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Statuts juridiques

Minorité de Blocage en SAS : Seuil, Calcul et Clauses

Sandrine Chiorozas · · 10 min de lecture
Illustration de la minorité de blocage en SAS avec des icônes de vote et de balance juridique

Deux associés fondateurs détiennent 60 % et 40 % d’une SAS. Les statuts prévoient une majorité des deux tiers pour les décisions importantes. L’associé à 40 % peut tout bloquer : augmentation de capital, changement de siège, entrée d’un investisseur. Il le sait, et il négocie chaque décision comme une transaction. Cette situation, je la rencontre au moins une fois par trimestre.

La minorité de blocage en SAS, c’est un outil de protection puissant quand il est prévu dès le départ dans les statuts. Mais c’est aussi une source de paralysie quand les fondateurs n’ont pas anticipé les scénarios de désaccord. Ce guide vous explique tout : le calcul, les seuils, les clauses à insérer, et surtout comment sortir d’un blocage.

Qu’est-ce qu’une minorité de blocage en SAS ?

La minorité de blocage, c’est le pourcentage de droits de vote suffisant pour empêcher l’adoption d’une décision soumise à une majorité qualifiée. Ce n’est pas un droit de veto au sens strict : l’associé minoritaire ne peut pas imposer une décision, mais il peut en empêcher une.

En SAS, la grande particularité est la liberté statutaire. L’article L227-9 du Code de commerce prévoit que les statuts déterminent les décisions prises collectivement par les associés et les conditions de majorité. Contrairement à la SARL ou à la SA, il n’y a pas de majorité légale imposée (sauf exceptions). Tout est dans les statuts.

En SAS, les statuts fixent librement les conditions de majorité pour chaque type de décision (article L227-9 du Code de commerce). Mais attention : l’article L227-19 impose l’unanimité pour certaines clauses (inaliénabilité, exclusion, agrément). Et la jurisprudence interdit qu’une minorité puisse imposer des décisions à la majorité (Cass. com., 19 janvier 2022).

Comment calculer le seuil de minorité de blocage

La formule est simple :

Minorité de blocage = 100 % - seuil de majorité requis + 1 voix

Seuils de minorité de blocage selon la majorité statutaire

Majorité requise par les statutsMinorité de blocageExemple : capital 1 000 actions
Majorité simple (50 % + 1)50 %500 actions suffisent à bloquer
2/3 (66,67 %)33,34 %334 actions suffisent à bloquer
3/4 (75 %)25,01 %251 actions suffisent à bloquer
Unanimité (100 %)1 voix1 seule action suffit à bloquer
33,34 %
Seuil classique de minorité de blocage (majorité aux 2/3)
Code de commerce, articles L227-9 et suivants

Prenons un cas concret. Vous êtes trois associés dans une SAS : 51 %, 30 %, 19 %. Les statuts prévoient une majorité des 2/3 pour les décisions extraordinaires. Les deux associés minoritaires (30 + 19 = 49 %) forment une minorité de blocage. Mais individuellement, aucun des deux ne peut bloquer seul.

Quelles décisions peuvent être bloquées ?

Décisions soumises à majorité qualifiée

Dans la plupart des SAS, les statuts prévoient une majorité qualifiée (2/3 ou 3/4) pour :

  • Augmentation ou réduction du capital social
  • Modification de l’objet social
  • Transfert du siège social hors du département
  • Fusion, scission, apport partiel d’actif
  • Transformation de la société (SAS en SARL par exemple)
  • Dissolution anticipée
  • Approbation des conventions réglementées (article L227-10)

Décisions à l’unanimité obligatoire

L’article L227-19 du Code de commerce impose l’unanimité pour adopter ou modifier certaines clauses statutaires :

  • Clause d’inaliénabilité des actions
  • Clause d’exclusion d’un associé
  • Clause d’agrément (sauf exceptions)

Pour ces décisions, un seul associé peut bloquer. C’est la minorité de blocage la plus absolue.

Décisions ordinaires

L’approbation des comptes annuels, l’affectation du résultat et la nomination des commissaires aux comptes sont généralement soumises à la majorité simple. La minorité de blocage est donc plus élevée (50 %).

Ne confondez pas “majorité des voix exprimées” et “majorité du capital”. Si vos statuts prévoient une majorité des 2/3 des voix exprimées, un associé absent ou qui ne vote pas réduit le quorum et peut modifier le seuil de blocage effectif. Vérifiez la rédaction exacte de vos statuts.

Les clauses statutaires essentielles

Clause de majorité variable

Plutôt que de fixer une majorité unique pour toutes les décisions extraordinaires, prévoyez des seuils différents selon l’importance de la décision. Par exemple : 2/3 pour un changement de siège, 3/4 pour une augmentation de capital, unanimité pour une modification de la répartition du capital.

Clause d’exclusion

C’est la clause la plus efficace pour sortir d’un blocage. Elle permet d’obliger un associé à céder ses titres si certaines conditions sont réunies (comportement déloyal, non-respect du pacte d’associés, condamnation pénale). Attention : l’insertion ou la modification de cette clause exige l’unanimité (article L227-19).

Clause de sortie conjointe (tag-along)

Si l’associé majoritaire vend ses actions, les minoritaires peuvent exiger de vendre les leurs aux mêmes conditions. Cette clause protège les minoritaires contre un changement de contrôle qu’ils n’ont pas choisi.

Clause de rachat forcé (drag-along)

L’inverse : le majoritaire qui reçoit une offre d’achat sur 100 % du capital peut obliger les minoritaires à vendre. Cette clause évite qu’un minoritaire bloque une cession globale.

Chez Jurixa, je rédige systématiquement les statuts de SAS avec un équilibre entre ces quatre clauses. L’idée n’est pas de neutraliser la minorité de blocage, c’est de prévoir des mécanismes de sortie de crise. Neuf fois sur dix, le simple fait que ces clauses existent dans les statuts suffit à débloquer les négociations.

Que faire quand le blocage est déjà installé ?

La négociation directe

Avant toute procédure, tentez la discussion. Un associé qui bloque une décision a souvent une revendication légitime : il veut un prix de rachat correct, une garantie sur sa rémunération, ou un droit de regard sur la stratégie. Comprendre la demande, c’est parfois résoudre le blocage en une réunion.

La médiation

Si la discussion échoue, un médiateur professionnel peut faciliter les échanges. C’est plus rapide et moins coûteux qu’un tribunal. Le médiateur n’a aucun pouvoir de décision, mais il restructure le dialogue.

L’expertise de gestion (article L225-231)

Un associé détenant au moins 5 % du capital peut demander en justice la désignation d’un expert pour examiner une ou plusieurs opérations de gestion. C’est un outil de pression efficace quand le majoritaire prend des décisions opaques.

L’action en abus de minorité

Si un associé bloque systématiquement des décisions essentielles à la survie de la société, dans le seul but de nuire ou d’obtenir un avantage indu, les autres associés peuvent agir en justice pour abus de minorité. Le tribunal peut alors :

  • Désigner un mandataire pour voter à la place de l’associé bloquant
  • Nommer un administrateur provisoire
  • Prononcer la dissolution de la société
5 %
Seuil de détention pour demander une expertise de gestion
Article L225-231 du Code de commerce

Pacte d’associés : le complément indispensable

Les statuts sont publics. Le pacte d’associés est confidentiel. C’est le bon endroit pour organiser les détails que vous ne voulez pas rendre accessibles à tout le monde :

  • Engagements de vote (un associé s’engage à voter dans un certain sens sur certaines décisions)
  • Mécanisme de valorisation des titres en cas de sortie
  • Clause de non-concurrence
  • Droit de premier refus en cas de cession

Le pacte ne modifie pas les seuils de majorité fixés dans les statuts. Mais il encadre l’exercice du droit de vote et prévoit des sanctions (clause pénale) en cas de non-respect.

Cas pratique : 3 associés, 3 scénarios

Prenons une SAS avec trois associés : Alice (50 %), Benoît (35 %) et Claire (15 %). Les statuts prévoient une majorité des 2/3 pour les décisions extraordinaires.

Scénario 1 — Alliance minoritaires. Benoît et Claire (35 + 15 = 50 %) bloquent une augmentation de capital proposée par Alice. Ils n’atteignent pas les 2/3 pour voter contre, mais ils empêchent Alice d’atteindre les 2/3. Blocage.

Scénario 2 — Benoît seul. Benoît (35 %) bloque seul toute décision extraordinaire. 35 % > 33,34 %. Alice et Claire (50 + 15 = 65 %) n’atteignent pas les 2/3 (66,67 %).

Scénario 3 — Claire seule. Claire (15 %) ne peut pas bloquer seule. 15 % < 33,34 %. Mais si les statuts prévoient l’unanimité pour modifier la clause d’exclusion, Claire peut bloquer cette modification spécifique.

Mon approche chez Jurixa

Quand je rédige des statuts de SAS, la question de la minorité de blocage est centrale. Je ne propose pas un modèle standard. Je commence par comprendre la répartition du capital envisagée, les relations entre les associés, la stratégie de développement, et les scénarios de sortie possibles. Ensuite, je calibre les majorités et les clauses protectrices en conséquence.

Le tarif chez Jurixa pour la création complète de votre SAS : à partir de 500 € (+ frais légaux : annonce légale ~190 € et greffe ~36 €). Statuts rédigés sur-mesure avec clauses de gouvernance adaptées à votre situation.

Questions fréquentes

Quel est le seuil de minorité de blocage en SAS ?

Il dépend de la majorité fixée dans les statuts. Avec une majorité des 2/3 (la plus courante), le seuil de blocage est de 33,34 % des droits de vote. Avec une majorité des 3/4, il descend à 25,01 %. Pour les décisions à l’unanimité (article L227-19), une seule voix suffit.

Peut-on supprimer la minorité de blocage dans les statuts ?

Pas complètement. Vous pouvez abaisser les seuils de majorité (majorité simple au lieu des 2/3), ce qui réduit le pouvoir de blocage. Mais pour les décisions à unanimité obligatoire (inaliénabilité, exclusion, agrément), la minorité de blocage à 1 voix est imposée par la loi.

Quelle différence entre minorité de blocage en SAS et en SARL ?

En SARL, les majorités sont fixées par la loi (majorité des 2/3 pour les AGE depuis la loi de 2005). La minorité de blocage est donc de 33,34 % par défaut. En SAS, les statuts fixent librement les majorités : le seuil de blocage peut être plus haut ou plus bas selon votre choix.

Comment sortir d’une situation de blocage ?

Quatre solutions graduées : négociation directe, médiation, expertise de gestion (5 % du capital requis), action en justice pour abus de minorité. La clause d’exclusion dans les statuts reste le meilleur outil préventif.

Faut-il un pacte d’associés en plus des statuts ?

C’est recommandé dès qu’il y a plus de deux associés. Le pacte complète les statuts avec des engagements de vote, des mécanismes de valorisation et des clauses de sortie. Il est confidentiel, contrairement aux statuts déposés au greffe.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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