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Luxembourg impôt sur les sociétés 2026 : taux, calcul, comparaison

Sandrine Chiorozas · · 11 min de lecture
luxembourg impot sur les sociétés

L’impôt sur les sociétés au Luxembourg combine en 2026 trois prélèvements : l’IRC (impôt sur le revenu des collectivités) à 15 ou 17 %, une contribution au fonds pour l’emploi de 7 % sur cet IRC, et l’impôt commercial communal (ICC) qui varie selon la commune. À Luxembourg-ville, le taux combiné effectif atteint 24,94 % pour les bénéfices supérieurs à 200 000 euros. Soit un niveau quasi identique à l’IS français standard (25 %), ce qui surprend la plupart des clients qui m’appellent pour un projet luxembourgeois.

Dans ma pratique, neuf entrepreneurs sur dix qui veulent ouvrir une société au Luxembourg pensent que le taux d’IS y est de 15 ou 17 %. La réalité est plus nuancée, et l’attractivité fiscale du Luxembourg ne tient pas au taux nominal mais aux régimes spécifiques comme l’exonération des participations. Je vais vous donner les chiffres exacts, la mécanique de calcul réelle, et surtout : quand le Luxembourg vaut vraiment le coup par rapport à la France.

Les trois prélèvements qui composent l’impôt sur les sociétés au Luxembourg

Contrairement à la France où l’IS se résume à un taux unique appliqué au bénéfice, le système luxembourgeois empile trois impôts différents sur le même bénéfice. Comprendre cette mécanique est indispensable pour calculer le taux réel auquel votre société sera soumise.

L’IRC : l’impôt sur le revenu des collectivités

L’IRC frappe le bénéfice fiscal de la société, calculé à partir du résultat comptable après réintégrations et déductions fiscales. Selon l’Administration des Contributions Directes luxembourgeoise, les taux 2026 sont :

  • 15 % si le revenu imposable est inférieur ou égal à 175 000 euros
  • Un lissage progressif entre 175 000 et 200 000 euros (le taux passe graduellement de 15 à 17 %)
  • 17 % au-delà de 200 000 euros

Ce barème en deux paliers est volontairement favorable aux PME. Une société luxembourgeoise qui dégage 150 000 euros de bénéfice paie exactement le même IRC qu’une PME française qui bénéficie du taux réduit à 15 % sur ses premiers 42 500 euros (article 219 du CGI).

La contribution au fonds pour l’emploi

Cette surtaxe de 7 % s’applique sur l’IRC déjà calculé. Pour une société taxée à 17 %, la contribution représente donc 1,19 point supplémentaire (17 % × 7 %).

La contribution au fonds pour l’emploi est obligatoire pour toutes les personnes morales luxembourgeoises. Elle finance les politiques nationales de l’emploi et n’est ni déductible ni récupérable. Toute société commerciale, quelle que soit sa forme (SARL, SA, SARL-S, SOPARFI), y est soumise.

L’impôt commercial communal (ICC)

C’est le prélèvement le plus variable et celui qui change vraiment la donne selon le siège social. L’ICC s’applique sur le bénéfice commercial après abattement de 17 500 euros, à un taux fixé par la commune. À Luxembourg-ville, le taux d’application est de 225 % du taux d’assiette nominal de 3 %, soit 6,75 %. Dans d’autres communes, ce taux peut descendre à 6 % voire 5,25 %.

C’est sur ce point que je conseille à mes clients d’analyser le siège social en amont : un siège à Esch-sur-Alzette ou Dudelange peut faire économiser 0,5 à 1,5 point d’imposition par rapport à Luxembourg-ville.

Le calcul réel sur un exemple chiffré

Prenons une SARL luxembourgeoise basée à Luxembourg-ville qui dégage 300 000 euros de bénéfice fiscal en 2026.

Calcul de l'impôt sur les sociétés — SARL Luxembourg-ville, bénéfice 300 000 €

ÉtapeCalculMontant
1. IRC à 17 %300 000 × 17 %51 000 €
2. Contribution fonds pour l’emploi (7 % de l’IRC)51 000 × 7 %3 570 €
3. ICC à 6,75 % sur bénéfice après abattement 17 500 €(300 000 - 17 500) × 6,75 %19 069 €
Total impôtIRC + contribution + ICC73 639 €
Taux effectif73 639 / 300 00024,55 %
24,94 %
Taux combiné effectif IS Luxembourg-ville (bénéfice > 200 000 €)
impotsdirects.public.lu

La même SARL en France paierait 25 % sur la totalité du bénéfice (ou bénéficierait d’un taux réduit à 15 % sur les premiers 42 500 euros si elle remplit les conditions PME), soit environ 70 200 euros. L’écart Luxembourg-France est en réalité de l’ordre de 3 à 4 points pour les bénéfices moyens, ce qui ne justifie absolument pas à lui seul une délocalisation. Ce que je dis à mes clients : si vous montez une société au Luxembourg uniquement pour le taux d’IS, vous vous trompez de motivation.

Le vrai levier d’attractivité : le régime mère-fille et la SOPARFI

L’attractivité fiscale du Luxembourg ne tient pas à son taux d’IS, mais à ses régimes d’exonération des participations, qui sont parmi les plus généreux d’Europe.

Le régime de participation exemption

Une société luxembourgeoise qui détient au moins 10 % du capital d’une filiale (ou une participation d’au moins 1,2 million d’euros pour les dividendes, 6 millions pour les plus-values), pendant au moins 12 mois, bénéficie d’une exonération totale :

  • des dividendes reçus de cette filiale
  • des plus-values de cession des titres détenus

Cette exonération concerne les filiales luxembourgeoises, européennes (directive mère-fille), et les filiales hors UE soumises à un impôt comparable. C’est ce mécanisme qui fait de la SOPARFI (Société de Participations Financières) un véhicule de holding internationalement utilisé.

Comparaison avec le régime français

En France, le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) prévoit une exonération à 95 % des dividendes reçus (donc 5 % de quote-part de frais et charges réintégrés), et les plus-values long terme sur titres de participation sont exonérées à 88 % (12 % de QPFC). Au Luxembourg, l’exonération est de 100 % dans les deux cas, sans quote-part de frais et charges.

Pour une holding qui touche 1 million d’euros de dividendes de filiales, l’économie fiscale luxembourgeoise versus française est d’environ 12 500 euros par an (5 % de QPFC × 25 % d’IS). Sur 10 ans, on parle de 125 000 euros. C’est cette mécanique, et pas le taux d’IS, qui justifie une structure luxembourgeoise.

Pas de retenue à la source sur les flux sortants

Autre avantage majeur : le Luxembourg ne prélève pas de retenue à la source sur les intérêts et redevances versés à une société mère étrangère, et la retenue sur dividendes peut être ramenée à 0 % via la directive mère-fille européenne. En France, les retenues à la source applicables peuvent atteindre 25 % en l’absence de convention fiscale.

France vs Luxembourg : tableau de positionnement réel

Pour aider mes clients à arbitrer, je présente toujours ce comparatif. Il montre que le Luxembourg n’est intéressant que pour certains profils précis.

France vs Luxembourg : comparaison fiscale 2026 pour les sociétés

CritèreFranceLuxembourg
Taux d’IS standard25 %24,94 % (Luxembourg-ville)
Taux réduit PME15 % jusqu’à 42 500 €15 % jusqu’à 175 000 €
Régime mère-filleExo 95 % (QPFC 5 %)Exo 100 %
Plus-values sur titres participationExo 88 % (QPFC 12 %)Exo 100 %
Retenue à la source dividendes vers mère0 % (directive UE)0 % (directive UE)
Impôt sur la fortune (sociétés)NonOui (0,5 % sur capital propre)
Report déficitaireIllimité (plafonné 1M + 50 %)17 ans
Substance économique exigéeOui (anti-abus L. 64 LPF)Oui (loi anti-abus + BEPS)

Quand le Luxembourg vaut vraiment le coup

Dans ma pratique, je recommande une structure luxembourgeoise dans trois cas précis :

  1. Holding internationale détenant plusieurs filiales européennes : la SOPARFI capte les dividendes en exonération totale et redistribue selon une stratégie patrimoniale optimisée
  2. Activité de propriété intellectuelle (IP) : le Luxembourg propose un régime IP box à 5,2 % effectif sur les revenus de brevets et de logiciels développés en interne
  3. Cession future de titres : si vous prévoyez de revendre des participations pour plusieurs millions d’euros, l’écart d’imposition sur la plus-value (100 % d’exonération au Luxembourg vs 88 % en France) peut représenter des sommes considérables

À l’inverse, pour une PME opérationnelle française qui dégage 200 000 à 500 000 euros de bénéfice par an, monter une structure au Luxembourg n’a aucun sens fiscal. Les coûts de structure, l’obligation de substance économique réelle (bureaux, salariés, conseil d’administration local) et la complexité administrative l’emportent largement sur les économies fiscales.

Si vous envisagez ce type de montage, j’analyse votre situation patrimoniale et fiscale chez Jurixa avant toute décision. La création d’une holding en France peut souvent répondre à votre objectif sans la complexité luxembourgeoise.

Les pièges de la fiscalité luxembourgeoise à connaître

L’obligation de substance économique

Depuis les directives anti-abus européennes (ATAD 1 et 2) et les recommandations BEPS de l’OCDE, une société luxembourgeoise doit démontrer une substance économique réelle pour bénéficier des régimes fiscaux avantageux. Concrètement :

  • siège social effectif au Luxembourg (pas une boîte aux lettres)
  • au moins un administrateur résident fiscal luxembourgeois
  • comptabilité et décisions prises au Luxembourg
  • locaux ou prestations de domiciliation justifiables

Une structure dépourvue de substance peut être requalifiée par l’administration française comme un montage artificiel, et les avantages fiscaux remis en cause rétroactivement avec majorations.

J’ai vu chez un confrère un client se faire redresser de 380 000 euros par l’administration française, parce que sa SOPARFI luxembourgeoise n’avait aucune substance réelle au Grand-Duché (pas de salarié, administrateur unique français résident en France, factures de domiciliation seules). Le montage avait économisé 60 000 euros d’IS sur trois ans. Mauvaise affaire.

Les paiements trimestriels obligatoires

L’IRC et l’ICC doivent être payés par acomptes trimestriels (mars, juin, septembre, décembre pour l’IRC). Une trésorerie mal anticipée peut coûter cher en pénalités. La société paie aussi un impôt sur la fortune de 0,5 % sur le capital propre, réglé par acomptes en février, mai, août, novembre.

Le coût réel d’une SOPARFI

Une SOPARFI fonctionnelle au Luxembourg, avec substance économique correcte, coûte entre 8 000 et 25 000 euros par an : domiciliation, administrateur local, comptabilité, dépôt des comptes, expert-comptable luxembourgeois. À comparer à une holding patrimoniale française qui peut tourner pour 2 000 à 4 000 euros annuels en frais réels.

Comment Jurixa accompagne les projets luxembourgeois

Pour un projet de holding luxembourgeoise, je travaille en binôme avec un confrère établi au Luxembourg qui prend en charge la partie locale (immatriculation, comptabilité, substance). Chez Jurixa, je m’occupe de toute la structuration française : montage patrimonial, choix entre holding française et SOPARFI, analyse de la convention fiscale franco-luxembourgeoise, optimisation des flux de dividendes.

Coût de mise en place d'une holding selon le choix de structure

SolutionCoût initialCoût annuelPertinence
Holding française (Jurixa)à partir de 600 € + frais (~200 €)2 000-4 000 €PME, transmission familiale, optimisation dividendes France
SOPARFI luxembourgeoise (binôme)3 000-6 000 €8 000-25 000 €Holding internationale, IP box, cession future de gros titres
Cabinet d’avocats fiscalistes5 000-15 000 €10 000-30 000 €Montages très complexes, contentieux fiscal préventif

Mon approche : je n’oriente jamais vers le Luxembourg quand une création d’une holding française suffit. Sur dix demandes de SOPARFI que je reçois, six finissent par déboucher sur une holding française mieux structurée, et c’est tant mieux pour le client.

Questions fréquentes sur l’impôt sur les sociétés au Luxembourg

Quel est le taux exact de l’IS au Luxembourg en 2026 ?

Le taux combiné effectif à Luxembourg-ville est de 24,94 % pour les bénéfices supérieurs à 200 000 euros. Il décompose en 17 % d’IRC + 1,19 % de contribution fonds pour l’emploi + 6,75 % d’ICC. Pour les bénéfices inférieurs à 175 000 euros, le taux d’IRC tombe à 15 %, ce qui ramène le taux combiné effectif à environ 22,80 %.

Le Luxembourg est-il vraiment un paradis fiscal ?

Non. Le taux d’IS luxembourgeois est quasi identique à celui de la France (25 %). L’attractivité du Luxembourg vient des régimes spécifiques (participation exemption à 100 %, pas de retenue à la source sur certains flux, IP box) et de sa stabilité juridique pour les holdings internationales. Le Luxembourg respecte les standards OCDE et BEPS, ce n’est pas un paradis fiscal au sens strict.

Faut-il avoir des salariés au Luxembourg pour bénéficier des régimes fiscaux ?

Pas obligatoirement, mais il faut une substance économique réelle : administrateur résident fiscal luxembourgeois, décisions prises localement, comptabilité tenue au Luxembourg, locaux ou domiciliation justifiables. Sans cette substance, l’administration française peut requalifier la structure en montage artificiel.

Peut-on cumuler une holding française et une SOPARFI luxembourgeoise ?

Oui, c’est même un schéma classique pour les patrimoines significatifs : la holding française détient la SOPARFI luxembourgeoise, qui détient elle-même des participations internationales. Ce double étage permet de combiner les régimes mère-fille français et luxembourgeois. Le montage exige une analyse fine de la convention fiscale franco-luxembourgeoise et des règles anti-abus.

Comment fonctionne l’impôt sur la fortune au Luxembourg ?

C’est un impôt spécifique aux personnes morales luxembourgeoises : 0,5 % du capital propre net (capitaux propres + réserves + report à nouveau) jusqu’à 500 millions d’euros, puis 0,05 % au-delà. Il est payé en quatre acomptes trimestriels et n’a pas d’équivalent en France pour les sociétés.

Ce qu’il faut retenir avant de monter une structure luxembourgeoise

Le Luxembourg n’est pas une réponse fiscale automatique : son taux d’IS effectif (24,94 %) est quasi équivalent à celui de la France. Sa vraie valeur réside dans les régimes spécifiques (participation exemption à 100 %, IP box, flux internationaux exonérés de retenue à la source) et dans sa stabilité réglementaire. Pour un patrimoine inférieur à 5 millions d’euros ou une activité purement française, une holding française bien structurée suffit dans 90 % des cas.

Le pire conseil que je puisse donner serait de monter une SOPARFI pour économiser quelques milliers d’euros par an. Avec les coûts de structure (8 000 à 25 000 euros annuels) et les obligations de substance, l’addition dépasse souvent l’économie. Avant toute décision, faites-vous accompagner par un professionnel qui analyse l’ensemble de votre projet et pas uniquement le taux nominal d’IS.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 15 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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