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Plus-value cession titres société IS : régime long terme 2026

Sandrine Chiorozas · · 11 min de lecture
Illustration plus-value cession titres : graphique ascendant, échange de parts, balance fiscale

J’ai accompagné l’an dernier la sortie d’une participation détenue par une holding depuis 7 ans. La filiale avait été acquise pour 800 000 euros et revendue à 2 100 000 euros. Plus-value brute : 1 300 000 euros. Si le dirigeant avait détenu directement les titres en personne physique, la flat tax aurait coûté 390 000 euros. Détenus via holding sous régime des plus-values long terme, l’imposition effective a été de 39 000 euros. Soit un rapport de 1 à 10 entre les deux schémas pour exactement la même opération. Cet écart, c’est tout l’intérêt de structurer ses participations en holding bien avant la cession.

Le régime des plus-values à long terme sur titres de participation est l’un des outils fiscaux les plus puissants du droit français, mais il suppose de respecter des conditions précises et de classifier correctement ses titres dès l’acquisition. Voici comment ça fonctionne, ce que la réforme 2026 a changé, et pourquoi anticiper la cession trois ans en avance vaut largement mieux qu’optimiser au moment de signer.

Le principe : la quasi-exonération à 88 %

L’article 219 I-a quinquies du Code général des impôts prévoit que les plus-values nettes à long terme réalisées sur la cession de titres de participation détenus depuis plus de 2 ans bénéficient d’une quasi-exonération d’impôt sur les sociétés.

Concrètement :

  • La plus-value brute est exonérée à 88 %
  • Une quote-part de frais et charges de 12 % est réintégrée au résultat imposable de la société cédante
  • Cette quote-part est imposée au taux normal de l’IS (15 % puis 25 %)

L’imposition effective est donc de 3 % (12 % × 25 %) sur la plus-value, contre 25 % au régime normal et 30 % en cession directe par personne physique (flat tax).

L’arithmétique du gain fiscal

Pour une plus-value de 1 000 000 euros :

  • Cession directe personne physique (flat tax 30 %) : 300 000 euros d’impôt
  • Cession via société à l’IS sans régime long terme : 250 000 euros d’IS
  • Cession via société à l’IS avec régime long terme : 30 000 euros d’IS

Soit un écart maximal de 270 000 euros sur 1 million entre la pire et la meilleure structuration. Cet écart explique pourquoi la holding patrimoniale est devenue un standard pour les cessions de PME.

3 %
Taux effectif d'imposition d'une plus-value sur titres de participation à long terme
Article 219 I-a quinquies du CGI

Qu’est-ce qu’un titre de participation

C’est ici que se joue la qualification fiscale. Tous les titres détenus par une société ne sont pas des “titres de participation” au sens de l’article 219. La distinction est cruciale.

La définition comptable

Un titre est qualifié de participation s’il :

  • Présente une utilité durable pour l’activité de la société détentrice
  • Permet d’exercer une influence ou un contrôle sur la société émettrice
  • Est inscrit en comptabilité au compte spécifique des titres de participation (compte 261 et suivants du PCG)

La présomption des 10 %

Le Code général des impôts pose une présomption de qualification : les titres représentant au moins 10 % du capital d’une société sont présumés constituer des titres de participation. Cette présomption est cependant simple, c’est-à-dire qu’elle peut être renversée si l’administration prouve que la détention n’avait pas d’utilité durable pour l’activité.

Inversement, des titres représentant moins de 10 % peuvent être qualifiés de titres de participation s’ils répondent à la définition économique (utilité durable, contrôle ou influence).

Les exclusions

Certains titres ne peuvent jamais être qualifiés de titres de participation :

  • Titres de sociétés à prépondérance immobilière non cotées (SPI)
  • Titres détenus dans des OPCVM
  • Titres détenus à des fins purement spéculatives (compte de placement)
  • Titres détenus depuis moins de 2 ans

Pour les SPI cotées, le régime existe mais avec un taux réduit spécifique de 19 %.

La qualification fiscale d’un titre comme “titre de participation” relève d’une analyse comptable et économique. Elle se construit dès l’acquisition : inscription au bon compte du PCG, justification de l’utilité durable, documentation de la stratégie d’acquisition. Une qualification mal anticipée peut faire perdre l’accès au régime long terme à la cession.

La condition de durée : la règle des 2 ans

C’est la condition la plus simple à comprendre mais la plus rigide. Pour bénéficier du régime long terme, les titres doivent être détenus pendant plus de 2 ans au moment de leur cession.

Le décompte exact

Le délai de 2 ans se calcule de date à date :

  • Point de départ : date d’acquisition effective des titres (entrée en compte de la société)
  • Point d’arrivée : date de cession effective

Une cession à 23 mois et 28 jours fait perdre totalement le bénéfice du régime, et la plus-value est imposée au taux normal de l’IS (25 %). C’est l’erreur de calendrier la plus coûteuse en matière fiscale.

Le cas particulier des restructurations

Lors d’une fusion, scission, apport partiel d’actifs, le délai de détention se cumule avec celui de la société absorbée ou apportée, sous conditions. Concrètement, si la société A détient des titres depuis 18 mois et fusionne avec la société B qui les détenait depuis 12 mois auparavant, l’absorbante peut bénéficier du cumul des durées.

Cette règle de “cumul” est précieuse pour les opérations de restructuration patrimoniale.

La réforme 2026 : sécurisation par le sous-compte TRPVLT

La loi de finances pour 2026 (article 15) a introduit une innovation majeure pour sécuriser l’accès au régime long terme. Elle permet désormais aux sociétés de créer un sous-compte spécifique dans leur comptabilité dédié aux titres éligibles au régime des plus-values à long terme : le TRPVLT (Titres soumis au Régime des Plus-Values à Long Terme).

L’effet de cette innovation

Une fois un titre inscrit au sous-compte TRPVLT :

  • L’administration fiscale ne peut plus contester la qualification de titre de participation sur la seule base de la classification comptable
  • La sécurité juridique de l’opération de cession future est très renforcée
  • Les contentieux antérieurs sur la qualification deviennent largement caducs pour les nouvelles opérations

C’est ce que la doctrine appelle un “filet de sécurité” pour les holdings qui structurent leur portefeuille en vue de cessions à long terme.

À mettre en place dès l’acquisition

L’inscription au sous-compte TRPVLT doit intervenir dès l’acquisition des titres, pas au moment de la cession. C’est un changement de pratique comptable que les experts-comptables intègrent progressivement dans les dossiers depuis début 2026.

Pour les portefeuilles de titres acquis avant 2026, une régularisation est possible mais doit être discutée avec un fiscaliste pour vérifier la sécurité de la requalification.

Le calcul concret de la plus-value

C’est l’étape technique qui suppose une comptabilité rigoureuse.

Plus-value brute

Plus-value brute = Prix de cession - Valeur nette comptable des titres

La valeur nette comptable correspond au prix d’acquisition diminué des éventuelles dépréciations comptabilisées.

Plus-value nette à long terme

Sur un même exercice, on compense les plus-values long terme et les moins-values long terme sur titres de participation.

Plus-value nette LT = Total plus-values LT - Total moins-values LT

Si le solde est négatif, la moins-value nette est reportable sur les exercices suivants pendant 10 ans, mais elle ne peut s’imputer que sur des plus-values à long terme futures.

Quote-part de frais et charges

QPFC = 12 % × Plus-value brute (et non plus-value nette)

Cette QPFC est ajoutée au résultat imposable de la société et imposée à l’IS au taux normal.

Subtilité importante : la QPFC se calcule sur la plus-value brute, pas sur la plus-value nette. Cela peut créer une situation où la société paie de l’IS sur une QPFC alors qu’elle est globalement en moins-value nette.

Cession de titres : régime selon la structure

ConfigurationRégime applicableTaux effectif
Personne physique cédanteFlat tax PFU30 %
Personne physique cédante (option barème)Barème IR + PS17,2 % à 64 % selon TMI
Société à l’IS - titres détenus < 2 ansIS taux normal25 %
Société à l’IS - titres de participation > 2 ansLong terme (a quinquies)3 %
Société à l’IS - SPI non cotéeIS taux normal25 %
Société à l’IS - SPI cotéeTaux réduit19 %

Combien coûte la structuration d’une cession via holding

Pour structurer une cession optimisée via holding, voici les coûts à anticiper.

Création de la holding (si elle n’existe pas)

  • Statuts sur-mesure adaptés à la fonction de holding : à partir de 600 € chez Jurixa
  • Annonce légale : 190 €
  • Greffe : 70 €

Apport des titres existants à la holding

Si vous détenez déjà les titres en personne physique et voulez les transférer à une holding :

  • Traité d’apport et formalités : 1 500 à 3 000 €
  • Évaluation par commissaire aux apports si nécessaire : 2 000 à 5 000 €
  • Report d’imposition (article 150-0 B ter) : démarches fiscales spécifiques

Le principe : anticiper de 3 à 5 ans

Pour bénéficier pleinement du régime, la holding doit détenir les titres pendant plus de 2 ans avant la cession. Idéalement 3 à 5 ans pour sécuriser tous les aspects (qualification, durée, substance économique de la holding).

Une cession structurée à la dernière minute n’a aucun intérêt fiscal. Mieux vaut anticiper ou ne pas structurer du tout. Chez Jurixa, je propose un audit patrimonial pour planifier la structuration en amont. Contactez-moi directement : chez Jurixa, je travaille en synergie avec un fiscaliste partenaire pour calibrer la qualification des titres et la durée de détention.

Questions fréquentes sur la cession de titres en société à l’IS

Le régime long terme s’applique-t-il aux SCI

Aux SCI à l’IS qui détiennent des titres de participation, oui en théorie. Mais la SCI est soumise à des règles spécifiques pour les sociétés à prépondérance immobilière qui peuvent restreindre l’accès au régime. Pour les SCI patrimoniales détenant des immeubles directement, le régime ne s’applique pas (taux de 25 %).

Une holding qui revend une filiale à 1 an et demi paie 25 %

Oui. Le délai de 2 ans est rigide. Une cession anticipée fait perdre totalement le bénéfice du régime. Si vous êtes en projet de cession proche du seuil, attendez les 2 ans complets pour optimiser.

Faut-il une activité réelle de la holding pour bénéficier du régime

Pas explicitement, mais la jurisprudence est de plus en plus exigeante sur la substance économique des holdings qui revendiquent ce régime. Une holding “boîte aux lettres” sans activité, sans dirigeant rémunéré, sans flux de gestion peut être attaquée sur le fondement de l’abus de droit.

Que se passe-t-il en cas de moins-value

Une moins-value à long terme sur titres de participation n’est pas déductible du résultat imposable de la société. C’est le pendant de l’exonération à 88 % : si on ne paie pas d’impôt sur le gain, on ne déduit pas la perte. La moins-value reste seulement imputable sur des plus-values long terme futures pendant 10 ans.

Comment se passe la cession quand la holding est elle-même détenue par une autre holding

Le régime se chaîne. Holding mère cède des titres de holding fille (qui détient une filiale opérationnelle) : la holding mère bénéficie du régime long terme si les conditions sont remplies. Les groupes structurés en plusieurs étages peuvent ainsi optimiser à chaque cession intermédiaire.

Le régime mère-fille est-il compatible avec le régime long terme

Oui, ce sont deux régimes complémentaires. Le régime mère-fille s’applique aux dividendes (95 % d’exonération). Le régime long terme s’applique aux plus-values de cession de titres (88 % d’exonération). Ensemble, ils permettent une optimisation complète des flux entre holdings et filiales.

La réforme 2026 s’applique-t-elle aux titres acquis avant 2026

Pour les titres acquis avant 2026, l’inscription au sous-compte TRPVLT est possible mais doit être justifiée. La pratique est encore en cours de stabilisation. Je recommande de discuter chaque dossier avec un expert-comptable et un fiscaliste pour sécuriser la requalification.

En résumé

Le régime des plus-values à long terme sur titres de participation est l’un des outils les plus puissants de l’optimisation fiscale en France. Avec un taux effectif de 3 % au lieu de 25 % ou 30 %, il représente un gain massif sur les cessions de PME et de filiales.

Mais il suppose une structuration en amont : qualification correcte des titres dès l’acquisition (compte 261, sous-compte TRPVLT depuis 2026), détention de plus de 2 ans, holding avec une vraie substance économique. Une cession structurée à la dernière minute n’apporte rien.

Si vous prévoyez la cession d’une participation dans les 3 à 5 prochaines années, faites auditer votre structure dès maintenant. La fenêtre d’optimisation se ferme à mesure que la cession approche. Chez Jurixa, je travaille avec mes partenaires fiscalistes pour structurer ces opérations en amont. Le retour sur investissement d’un audit préalable se chiffre quasi systématiquement en dizaines, voire centaines de milliers d’euros.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 15 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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