à compter de sa date de parution.

Étape 4 : Le dépôt au greffe du Tribunal de commerce

Le procès-verbal de l’AGE, accompagné des pièces justificatives, est déposé au greffe via la plateforme Infogreffe.fr. Ce dépôt permet la mise à jour de l’extrait Kbis avec mention de la décision.


La chronologie complète : de la constatation à la régularisation

1

Approbation des comptes annuels

Constatation officielle que les capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social. Point de départ de l’horloge légale.

2

J + 4 mois maximum

Tenue obligatoire de l’Assemblée Générale Extraordinaire (AGE). Les associés votent : dissolution ou poursuite de l’activité.

3

J + 5 mois environ

Publication de l’annonce légale dans un JAL et dépôt du PV au greffe du Tribunal de commerce.

4

J + 2 ans maximum

Date limite absolue pour régulariser la situation financière (reconstituer les capitaux propres au-dessus du seuil).

5

Constatation de la régularisation

Nouvelle AGE pour constater que les capitaux propres ont été reconstitués, suivie des formalités de publicité.


Après l’AGE : les deux décisions possibles

Option 1 : La dissolution anticipée de la société

Les associés peuvent voter la dissolution anticipée de la société. Cette décision met fin à l’activité et ouvre une procédure de liquidation amiable. C’est une option radicale, mais parfois la plus honnête quand la situation est irrémédiablement compromise.

Option 2 : La poursuite de l’activité avec obligation de régularisation

C’est l’option choisie dans la grande majorité des cas que je traite. Les associés votent la poursuite de l’activité et s’engagent à régulariser la situation dans un délai de 2 ans à compter de la date de l’AGE. Attention : ce n’est pas un blanc-seing — c’est un engagement ferme assorti de sanctions en cas de non-respect.

Dissolution anticipée ou poursuite d'activité : que choisir ?

CritèreDissolution anticipéePoursuite d’activité
Délai de mise en œuvreImmédiat2 ans pour régulariser
CoûtFrais de liquidation (variables)Coût des mesures de régularisation
ComplexitéÉlevée (liquidation amiable)Moyenne à élevée (selon solution choisie)
Idéal pourSituation irrémédiable, activité non viableDifficultés passagères, plan de retour à la rentabilité
Impact sur les associésRécupération de l’actif net résiduelMaintien de l’investissement si régularisation réussie

Comment régulariser la situation ? Les 5 solutions principales

C’est ici que ça devient concret. Si les associés ont voté la poursuite de l’activité, ils ont 2 ans pour ramener les capitaux propres au-dessus de la moitié du capital social. Voici les leviers disponibles.

La reconstitution des capitaux propres

L’augmentation de capital consiste à faire entrer de nouveaux fonds dans la société — soit par les associés existants, soit par de nouveaux investisseurs. Elle augmente mécaniquement les capitaux propres. C’est une solution efficace, mais elle nécessite des liquidités disponibles et des formalités juridiques (rédaction d’un acte, publication, dépôt au greffe).

L’abandon de compte courant d’associé est souvent la solution la plus rapide et la moins coûteuse. Si un associé a prêté de l’argent à la société (compte courant d’associé), il peut renoncer définitivement à ce remboursement. Cette renonciation vient directement améliorer les capitaux propres. Dans mon expérience, c’est souvent la première option que j’explore avec mes clients quand les comptes courants sont significatifs.

La réduction du capital social (le “coup d’accordéon”)

Le coup d’accordéon est une opération en deux temps : on réduit d’abord le capital social pour absorber les pertes (ce qui ramène les capitaux propres et le capital social à un niveau cohérent), puis on l’augmente immédiatement pour redonner des ressources à la société. C’est une opération chirurgicale, souvent utilisée lors d’une restructuration importante avec entrée d’un nouvel investisseur. Elle est efficace mais coûteuse en frais juridiques et en temps.

La réalisation de bénéfices suffisants

Si la société redevient bénéficiaire dans les 2 ans, les bénéfices successifs peuvent suffire à reconstituer les capitaux propres au-dessus du seuil. C’est la solution la moins coûteuse en termes de formalités — mais elle suppose un vrai retour à la rentabilité, pas juste un espoir. Je dis souvent à mes clients : si vous choisissez cette voie, mettez un prévisionnel réaliste sur la table dès maintenant.

La transformation de la société

Changer de forme juridique (par exemple passer d’une SARL à une SAS) ne supprime pas les difficultés financières, mais peut dans certains cas modifier le régime applicable. Cette option reste marginale et doit s’inscrire dans une réflexion plus globale sur la structure.

Quelle solution de régularisation choisir ?

SolutionCoûtComplexitéIdéal pour
Augmentation de capitalModéré à élevéMoyenneFaire entrer de nouveaux investisseurs
Abandon de compte courantFaibleFaibleSi les associés ont des fonds disponibles
Réduction de capital (“coup d’accordéon”)ÉlevéÉlevéeAssainir une situation très dégradée
Réalisation de bénéficesNulDépend de l’activitéSi un retour à la rentabilité est proche

Délais et risques en cas de non-respect

Le délai de régularisation de 2 ans

Une fois la décision de poursuite votée en AGE, la société dispose de 2 ans pour régulariser. Ce délai est ferme. Il court à compter de la date de l’AGE, pas de la date de publication ou du dépôt au greffe.

Les sanctions : dissolution judiciaire

C’est la sanction ultime. Si à l’issue des 2 ans la situation n’est pas régularisée, tout intéressé (un créancier, un fournisseur, même un associé minoritaire) peut saisir le tribunal de commerce pour demander la dissolution judiciaire de la société. Le tribunal peut également se saisir d’office. La dissolution judiciaire est bien plus contraignante qu’une dissolution amiable : elle est imposée, publique, et peut intervenir à tout moment après l’expiration du délai.

L’engagement de la responsabilité du dirigeant

Le dirigeant qui n’a pas respecté la procédure (pas d’AGE dans les 4 mois, pas de publication, pas de dépôt au greffe) engage sa responsabilité civile vis-à-vis des associés et des tiers. En cas de liquidation judiciaire ultérieure, cette faute de gestion peut également être invoquée dans le cadre d’une action en responsabilité pour insuffisance d’actif. Ce n’est pas une menace théorique : j’ai accompagné des dirigeants qui ont dû faire face à ces conséquences pour avoir “attendu que ça passe”.

Ne confondez pas la procédure de perte de la moitié du capital avec la procédure collective (sauvegarde, redressement). Ce sont deux obligations distinctes. Déclencher l’une ne vous dispense pas de l’autre si les conditions sont réunies simultanément.


Vous accompagner dans cette procédure

Cette procédure cumule des enjeux comptables, juridiques et stratégiques. Ce que je propose chez Jurixa, c’est un accompagnement complet : analyse de votre situation, rédaction du procès-verbal d’AGE, publication de l’annonce légale, dépôt au greffe et conseil sur la solution de régularisation la plus adaptée à votre cas. Parce que chaque situation est différente — et qu’un modèle de PV téléchargé sur internet ne remplace pas une analyse personnalisée.


FAQ — Perte de la moitié du capital social

Quelles sont les sociétés concernées par la perte de la moitié du capital social ?

Les SARL, EURL, SAS, SASU et SA sont concernées par cette obligation légale, respectivement sous les articles L. 223-42 et L. 225-248 du Code de commerce. Les sociétés civiles (SCI notamment) ne sont pas soumises aux mêmes textes, mais peuvent avoir des obligations similaires selon leurs statuts ou le droit commun.

Comment calculer si mes capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social ?

Le calcul est simple : prenez le montant de vos capitaux propres figurant au bas du bilan (ligne “Total des capitaux propres”) et comparez-le à la moitié de votre capital social. Si vos capitaux propres sont inférieurs à ce seuil, la procédure s’impose. Exemple : capital social de 20 000 €, seuil à 10 000 €. Si vos capitaux propres s’établissent à 7 500 €, vous êtes sous le seuil.

Quel est le délai exact pour régulariser la situation après l’AGE ?

La société dispose de 2 ans à compter de la date de l’Assemblée Générale Extraordinaire pour ramener ses capitaux propres au-dessus de la moitié du capital social. Ce délai est fixé par la loi et ne peut pas être prorogé.

Quelles sont les solutions les moins coûteuses pour reconstituer les capitaux propres ?

L’abandon de compte courant d’associé est généralement la solution la plus rapide et la moins coûteuse en frais juridiques, à condition que les associés aient effectivement des sommes prêtées à la société. La réalisation de bénéfices ne génère aucun frais mais suppose un retour à la rentabilité réel dans le délai imparti.

Que risque ma société si la situation n’est pas régularisée dans les temps ?

Tout intéressé peut demander la dissolution judiciaire de la société au tribunal de commerce. Par ailleurs, le dirigeant qui n’a pas respecté la procédure engage sa responsabilité personnelle. Ces risques sont réels et documentés — ne les sous-estimez pas.


Cette procédure est contraignante, je ne vais pas vous le cacher. Mais elle est aussi l’occasion de faire un vrai point sur la santé de votre entreprise et de prendre des décisions structurantes pour son avenir. Dans ma pratique, les dirigeants qui l’ont traversée avec méthode en sont souvent ressortis avec une société assainie et une vision plus claire de leur modèle économique. L’essentiel est d’agir dès la constatation des pertes — chaque mois perdu réduit vos options.

Si vous vous trouvez dans cette situation et que vous souhaitez être guidé pas à pas, je suis disponible pour un premier échange.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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