Un consultant en informatique facture 600 € HT par jour, 18 jours par mois. Il hésite entre le portage salarial et la SASU. En portage, il touche environ 5 400 € nets. En SASU optimisée (rémunération + dividendes), il peut atteindre 6 800 €. Différence : 1 400 € par mois, soit 16 800 € par an. Mais le porté a le chômage si ça s’arrête. Pas le président de SASU.
Ce choix revient à chaque freelance que j’accompagne. La réponse n’est jamais universelle : elle dépend de votre chiffre d’affaires, de votre aversion au risque, de votre situation familiale et de vos projets à moyen terme.
Les fondamentaux de chaque statut
Le portage salarial
Le portage salarial est un cadre juridique dans lequel vous êtes salarié d’une société de portage. Vous trouvez vos clients et négociez vos missions. La société de portage facture le client, prélève sa commission (généralement 5 à 10 % du CA HT), paye les cotisations sociales, et vous verse un salaire net.
Avantage principal : vous êtes salarié. Bulletin de paie, cotisations retraite complètes, mutuelle, prévoyance, et surtout droits au chômage si vos missions s’arrêtent.
La SASU
La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) est votre propre société. Vous êtes président et associé unique. Vous facturez directement vos clients, gérez votre comptabilité, et choisissez comment vous rémunérer : salaire de président (avec cotisations ~65 %) et/ou dividendes (flat tax 30 %).
Avantage principal : liberté totale et optimisation fiscale. Vous pilotez votre rémunération et conservez une plus grande part de votre CA.
Le portage salarial est encadré par l’ordonnance n°2015-380 du 2 avril 2015 et la convention collective du portage salarial du 22 mars 2017. Le salarié porté doit justifier d’une expertise, d’une qualification et d’une autonomie suffisantes. Rémunération minimale : 2 700 € bruts mensuels pour un junior, 2 900 € pour un senior.
Le comparatif chiffré : 10 000 € HT de CA mensuel
Prenons un freelance qui facture 10 000 € HT par mois. Voici ce qu’il touche dans chaque cas.
Simulation : 10 000 € HT/mois en portage vs SASU
| Poste | Portage salarial | SASU (100 % salaire) | SASU (salaire + dividendes) |
|---|---|---|---|
| CA HT mensuel | 10 000 € | 10 000 € | 10 000 € |
| Commission portage (7 %) | -700 € | - | - |
| Frais de gestion (compta, CFE, etc.) | Inclus | -250 €/mois | -250 €/mois |
| Base brute avant cotisations | 9 300 € | 9 750 € | 9 750 € |
| Cotisations sociales (~47 % du brut / ~65 % du net en SASU) | ~4 370 € | ~5 870 € (sur 9 000 € brut) | ~2 930 € (sur 4 500 € brut) |
| IS sur bénéfice restant | - | - | ~750 € (15 % sur 5 000 €) |
| Flat tax sur dividendes | - | - | ~1 275 € (30 % sur 4 250 €) |
| Net disponible estimé | ~4 930 € | ~3 880 € | ~5 545 € |
Attention : ces simulations sont indicatives. Le portage inclut les congés payés (10 % du brut), l’indemnité de précarité, et parfois des avantages (CE, tickets restaurant). La SASU en mode dividendes suppose un résultat positif après IS.
La stratégie “tout en dividendes” en SASU a une limite : les dividendes ne génèrent aucun droit à la retraite ni au chômage. Un président qui se verse 1 € de salaire et 10 000 € de dividendes ne cotise quasiment pas. À 60 ans, sa retraite sera au minimum. Chez Jurixa, je recommande toujours un équilibre salaire/dividendes qui protège la couverture sociale.
Protection sociale : le vrai différenciateur
Protection sociale : portage vs SASU
| Protection | Portage salarial | SASU (président rémunéré) |
|---|---|---|
| Régime | Salarié (régime général) | Assimilé salarié (régime général) |
| Assurance maladie | Oui (identique à un salarié) | Oui (identique) |
| Retraite de base | Oui (trimestres validés) | Oui (si rémunération suffisante) |
| Retraite complémentaire | Oui (AGIRC-ARRCO) | Oui (AGIRC-ARRCO) |
| Prévoyance/mutuelle | Oui (obligation employeur) | À souscrire vous-même |
| Chômage (ARE) | Oui | Non |
| Congés payés | Oui (10 % du brut) | Non (pas de congés payés) |
| Formation (CPF) | Oui | Oui (si cotisations CFP versées) |
Le chômage, c’est le point décisif. En portage, si votre mission se termine et que vous ne retrouvez pas de client, vous touchez l’ARE. En SASU, rien. Pour un consultant dont le carnet de commandes est volatile, c’est un filet de sécurité inestimable.
Liberté et image professionnelle
En portage
Vous êtes limité dans votre communication. Votre client reçoit une facture de la société de portage, pas à votre nom. Vous ne pouvez pas développer une marque commerciale facilement. Et vous êtes soumis aux règles de la société de portage (plafond de frais professionnels, délais de versement du salaire).
En SASU
Vous êtes votre propre patron. Votre société porte votre nom ou votre marque. Vous décidez de tout : prix, clients, organisation, investissements. Vous pouvez embaucher, sous-traiter, facturer à l’international. La SASU est aussi perçue comme plus “professionnelle” par certains grands comptes qui refusent de travailler avec des portés.
Quand choisir le portage salarial
- Vous démarrez en freelance et voulez tester le marché sans risque
- Votre CA est inférieur à 6 000 € HT/mois (l’écart net est faible)
- Vous avez besoin du chômage comme filet de sécurité
- Vous ne voulez pas gérer de comptabilité ni d’administratif
- Votre situation personnelle (prêt immobilier en cours, famille) impose des bulletins de paie stables
Quand choisir la SASU
- Votre CA dépasse 7 000-8 000 € HT/mois (l’optimisation devient significative)
- Vous voulez développer une marque, embaucher, sous-traiter
- Votre activité est stable avec un carnet de clients récurrent
- Vous êtes à l’aise avec la gestion administrative (ou vous déléguez à un comptable)
- Vous voulez optimiser votre rémunération (mix salaire + dividendes)
Beaucoup de mes clients chez Jurixa ont commencé en portage salarial pendant 6 à 12 mois, le temps de valider leur marché et de constituer un matelas de trésorerie. Puis ils sont passés en SASU quand leur activité s’est stabilisée au-dessus de 8 000 € HT/mois. C’est une transition naturelle et intelligente.
Le piège de la comparaison simpliste
Ne comparez pas uniquement le “net en poche”. Le portage inclut des protections invisibles (chômage, congés payés, prévoyance) que vous devrez financer vous-même en SASU. Un calcul honnête intègre :
- Le coût d’une assurance prévoyance individuelle (~100-200 €/mois)
- Le coût d’une mutuelle (~50-100 €/mois)
- La constitution d’une épargne de précaution (3-6 mois de charges pour compenser l’absence de chômage)
- Les frais de comptabilité (~150-300 €/mois)
- La CFE (entre 200 € et 2 000 € par an selon la commune)
En intégrant ces coûts, l’écart entre portage et SASU se réduit. Mais au-delà de 8 000-9 000 € de CA mensuel, la SASU reste gagnante même après ces ajustements.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler portage salarial et SASU ?
Oui, c’est possible. Vous pouvez être salarié porté pour certaines missions et facturer d’autres missions via votre SASU. Mais vérifiez les clauses d’exclusivité de votre contrat de portage et assurez-vous que les deux activités ne se chevauchent pas sur les mêmes clients.
Le portage salarial donne-t-il droit au chômage ?
Oui. Le salarié porté cotise à l’assurance chômage et peut bénéficier de l’ARE en fin de contrat, sous réserve de remplir les conditions d’affiliation (6 mois de travail sur les 24 derniers mois).
Quel CA minimum pour que la SASU soit plus intéressante ?
En dessous de 5 000-6 000 € HT/mois, le portage est souvent plus avantageux (protection sociale incluse, pas de frais fixes). Au-dessus de 8 000 € HT/mois, la SASU optimisée (salaire + dividendes) génère un revenu net significativement supérieur. Entre les deux, ça dépend de votre profil de risque.
La SASU permet-elle de toucher le chômage ?
Non. Le président de SASU est assimilé salarié mais ne cotise pas à l’assurance chômage. Il existe des assurances perte d’emploi privées (GSC, April), mais elles sont coûteuses (3 à 5 % du revenu assuré). L’alternative : maintenir un matelas de trésorerie de 6 mois dans la société.
Combien coûte la création d’une SASU pour un freelance ?
Chez Jurixa, la création complète est à partir de 500 € (statuts sur-mesure, annonce légale, dépôt au guichet unique). Ajoutez ~36 € de frais de greffe et ~20 € de bénéficiaires effectifs. Le tout est déductible du résultat de votre premier exercice.