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Pouvoir d'assemblée générale : modèle et règles SAS SARL SCI 2026

Sandrine Chiorozas · · 10 min de lecture
Illustration pouvoir AG : main qui signe document, deux personnages avec flèche, sceau

Une assemblée générale a été annulée la semaine dernière dans un dossier que je suivais, parce qu’un associé minoritaire avait remis un pouvoir qui ne mentionnait pas la date de l’assemblée. Trois mois de préparation, sept associés réunis, expert-comptable, juriste, et tout est tombé à l’eau pour un détail de rédaction. La société a dû convoquer à nouveau, payer les frais, reporter les décisions de fin d’exercice, et le minoritaire a remis un nouveau pouvoir cette fois correctement rédigé. Coût total de l’erreur : environ 2 800 euros et un mois de retard sur des décisions stratégiques.

Le pouvoir d’assemblée générale est l’un des actes les plus mal traités du droit des sociétés. C’est pourtant une procédure simple, à condition de respecter quelques règles précises qui varient selon la forme de la société. Voici comment ça marche, ce qui doit y figurer, et où sont les pièges.

Qu’est-ce qu’un pouvoir d’assemblée générale

Un pouvoir d’AG est un acte juridique unilatéral par lequel un associé qui ne peut pas assister personnellement à l’assemblée donne mandat à un tiers de voter en son nom. C’est une procuration spécifique à un événement précis.

Les acteurs de l’opération :

  • Le mandant : l’associé qui donne pouvoir
  • Le mandataire : la personne qui représentera l’associé et votera à sa place
  • La société : l’entité qui organise l’AG et reçoit le pouvoir

C’est un mécanisme essentiel pour la vie des sociétés : sans lui, un associé empêché bloquerait potentiellement les décisions ou ne pourrait jamais participer aux votes. Il garantit la continuité décisionnelle.

Pouvoir nominatif vs pouvoir en blanc

Deux formats coexistent :

Pouvoir nominatif : le mandant désigne précisément la personne qu’il habilite à le représenter. C’est la forme la plus protectrice et la plus utilisée.

Pouvoir en blanc : le mandant signe le pouvoir sans désigner le mandataire. Le pouvoir est généralement utilisé par le président de séance, qui vote dans le sens des résolutions proposées par les organes dirigeants. C’est une pratique courante dans les grandes sociétés cotées, plus rare dans les SAS et SARL familiales.

Le pouvoir en blanc est valide juridiquement, mais il fait courir un risque au mandant : son vote sera mécaniquement aligné sur les résolutions présentées par la direction, ce qui peut être contraire à ses intérêts s’il y a des conflits internes. Pour une SAS ou SARL avec tensions entre associés, je déconseille systématiquement le pouvoir en blanc.

Les règles selon la forme sociale

C’est le point qui surprend toujours : les règles de représentation diffèrent selon que vous êtes en SARL, SAS ou SCI.

En SARL : un encadrement strict

L’article L223-28 du Code de commerce limite la représentation à des cas précis. Un associé de SARL peut se faire représenter par :

  • Son conjoint, sauf si les deux époux sont les seuls associés
  • Un autre associé, si la société compte plus de 2 associés
  • Toute personne si les statuts le prévoient expressément

Sans clause statutaire d’extension, un tiers (avocat, expert-comptable, ami) ne peut pas voter à votre place en SARL. C’est très restrictif et c’est l’une des raisons pour lesquelles certaines SARL souffrent du blocage en cas d’absence d’associés.

En SAS : la liberté statutaire

Pour la SAS, l’article L227-9 du Code de commerce renvoie aux statuts. La représentation est donc libre dans les conditions fixées par les statuts. Si les statuts ne disent rien, le principe est que tout mandataire est admissible, y compris un tiers.

C’est l’une des grandes souplesses de la SAS : un associé peut donner pouvoir à son avocat, à son expert-comptable, à un voisin, à un employé. La SAS s’adapte aux besoins de gouvernance des associés.

En SCI : régime intermédiaire

La SCI suit un régime hybride. L’article 1844 du Code civil prévoit que tout associé a le droit de participer aux décisions collectives, mais ne précise pas les modalités de représentation. Ces modalités sont fixées par les statuts. À défaut, la jurisprudence retient une solution intermédiaire : représentation par un autre associé ou par le conjoint, sauf clause statutaire d’extension.

Cas particulier des associés personnes morales

Quand l’associé est une société (par exemple une holding qui détient des parts d’une filiale), la représentation passe par son représentant légal (gérant, président). Le représentant légal peut lui-même donner pouvoir à un tiers, mais cette double délégation suppose des statuts qui l’autorisent.

Règles de représentation à l'AG selon la forme sociale

FormeMandataire admissibleStatuts peuvent étendre
SARLConjoint, associé (si > 2 associés)Oui, vers tout tiers
SASLiberté totale (sauf statuts)Oui, restreindre possible
SCIRègle des associés / conjointsOui, vers tout tiers
SA non cotéeConjoint, associéOui (rare en pratique)
SA cotéeTout actionnaire ou tiersEncadré par AMF
EURL/SASUSans objet (associé unique)Sans objet

Les mentions obligatoires d’un pouvoir valable

Pour qu’un pouvoir soit juridiquement opposable et accepté par le bureau de l’assemblée, certaines mentions sont indispensables.

Identification claire du mandant

  • Nom, prénom (ou raison sociale)
  • Adresse
  • Qualité d’associé de la société concernée
  • Nombre de parts ou actions détenues

Identification de la société et de l’AG

  • Dénomination sociale exacte
  • Forme juridique
  • Siège social et numéro RCS
  • Date, heure et lieu de l’assemblée
  • Nature de l’assemblée (ordinaire, extraordinaire, mixte)
  • Ordre du jour ou référence à la convocation

C’est l’omission la plus fréquente. Sans date d’assemblée, le pouvoir peut être contesté pour imprécision et l’AG annulée.

Identification du mandataire (si nominatif)

  • Nom et prénom
  • Adresse
  • Qualité éventuelle (associé, conjoint, tiers selon les statuts)

Étendue du mandat

  • Pouvoir limité à cette AG ou général ?
  • Instructions de vote éventuelles (favorable, défavorable, abstention sur chaque résolution)
  • Pouvoir de subdélégation autorisé ou non

Signature et formules consacrées

  • Date de signature du pouvoir
  • Lieu de signature
  • Formule manuscrite “Bon pour pouvoir” suivie de la signature
  • Signature manuscrite ou électronique qualifiée

La mention manuscrite “Bon pour pouvoir” reste exigée par la jurisprudence, même si la loi ne l’impose pas explicitement pour les sociétés. Elle prouve que le mandant a relu et validé l’acte. En cas de signature électronique, le système doit prévoir un équivalent (case à cocher ou validation explicite). Sans cette mention ou son équivalent, le pouvoir peut être attaqué.

La durée de validité du pouvoir

Beaucoup de plateformes en ligne donnent des informations contradictoires. Voici la règle réelle.

Validité par défaut : pour l’AG visée

En principe, un pouvoir vaut uniquement pour l’assemblée pour laquelle il a été donné, à la date et au lieu indiqués. Si l’AG est reportée, le pouvoir peut suivre si le report intervient avec le même ordre du jour et dans un délai court (généralement 7 jours en SARL, 15 jours en SAS).

Pouvoir global ou multi-assemblées

Les statuts peuvent prévoir que les pouvoirs valent pour toutes les assemblées de l’année ou pour une période plus longue. C’est rare en pratique car cela enlève au mandant la possibilité de réviser sa position.

Révocation par le mandant

Le pouvoir peut être révoqué à tout moment par le mandant, jusqu’au début effectif du vote. La révocation se fait par notification au mandataire et à la société. En pratique, présenter un nouveau pouvoir avec un autre mandataire vaut révocation du précédent.

Modèle commenté de pouvoir d’assemblée générale

Voici une trame type que vous pouvez adapter. Elle couvre les cas SARL, SAS et SCI.

POUVOIR

Je soussigné(e) [Nom Prénom],
Demeurant à [Adresse complète],
Associé(e) de la société [Dénomination sociale - Forme juridique]
Au capital de [Montant] €,
Dont le siège social est sis [Adresse siège],
Immatriculée au RCS de [Ville] sous le numéro [SIREN],
Détenteur(trice) de [Nombre] parts/actions,

Donne par les présentes tout pouvoir à :
[Nom Prénom du mandataire],
Demeurant à [Adresse complète du mandataire],
[Précision de la qualité : associé / conjoint / tiers selon statuts],

À l'effet de me représenter à l'assemblée générale [ordinaire / extraordinaire / mixte]
qui se tiendra le [Date], à [Heure],
au siège social de la société (ou autre lieu),
ayant pour ordre du jour :

[Lister les résolutions de l'ordre du jour]

Le mandataire est habilité à voter en mon nom sur l'ensemble des résolutions
[ou : avec instructions suivantes : ...].

Fait à [Lieu], le [Date].

Signature manuscrite précédée de la mention manuscrite
"Bon pour pouvoir" : ___________________________

Adaptations selon la forme

Pour une SARL : ajouter “[Le mandataire est associé / le conjoint du mandant / un tiers admis par l’article ___ des statuts]”

Pour une SAS : préciser si nécessaire que “Conformément à l’article ___ des statuts, le mandataire peut être [tout tiers / associé / etc.]”

Pour une SCI : adapter selon les modalités prévues aux statuts.

Les pièges qui font annuler une assemblée

J’en compte cinq qui reviennent dans les contentieux que je vois.

1. Date de l’AG manquante ou erronée

Le pouvoir doit mentionner exactement la date de l’AG. Une erreur d’un jour suffit pour le faire rejeter par le bureau de l’assemblée.

2. Mandataire non habilité par les statuts

En SARL, donner pouvoir à un avocat sans clause statutaire d’extension : pouvoir refusé. La voix de l’associé n’est pas comptabilisée et peut faire basculer la majorité.

3. Pouvoir antérieur à la convocation

Un pouvoir signé avant la convocation officielle de l’AG peut être contesté car le mandant n’avait pas encore connaissance de l’ordre du jour. Toujours signer après réception de la convocation.

4. Pouvoir sans mention manuscrite

L’absence de “Bon pour pouvoir” ou équivalent est un motif fréquent de contestation. La signature seule peut être insuffisante en cas de litige.

5. Cumul de pouvoirs au-delà de la limite légale

Une même personne ne peut pas détenir un nombre disproportionné de pouvoirs représentant plus de 10 % des votes totaux, sauf clause statutaire spécifique. Au-delà, certains pouvoirs sont nuls.

10 %
Plafond standard de cumul de pouvoirs par mandataire (sauf clause statutaire)
Pratique jurisprudentielle

Combien coûte la sécurisation des pouvoirs d’AG

Pour une AG ponctuelle bien préparée, le coût de la sécurisation des pouvoirs est négligeable :

  • Modèle de pouvoir personnalisé : intégré dans la convocation
  • Validation du formalisme par un juriste : à partir de 200 € chez Jurixa pour un audit ponctuel
  • Coordination si associés multiples : selon le nombre

Pour les sociétés qui tiennent plusieurs AG par an, je propose un pack annuel d’accompagnement aux assemblées (convocation, ordre du jour, pouvoirs, PV, formalités post-assemblée) à partir de 600 €/an. Contactez-moi directement : chez Jurixa, je sécurise vos AG dans la durée pour éviter les annulations qui coûtent toujours plus cher que la prévention.

Questions fréquentes sur le pouvoir d’AG

Le pouvoir peut-il être donné par email ou SMS

Non, sauf si les statuts prévoient expressément la signature électronique. La forme classique reste l’écrit signé manuellement (papier ou scan signé). La signature électronique qualifiée (eIDAS niveau qualifié) est admise depuis 2021 pour les actes juridiques courants.

Un mineur peut-il être mandataire

Non. Le mandataire doit avoir la capacité civile pour voter, donc être majeur. Un mineur émancipé peut éventuellement, mais le cas est rare.

Le mandataire peut-il subdéléguer son pouvoir

Seulement si le pouvoir initial l’autorise expressément. Sans clause de subdélégation, le mandataire qui se ferait remplacer commet une violation du mandat et le vote n’est pas valide.

Le mandant peut-il assister malgré tout à l’AG

Oui, et dans ce cas le pouvoir est automatiquement révoqué. Le mandant vote personnellement et le mandataire perd son habilitation. C’est une situation à éviter pour la clarté de l’AG.

Que se passe-t-il si le pouvoir est invalide

Le bureau de l’assemblée le rejette. La voix de l’associé concerné n’est pas comptabilisée. Si cette voix était déterminante pour atteindre une majorité, la décision peut être annulée judiciairement. Ne jamais sous-estimer la rigueur formelle.

Le pouvoir peut-il être donné au gérant lui-même

Oui en SAS et SCI si les statuts l’autorisent. En SARL, c’est plus encadré : le gérant peut être mandataire si la société compte plus de 2 associés et qu’il est lui-même associé. Cette pratique pose toutefois des questions de conflit d’intérêts qu’il faut analyser au cas par cas.

Faut-il un pouvoir pour les décisions par consultation écrite

Non, par définition. La consultation écrite est une alternative à l’AG physique : chaque associé vote individuellement par retour écrit, sans représentation possible. Si vos statuts prévoient ce mode de décision, le pouvoir n’a pas lieu d’être.

En résumé

Le pouvoir d’assemblée générale est un acte juridique simple mais formaliste. Une mention manquante peut faire annuler une AG entière, avec des coûts directs et indirects qui se chiffrent en milliers d’euros. Les règles diffèrent selon la forme sociale : SARL stricte, SAS souple, SCI intermédiaire.

Pour vos AG, prévoyez systématiquement de joindre un modèle de pouvoir à la convocation, vérifiez chaque pouvoir reçu avant l’assemblée, et faites tenir la feuille de présence avec rigueur. Une heure de préparation préalable vaut toujours mieux que trois mois de contestation post-AG.

Si vous avez des doutes sur la régularité formelle de vos pouvoirs ou sur la rédaction de vos statuts pour étendre les modalités de représentation, faites auditer par un juriste avant la prochaine AG. Le coût de l’audit est dérisoire face au risque d’annulation d’une décision stratégique.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 15 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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