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SCI et SCPI : Le guide complet du montage à l'IS

Sandrine Chiorozas · · 12 min de lecture
Investir en SCPI via une SCI à l'IS : guide complet du montage patrimonial

La semaine dernière encore, un entrepreneur me demandait comment faire travailler sa trésorerie d’entreprise sans payer trop d’impôts. Sa question m’a immédiatement orientée vers un montage que j’accompagne de plus en plus souvent depuis quelques années : acheter des parts de SCPI au travers d’une SCI soumise à l’impôt sur les sociétés. Un outil puissant, mais qui mérite qu’on en comprenne les rouages avant de se lancer. Mon objectif aujourd’hui est de vous donner une vision claire, honnête et chiffrée de ce montage — ses atouts réels, ses limites, et les points juridiques que l’on néglige trop souvent.


SCI et SCPI : Le match des sociétés civiles pour l’immobilier

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut bien distinguer ces deux acronymes qui se ressemblent mais n’ont rien à voir dans leur fonctionnement.

La SCI : un outil de gestion et de transmission de patrimoine

La SCI — Société Civile Immobilière — est une société que vous créez avec au moins un associé pour détenir et gérer un ou plusieurs biens immobiliers. C’est vous (et vos co-associés) qui choisissez les biens, qui gérez les locataires, qui prenez les décisions. La SCI est un contenant juridique : elle ne génère pas de revenus par elle-même, elle porte des actifs.

Ce que j’apprécie dans la SCI, c’est sa flexibilité statutaire. On peut y organiser très finement la gouvernance, les règles de cession de parts, les droits de chaque associé. C’est un outil de transmission patrimoniale redoutable, notamment entre parents et enfants — à condition que les statuts soient bien rédigés. Selon Service-Public.fr, la SCI relève par défaut du régime fiscal des sociétés de personnes (l’impôt sur le revenu), mais elle peut opter pour l’impôt sur les sociétés.

La SCPI : l’immobilier locatif délégué et mutualisé

La SCPI — Société Civile de Placement Immobilier — est un véhicule d’investissement collectif régulé par l’AMF (Autorité des marchés financiers). Vous achetez des parts, une société de gestion professionnelle s’occupe de tout : acquisition des immeubles, gestion locative, entretien, redistribution des loyers. Vous percevez des revenus sans vous occuper de quoi que ce soit.

Le ticket d’entrée peut être très accessible — quelques centaines d’euros pour certaines SCPI — et la diversification est immédiate puisque le parc immobilier peut contenir des bureaux, des commerces, des entrepôts logistiques ou des résidences dans plusieurs pays européens.

Tableau récapitulatif des différences fondamentales

SCI vs SCPI : Deux outils, deux objectifs

CritèreSCI (Société Civile Immobilière)SCPI (Société Civile de Placement Immobilier)
ObjectifGérer un ou plusieurs biens en communInvestir dans un parc immobilier diversifié
GestionActive (par les associés ou un gérant)Déléguée à une société de gestion professionnelle
Ticket d’entréeCoût d’un bien immobilierQuelques centaines à quelques milliers d’euros
LiquiditéFaible (cession de parts complexe)Organisée (marché secondaire)
Fiscalité par défautImpôt sur le revenu (revenus fonciers)Impôt sur le revenu (revenus fonciers)

Pourquoi acheter des parts de SCPI via une SCI à l’IS ?

Le principe du montage : une personne morale qui investit

L’idée est simple dans son principe : plutôt que d’acheter des parts de SCPI en votre nom propre (en direct), vous créez une SCI qui achète ces parts à votre place. La SCI est une personne morale — c’est-à-dire une entité juridique à part entière, distincte de vous — qui peut emprunter, percevoir des revenus et payer des impôts en son nom.

Ce que je constate en pratique, c’est que ce montage intéresse particulièrement trois profils : les dirigeants qui ont une trésorerie d’entreprise à faire fructifier (via une holding), les investisseurs qui souhaitent préparer leur retraite avec une fiscalité maîtrisée, et les familles qui veulent organiser la transmission de leur patrimoine immobilier.

Le choix stratégique de l’Impôt sur les Sociétés (IS) vs l’IR

Par défaut, une SCI est transparente fiscalement : ses revenus remontent directement chez les associés et sont imposés à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus fonciers. Si vous êtes dans une tranche marginale élevée (41 % ou 45 %), auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux à 17,2 %, la note peut être salée.

L’option à l’IS, prévue à l’article 206 du Code général des impôts, change radicalement l’équation. La SCI devient un contribuable à part entière, imposée sur ses bénéfices au taux de l’IS : 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfices (taux réduit pour les PME éligibles), puis 25 % au-delà. Et c’est là que l’amortissement entre en jeu.

L’option pour l’IS est irrévocable selon le BOFiP (BOI-IS-CHAMP-20-10-20). Une fois exercée, vous ne pouvez pas revenir au régime de l’IR. C’est une décision stratégique à prendre avec soin, idéalement dès la création de la SCI.


Les avantages majeurs du montage SCI à l’IS détenant des SCPI

L’amortissement comptable des parts : un atout fiscal décisif

C’est l’argument-roi de ce montage, et je dois vous l’expliquer clairement car il est souvent mal compris. Dans une SCI à l’IS, les parts de SCPI sont comptabilisées comme des actifs financiers. En tant que tels, elles peuvent faire l’objet d’un amortissement — c’est-à-dire que leur coût d’acquisition est déduit progressivement du résultat imposable, sur une durée qui reflète leur “usure économique”.

Concrètement : si votre SCI achète 100 000 € de parts de SCPI, elle peut amortir cette somme sur une durée généralement comprise entre 20 et 30 ans (selon la nature des actifs sous-jacents). Chaque année, elle déduit de l’ordre de 3 000 à 5 000 € de son résultat imposable, sans que cela ne corresponde à une sortie d’argent réelle. C’est une charge purement comptable qui vient effacer une partie des loyers perçus.

Dans ma pratique, c’est ce mécanisme qui fait toute la différence : une SCI à l’IS peut percevoir des revenus de SCPI et ne payer quasiment aucun impôt pendant plusieurs années grâce à l’amortissement.

La déduction des charges et des intérêts d’emprunt

Si la SCI a emprunté pour acheter les parts de SCPI, les intérêts du crédit sont intégralement déductibles du résultat fiscal. S’ajoutent à cela les frais de gestion comptable, les éventuels frais de souscription, et les autres charges liées à l’activité. À l’IS, la déductibilité des charges est large et encadrée par les règles de droit commun.

Une fiscalité maîtrisée sur les dividendes (taux d’IS réduit)

Les revenus distribués par les SCPI à la SCI sont imposés au taux de l’IS. Pour une PME éligible (dont le capital est détenu à plus de 75 % par des personnes physiques et dont le chiffre d’affaires est inférieur à 10 millions d’euros), le taux réduit de 15 % s’applique sur les 42 500 premiers euros de bénéfices. C’est très inférieur à la fiscalité d’un particulier dans une tranche élevée.

Le contrôle de la distribution des revenus aux associés

Autre avantage que j’apprécie particulièrement d’un point de vue patrimonial : dans une SCI à l’IS, vous choisissez si vous distribuez les bénéfices ou si vous les laissez dans la société. Tant que l’argent reste dans la SCI, il n’y a pas d’imposition supplémentaire. Vous pouvez capitaliser, réinvestir, attendre une année où votre situation fiscale personnelle est plus favorable.


Inconvénients et points de vigilance : les faces cachées du montage

Je préviens toujours mes clients que ce montage n’est pas une solution miracle. Voici ce qu’il faut avoir en tête.

La complexité administrative et les obligations comptables

Une SCI à l’IS doit tenir une comptabilité complète — bilan, compte de résultat, liasses fiscales — et déposer ses comptes chaque année. Ce n’est pas la même chose qu’une SCI à l’IR qui peut se contenter d’une comptabilité simplifiée. Il faut généralement faire appel à un expert-comptable, ce qui représente un coût annuel de l’ordre de 1 000 à 2 500 € selon la complexité de la structure.

Le risque de double imposition lors de la sortie des dividendes

C’est le revers de la médaille. Quand vous souhaitez récupérer les bénéfices de la SCI à titre personnel, ils sont d’abord imposés à l’IS dans la société, puis soumis à la flat tax de 30 % (ou au barème progressif sur option) lorsqu’ils vous sont distribués sous forme de dividendes. Cette double imposition peut éroder significativement le rendement réel si vous avez besoin de liquidités régulières.

Les coûts de création et de gestion annuelle de la SCI

Créer une SCI a un coût. Entre la rédaction des statuts, l’annonce légale, le dépôt au greffe et la déclaration des bénéficiaires effectifs, comptez environ 200 € de frais légaux incompressibles, auxquels s’ajoutent les honoraires juridiques.

Chez Jurixa, je propose la création complète de votre SCI à partir de 500 €, statuts sur-mesure et toutes les formalités incluses (annonce légale, dépôt greffe, Kbis). C’est un investissement ponctuel qui se rentabilise rapidement au regard des économies fiscales générées par le montage.

L’abus de droit : les limites à ne pas franchir

L’erreur que je vois le plus souvent — et la plus dangereuse — c’est de créer une SCI dont le seul et unique objectif est fiscal, sans substance économique réelle. L’administration fiscale dispose de la procédure de l’abus de droit (article L. 64 du Livre des procédures fiscales) pour requalifier des montages purement artificiels. La SCI doit avoir une raison d’être patrimoniale authentique : gestion d’un patrimoine, organisation d’une transmission, association entre plusieurs investisseurs. Le montage doit avoir du sens au-delà de la seule économie d’impôt.


Cas pratique : Exemple chiffré d’un investissement

Hypothèses : Achat de 100 000 € de parts de SCPI à crédit

Prenons un exemple concret. Marc, 45 ans, crée une SCI à l’IS avec son épouse. La SCI emprunte 100 000 € sur 15 ans à un taux d’environ 3,5 % pour acheter des parts de SCPI affichant un taux de distribution de 5 % brut. Les parts génèrent donc environ 5 000 € de revenus annuels.

Calcul du résultat fiscal après amortissement et déduction des charges

PosteMontant annuel
Revenus SCPI+ 5 000 €
Intérêts d’emprunt (approx.)- 3 000 €
Amortissement des parts (sur 25 ans)- 4 000 €
Résultat fiscal- 2 000 €

La SCI dégage un déficit fiscal de 2 000 €. Elle ne paie aucun IS. Les 5 000 € de loyers perçus servent à rembourser le crédit, et le surplus s’accumule dans la trésorerie de la SCI.

Comparaison de l’impôt : détention en direct (IR) vs via SCI à l’IS

SituationRevenus imposablesImpositionNet après impôt
Détention en direct (IR, TMI 41 %)5 000 €~2 910 € (41 % + 17,2 % PS)~2 090 €
Via SCI à l’IS (avec amortissement)0 € (déficit fiscal)0 €5 000 € capitalisés
0 €
d'IS payé grâce à l'amortissement dans notre exemple
Calcul Jurixa basé sur les règles du CGI

L’écart est saisissant. En détention directe, Marc aurait payé près de 3 000 € d’impôts et prélèvements sociaux. Via la SCI à l’IS, le montage lui permet de capitaliser l’intégralité des revenus pendant la phase de remboursement du crédit.


Les étapes juridiques pour sécuriser votre projet

C’est la partie que je soigne le plus avec mes clients, car c’est là que se jouent la solidité et la pérennité du montage.

1

Rédiger des statuts et un objet social adaptés

L’objet social de la SCI doit explicitement prévoir la détention de valeurs mobilières et de parts de sociétés civiles de placement immobilier. Un objet social trop restrictif (limité aux “immeubles”) pourrait bloquer l’opération. Je rédige toujours des statuts sur-mesure pour ce type de montage, avec des clauses de gouvernance et de cession de parts adaptées au projet familial ou patrimonial.

2

Choisir l’option IS : comment et quand ?

L’option pour l’IS se fait par courrier adressé au service des impôts des entreprises dont dépend la SCI, au plus tard avant la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel vous souhaitez l’appliquer (art. 206 CGI). Je recommande de l’exercer dès la création pour éviter toute complication.

3

Obtenir le financement au nom de la SCI

Le crédit doit être souscrit par la SCI elle-même, pas par les associés à titre personnel. Cela suppose que la banque accepte de financer une société civile — ce qui est de plus en plus courant mais nécessite parfois une caution personnelle des associés.

4

Souscrire les parts de SCPI

La SCI souscrit les parts directement auprès de la société de gestion de la SCPI. Vérifiez que la SCPI accepte les souscriptions par des personnes morales (c’est généralement le cas, mais à confirmer).

5

Assurer le suivi comptable et fiscal annuel

La SCI à l’IS doit tenir une comptabilité complète, déposer une liasse fiscale, et approuver ses comptes chaque année. Je propose un secrétariat juridique annuel à partir de 300 € pour accompagner mes clients sur la durée.

Rédiger des statuts et un objet social adaptés

Dans mon expérience, c’est le point le plus souvent négligé par les investisseurs qui passent par des plateformes en ligne. Un objet social générique ne suffira pas. Il faut anticiper dans les statuts : que se passe-t-il si un associé veut céder ses parts ? Qui a la priorité ? Quel est le mécanisme de valorisation ? Ces clauses évitent des conflits coûteux des années plus tard.

Choisir l’option IS : comment et quand ?

Rappelons-le : l’option IS est irrévocable selon le BOFiP (BOI-IS-CHAMP-20-10-20). C’est une décision définitive. Je conseille toujours à mes clients de simuler leur situation sur 10, 15 et 20 ans avant de s’engager, en tenant compte de leur situation fiscale personnelle actuelle et projetée.

Organiser la souscription des parts (crédit, apport en compte courant)

Si la SCI ne peut pas obtenir de crédit bancaire dans l’immédiat, les associés peuvent lui prêter des fonds via un compte courant d’associé. Ces sommes sont alors utilisées par la SCI pour acheter les parts de SCPI. Les intérêts versés par la SCI sur ces comptes courants sont déductibles de son résultat (dans les limites légales).


Conclusion : Le montage SCI-SCPI, pour quel profil d’investisseur ?

Ce montage est particulièrement adapté aux investisseurs dans une tranche marginale d’imposition élevée (30 % et au-delà), qui ont un horizon d’investissement long (au moins 10 à 15 ans) et qui n’ont pas besoin de revenus immédiats. Il convient aussi très bien aux dirigeants qui souhaitent faire fructifier une trésorerie professionnelle via une holding patrimoniale, ou aux familles qui anticipent une transmission.

En revanche, si vous avez besoin de revenus réguliers à court terme, si votre tranche d’imposition est faible, ou si vous n’êtes pas prêt à supporter le coût et la complexité d’une comptabilité annuelle, la détention directe de parts de SCPI sera probablement plus simple et tout aussi efficace.

Ce que je recommande à mes clients avant toute chose : ne pas se précipiter sur le montage avant d’avoir fait une simulation personnalisée. Le diable se cache dans les détails — et particulièrement dans les statuts.


Questions fréquentes (FAQ)

Quelle est la différence majeure entre une SCI et une SCPI ?

La SCI est une société que vous créez pour détenir et gérer vos propres biens immobiliers. Vous êtes aux commandes. La SCPI est un fonds d’investissement immobilier collectif géré par des professionnels : vous achetez des parts et percevez des revenus sans vous occuper de la gestion. L’une est un outil de gestion active, l’autre un placement passif.

Pourquoi choisir une SCI à l’IS plutôt qu’à l’IR pour acheter des SCPI ?

À l’IR, les revenus de SCPI perçus par la SCI remontent directement chez les associés et sont imposés dans leur tranche marginale, avec les prélèvements sociaux. À l’IS, la SCI est imposée à 15 % ou 25 % sur ses bénéfices nets, et peut utiliser l’amortissement pour réduire — voire annuler — son résultat imposable. Pour un investisseur dans une tranche élevée, le gain est substantiel.

Peut-on amortir l’achat de parts de SCPI dans une SCI à l’IS ?

Oui. Dans une SCI soumise à l’IS, les parts de SCPI sont inscrites à l’actif du bilan et peuvent faire l’objet d’un amortissement comptable. Cet amortissement constitue une charge déductible qui vient réduire le résultat imposable, sans représenter une sortie d’argent réelle. C’est l’un des principaux avantages de ce montage par rapport à la détention en direct.

Comment sont imposés les dividendes de SCPI perçus par une SCI ?

Les revenus distribués par les SCPI à la SCI à l’IS sont imposés au taux de l’IS dans la SCI (15 % ou 25 % selon le résultat net après charges et amortissements). Si ces bénéfices sont ensuite distribués aux associés personnes physiques, ils supportent la flat tax de 30 % (prélèvement forfaitaire unique) ou l’imposition au barème progressif sur option, selon ce qui est le plus avantageux.

Quels sont les risques d’investir en SCPI via une SCI ?

Trois risques principaux : la double imposition à la sortie (IS dans la SCI + flat tax sur les dividendes), la complexité et le coût de gestion annuelle (comptabilité obligatoire), et l’irrévocabilité de l’option IS. À cela s’ajoute le risque propre aux SCPI elles-mêmes : variation de la valeur des parts, baisse des loyers distribués, risque de liquidité. Enfin, un montage sans substance économique réelle peut être requalifié en abus de droit par l’administration fiscale. Pour vous donner un ordre d’idée, mon cabinet propose la création complète de votre SCI à partir de 500 €, avec des statuts rédigés sur-mesure pour anticiper ces risques dès le départ.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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