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Statuts juridiques

Passer de micro-entreprise à SASU : guide complet 2026

Sandrine Chiorozas · · 11 min de lecture
Passer de micro-entreprise à SASU - guide

Votre micro-entreprise décolle, votre chiffre d’affaires grimpe et vous commencez à sentir les limites du régime. Peut-être que vous ne pouvez plus déduire vos charges réelles, ou que vous avez besoin d’une meilleure couverture sociale. Peut-être aussi qu’un client important vous demande une structure plus solide. Quelle que soit la raison, le passage en SASU est une étape naturelle dans la croissance de votre activité.

Je vous explique concrètement comment faire, combien cela coûte et quels pièges éviter.

Pourquoi passer de micro-entreprise à SASU

Le régime micro-entrepreneur est idéal pour tester une activité. Mais il atteint vite ses limites quand l’activité se développe. Voici les situations qui déclenchent le plus souvent cette transition.

Vous approchez des plafonds de chiffre d’affaires

En 2026, les seuils du régime micro sont fixés à 83 600 euros pour les prestations de services et 203 100 euros pour la vente de marchandises. Si vous dépassez ces seuils deux années consécutives, vous basculez automatiquement au régime réel. Autant anticiper en créant votre SASU dans les meilleures conditions.

Base juridique

Les seuils 2026 du régime micro-entrepreneur sont définis par l'article 293 B du Code général des impôts, modifié par la loi de finances pour 2026. Le dépassement sur deux exercices consécutifs entraîne la sortie du régime au 1er janvier de l'année suivante.

Vos charges réelles sont trop élevées

En micro-entreprise, l’administration applique un abattement forfaitaire sur votre CA (34 % pour les BNC, 50 % pour les BIC services, 71 % pour la vente). Si vos charges réelles dépassent cet abattement, vous payez des impôts sur de l’argent que vous n’avez pas gagné. En SASU, vous déduisez toutes vos charges réelles : loyer, matériel, déplacements, sous-traitance, salaires.

Vous voulez une meilleure protection sociale

En tant que micro-entrepreneur, vous cotisez au régime des travailleurs indépendants. En devenant président de SASU, vous accédez au régime général de la Sécurité sociale, avec une couverture maladie, maternité et retraite identique à celle d’un salarié cadre. La contrepartie : des cotisations plus élevées (environ 80 % du salaire net versé contre 22 % du CA en micro).

Vous avez besoin de crédibilité ou d’investisseurs

La SASU est une personne morale distincte de vous. Elle dispose de son propre patrimoine et peut accueillir des associés (elle devient alors SAS). C’est un atout majeur si vous cherchez des financements, si vous répondez à des appels d’offres ou si vous souhaitez protéger votre patrimoine personnel.

1 euroCapital social minimum pour créer une SASU, librement fixé par l'associé unique

Micro-entreprise vs SASU : le comparatif complet

Avant de sauter le pas, voici un tableau synthétique qui résume les différences essentielles entre les deux statuts.

CritèreMicro-entrepriseSASU
Personnalité juridiquePas de personnalité morale (EI)Personne morale distincte
Plafond CA83 600 euros (services) / 203 100 euros (vente)Aucun plafond
Imposition des bénéficesIR (abattement forfaitaire)IS : 15 % jusqu'à 42 500 euros puis 25 %
Déduction des chargesForfaitaire uniquementCharges réelles déductibles
Cotisations sociales22 % du CA (services BIC/BNC)~80 % du salaire net du président
Protection socialeRégime indépendants (SSI)Régime général (assimilé salarié)
ResponsabilitéLimitée au patrimoine professionnel (EI)Limitée aux apports
TVAFranchise possible sous seuilsAssujettie (récupération possible)
ComptabilitéLivre des recettes uniquementComptabilité complète obligatoire
Accueil d'associésImpossibleOui (passage en SAS)

Ce n’est pas une transformation, c’est une création

Premier point essentiel à comprendre : juridiquement, vous ne “transformez” pas votre micro-entreprise en SASU. L’opération consiste à créer une nouvelle structure (la SASU), à y transférer votre activité, puis à fermer votre micro-entreprise. Ce sont deux entités distinctes avec deux numéros SIRET différents.

Point d'attention

Il n'existe aucune procédure de transformation directe d'une micro-entreprise en SASU. La micro-entreprise est une entreprise individuelle (personne physique) tandis que la SASU est une société (personne morale). Le passage implique obligatoirement une cessation d'activité puis une création.

Cette distinction n’est pas qu’académique. Elle a des conséquences pratiques : vous devrez prévenir vos clients et fournisseurs du changement de SIRET, mettre à jour vos contrats et éventuellement transférer vos baux commerciaux.

Les 4 étapes pour passer de micro-entreprise à SASU

Voici le processus complet, dans l’ordre chronologique. Je vous recommande de commencer par créer la SASU avant de fermer la micro-entreprise, pour éviter toute interruption d’activité.

Etape 1 : Préparer le terrain

Avant de vous lancer, prenez le temps de faire un état des lieux complet.

Evaluez vos actifs. Listez tout ce qui constitue votre fonds de commerce : clientèle, matériel, stock, nom commercial, contrats en cours, droit au bail. Si la valeur totale de vos apports en nature dépasse 30 000 euros ou représente plus de la moitié du capital social prévu, vous devrez faire appel à un commissaire aux apports (comptez entre 1 000 et 3 000 euros).

Choisissez la méthode de transfert. Deux options s’offrent à vous :

  • L’apport du fonds de commerce : vous apportez votre activité au capital de la SASU. C’est la solution la plus courante et la plus avantageuse fiscalement (exonération de droits d’enregistrement si vous conservez les titres pendant au moins 3 ans).
  • La cession du fonds de commerce : la SASU rachète votre activité. Des droits d’enregistrement s’appliquent : 0 % jusqu’à 23 000 euros, 3 % de 23 000 à 200 000 euros, puis 5 % au-delà.

Anticipez la transition bancaire. Ouvrez un compte bancaire professionnel au nom de la future SASU et prévoyez la trésorerie nécessaire pour couvrir les frais de création et les premiers mois d’activité.

Etape 2 : Créer la SASU

C’est le coeur de l’opération. Voici les sous-étapes dans l’ordre.

Rédigez les statuts. Ce document fondateur définit les règles de fonctionnement de votre société : dénomination sociale, objet social, siège, capital, pouvoirs du président, modalités de prise de décision. Des statuts bien rédigés vous éviteront des blocages plus tard. C’est précisément le type de document que je rédige sur-mesure pour mes clients.

Déposez le capital social. Le minimum légal est de 1 euro, mais en pratique, un capital trop faible peut freiner vos relations avec les banques et les fournisseurs. Déposez le capital sur un compte bloqué (banque ou notaire). Vous recevez une attestation de dépôt nécessaire pour l’immatriculation.

Publiez une annonce légale. L’annonce de constitution doit paraître dans un journal d’annonces légales du département du siège social. Comptez environ 142 euros pour une SASU en 2026.

Immatriculez la SASU. Déposez votre dossier sur le Guichet unique de l’INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). Le dossier comprend les statuts signés, l’attestation de dépôt du capital, l’annonce légale, la déclaration de non-condamnation du président et la déclaration des bénéficiaires effectifs.

198 eurosCoût administratif total pour créer une SASU : 35,59 euros (greffe) + 20,34 euros (bénéficiaires effectifs) + ~142 euros (annonce légale)

Etape 3 : Transférer l’activité

Une fois la SASU immatriculée et votre Kbis en main, procédez au transfert.

Si vous avez choisi l’apport, un acte d’apport de fonds de commerce doit être rédigé et publié. L’avantage : pas de droits d’enregistrement si vous vous engagez à conserver les titres reçus en échange pendant au moins 3 ans.

Informez vos clients et fournisseurs du changement. Mettez à jour vos contrats, vos factures et vos conditions générales avec les nouvelles coordonnées de la SASU (raison sociale, SIRET, numéro de TVA intracommunautaire).

Etape 4 : Fermer la micro-entreprise

Dernière étape : déclarez la cessation d’activité de votre micro-entreprise sur le Guichet unique de l’INPI. Vous disposez de 30 jours après l’arrêt effectif de l’activité.

N’oubliez pas de régler vos dernières obligations :

  • Déclarez votre dernier CA sur le site de l’URSSAF dans les délais habituels
  • Payez vos dernières cotisations sociales
  • Effectuez votre déclaration de revenus mentionnant les revenus de la micro jusqu’à la date de cessation
Conseil pratique

Je recommande de faire coïncider la fermeture de la micro-entreprise avec la fin d'un trimestre ou d'un mois, pour simplifier vos déclarations de CA et éviter les prorata compliqués.

Combien coûte le passage en SASU

Voici un récapitulatif des coûts à prévoir pour l’ensemble de l’opération.

Frais incompressibles (administratifs) :

  • Greffe du tribunal de commerce : 35,59 euros
  • Déclaration des bénéficiaires effectifs : 20,34 euros
  • Publication annonce légale : environ 142 euros
  • Total minimum : environ 198 euros

Frais variables selon votre situation :

  • Commissaire aux apports (si nécessaire) : 1 000 à 3 000 euros
  • Droits d’enregistrement (si cession du fonds) : 0 à 5 % selon le montant
  • Expert-comptable (mise en place) : 500 à 1 500 euros par an
  • Rédaction des statuts par un professionnel : variable

Coûts récurrents en SASU :

  • Comptabilité annuelle : 1 200 à 3 000 euros selon la complexité
  • CFE (cotisation foncière des entreprises) : variable selon la commune
  • Dépôt des comptes annuels au greffe : 45,02 euros
15 %Taux réduit d'IS pour les PME sur les 42 500 premiers euros de bénéfice (25 % au-delà)

La fiscalité : ce qui change concrètement

Le basculement fiscal est souvent la raison principale du passage en SASU. Voici ce qui change pour votre portefeuille.

En micro-entreprise

Vos cotisations sociales sont calculées sur votre CA brut (22 % pour les services BIC/BNC). L’impôt sur le revenu s’applique après un abattement forfaitaire. Aucune possibilité de déduire vos charges réelles.

Exemple concret : Vous facturez 70 000 euros de prestations de conseil. Vous payez 15 400 euros de cotisations sociales (22 %), puis l’IR s’applique sur 46 200 euros (après abattement de 34 %). Si vous êtes dans la tranche à 30 %, cela représente environ 13 860 euros d’impôt. Total des prélèvements : environ 29 260 euros.

En SASU

La société paie l’IS sur son bénéfice net (après déduction de toutes les charges, y compris votre rémunération de président). Vous, en tant que président, payez l’IR sur votre salaire et éventuellement sur les dividendes distribués.

Même exemple : Vous facturez 70 000 euros. Vous avez 15 000 euros de charges réelles. Vous vous versez un salaire de 30 000 euros net. Les cotisations patronales et salariales représentent environ 24 000 euros. Le bénéfice imposable de la SASU est de 1 000 euros (70 000 - 15 000 - 30 000 - 24 000). L’IS est de 150 euros (15 %). Votre IR personnel porte uniquement sur les 30 000 euros de salaire.

Conseil pratique

Le choix entre se rémunérer en salaire ou en dividendes a un impact majeur sur votre fiscalité globale. En dessous de 40 000 euros de rémunération annuelle, le salaire est généralement plus avantageux que les dividendes en SASU. Au-delà, un mix des deux permet d'optimiser. Je vous recommande de faire des simulations précises avec un expert-comptable avant de fixer votre politique de rémunération.

Les erreurs que je vois le plus souvent

Après avoir accompagné de nombreux entrepreneurs dans cette transition, voici les pièges récurrents.

Fermer la micro avant d’avoir créé la SASU

C’est l’erreur classique. Si vous fermez votre micro-entreprise avant que la SASU ne soit opérationnelle, vous vous retrouvez sans structure pour facturer pendant plusieurs semaines. Créez toujours la SASU en premier, transférez l’activité, puis fermez la micro.

Sous-estimer les cotisations sociales du président

En micro, vous payez 22 % de votre CA. En SASU, les cotisations sur le salaire du président représentent environ 80 % du net versé. Si vous vous versez 3 000 euros net par mois, le coût total pour la société est d’environ 5 400 euros. Ce n’est pas un problème si votre CA le permet, mais il faut l’anticiper dans votre prévisionnel.

Oublier la TVA

En micro-entreprise, vous bénéficiez probablement de la franchise en base de TVA. En SASU, vous serez assujetti à la TVA dès le premier euro (sauf si vous restez sous les seuils de franchise, mais c’est rarement le cas pour une entreprise en croissance). Cela signifie que vous devrez facturer la TVA à vos clients, mais aussi que vous pourrez la récupérer sur vos achats.

Ne pas prévenir ses clients

Le changement de structure implique un nouveau SIRET, de nouvelles coordonnées de facturation et potentiellement un changement de conditions de paiement (ajout de la TVA). Prévenez vos clients bien en amont pour éviter les mauvaises surprises.

Point d'attention

Si vous aviez des contrats signés en nom propre (micro-entreprise), ils ne se transfèrent pas automatiquement à la SASU. Vous devrez obtenir l'accord de vos cocontractants pour un transfert ou signer de nouveaux contrats au nom de la SASU.

Le bon timing pour faire la transition

Il n’y a pas de moment universel, mais certains signaux doivent vous alerter.

C’est le bon moment si :

  • Votre CA dépasse régulièrement 50 000 euros en prestations de services
  • Vos charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire (34 % en BNC, 50 % en BIC)
  • Vous avez besoin d’embaucher ou de prendre un associé
  • Vous souhaitez optimiser votre rémunération (mix salaire/dividendes)
  • Vous avez des investissements importants à déduire

Attendez encore si :

  • Votre CA est inférieur à 30 000 euros par an
  • Vous n’avez quasiment aucune charge professionnelle
  • Vous testez encore votre activité
  • Vous ne souhaitez pas gérer une comptabilité complète

Le passage en SASU a un coût récurrent (comptabilité, formalités annuelles) qui ne se justifie que si les avantages fiscaux ou stratégiques compensent largement ces frais.

Calendrier type : de la décision à l’opérationnel

Voici un calendrier réaliste pour une transition bien organisée.

Semaine 1-2 : Préparation. Evaluation de votre fonds de commerce, choix de la méthode de transfert (apport ou cession), recherche d’un expert-comptable si ce n’est pas fait, collecte des documents nécessaires.

Semaine 3 : Création. Rédaction et signature des statuts, dépôt du capital social, publication de l’annonce légale, dépôt du dossier sur le Guichet unique.

Semaine 4-5 : Attente et transfert. Réception du Kbis (comptez 3 à 7 jours ouvrés), ouverture du compte bancaire définitif, transfert de l’activité, information des clients et fournisseurs.

Semaine 6 : Fermeture. Déclaration de cessation de la micro-entreprise, dernière déclaration de CA, mise à jour de tous les documents commerciaux.

Au total, comptez 4 à 6 semaines pour une transition complète et sereine.

Questions fréquentes

Est-ce que je perds mon ancienneté en fermant ma micro-entreprise ?

Oui, la SASU est une nouvelle entité juridique avec un nouveau SIRET et une nouvelle date de création. Votre ancienneté en tant que micro-entrepreneur ne se reporte pas. Toutefois, rien ne vous empêche de mentionner dans votre communication que vous exercez depuis telle année.

Puis-je bénéficier de l’ACRE en créant ma SASU ?

Cela dépend de votre situation. Si vous avez déjà bénéficié de l’ACRE pour votre micro-entreprise, vous ne pourrez pas en bénéficier une seconde fois pour la SASU, sauf si plus de 3 ans se sont écoulés depuis la fin de votre précédent bénéfice. Les conditions d’éligibilité ont par ailleurs été durcies par la loi de financement de la Sécurité sociale 2026.

Que se passe-t-il si je ne me verse pas de salaire en SASU ?

Si vous ne vous versez aucune rémunération en tant que président, vous ne payez aucune cotisation sociale, mais vous n’avez aucune couverture (maladie, retraite, prévoyance). C’est une stratégie parfois utilisée en début d’activité pour maximiser la trésorerie, mais elle ne doit pas durer. Sans rémunération, vous ne validez aucun trimestre de retraite.

Faut-il obligatoirement un expert-comptable pour une SASU ?

Ce n’est pas une obligation légale, mais c’est très fortement recommandé. La SASU impose une comptabilité complète (bilan, compte de résultat, annexes) et le dépôt annuel des comptes au greffe. La complexité des obligations fiscales et sociales rend l’accompagnement d’un expert-comptable quasi indispensable.

Combien de temps faut-il pour passer de micro à SASU ?

Comptez entre 4 et 6 semaines pour l’ensemble du processus : préparation, création de la SASU, transfert de l’activité et fermeture de la micro-entreprise. Le délai dépend principalement de la rapidité de traitement du Guichet unique (3 à 7 jours pour le Kbis) et de la complexité de votre fonds de commerce.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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