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Statuts juridiques

SARL et Cie : guide complet de la commandite simple

Sandrine Chiorozas · · 10 min de lecture
SARL et Cie - guide société en commandite

Un client m’a récemment posé une question qui revient plus souvent qu’on ne le pense : “J’ai vu la mention SARL et Cie sur un extrait Kbis, c’est quoi exactement ?” La réponse se trouve dans une forme juridique méconnue mais redoutablement efficace : la société en commandite simple (SCS). Je vous explique ici comment cette structure hybride fonctionne, pourquoi elle associe une SARL au montage, et dans quels cas elle représente un véritable levier stratégique pour votre projet.


Qu’est-ce qu’une SARL et Cie ?

La mention “SARL et Cie” que vous pouvez lire sur certains Kbis désigne une société en commandite simple (SCS) dans laquelle une SARL occupe le rôle d’associé commandité. Le “et Cie” (et Compagnie) fait référence aux associés commanditaires, les investisseurs passifs du montage.

Concrètement, cette structure repose sur la coexistence de deux catégories d’associés aux rôles bien distincts :

  • Le commandité (ici, la SARL) : il gère la société, prend les décisions opérationnelles et assume une responsabilité élargie sur les dettes sociales.
  • Les commanditaires (“et Cie”) : ils apportent des capitaux mais ne participent pas à la gestion. Leur responsabilité est strictement limitée à leurs apports.

La SCS est régie par les articles L222-1 à L222-12 du Code de commerce. L’article L222-1 précise que les commandités ont le statut d’associés en nom collectif (responsabilité indéfinie et solidaire), tandis que les commanditaires ne répondent des dettes qu’à hauteur de leurs apports.

Pourquoi utiliser une SARL comme commandité ?

L’intérêt principal de placer une SARL en position de commandité est de limiter la responsabilité indéfinie qui pèse normalement sur ce type d’associé. Dans une SCS classique avec des personnes physiques commanditées, celles-ci engagent leur patrimoine personnel. En interposant une SARL, c’est la société (personne morale) qui assume cette responsabilité. Le risque est donc cantonné au patrimoine de la SARL, pas à celui des personnes physiques qui la détiennent.

C’est un mécanisme que je recommande régulièrement aux entrepreneurs qui souhaitent attirer des investisseurs tout en conservant le contrôle opérationnel de leur activité.


Comment fonctionne la commandite simple ?

Les deux catégories d’associés

La SCS nécessite au minimum deux associés : un commandité et un commanditaire. Voici leurs rôles respectifs.

L’associé commandité (la SARL) :

  • Assure la direction et la gestion quotidienne de la société
  • Détient la qualité de commerçant (lorsqu’il s’agit d’une personne physique)
  • Est responsable indéfiniment et solidairement des dettes sociales
  • Ne peut être révoqué qu’à l’unanimité des associés (sauf clause contraire)

Les associés commanditaires :

  • Apportent les fonds nécessaires au développement de l’activité
  • Ont une responsabilité limitée à leurs apports
  • N’ont aucun droit de gestion externe : ils ne peuvent pas signer de contrats, engager la société ou accomplir des actes de commerce au nom de la SCS
  • Participent aux décisions collectives et peuvent siéger au conseil de surveillance

Si un commanditaire se mêle de la gestion externe de la SCS, il perd sa protection de responsabilité limitée et devient responsable des dettes sociales comme un commandité. C’est l’une des règles les plus importantes à respecter (article L222-6 du Code de commerce).

Le capital social

Bonne nouvelle : aucun capital minimum n’est exigé pour créer une SCS. Vous pouvez démarrer avec 1 euro symbolique. Les apports peuvent être en numéraire (argent) ou en nature (biens). En revanche, seuls les commandités peuvent effectuer des apports en industrie (savoir-faire, compétences). Les commanditaires en sont exclus par la loi.

1 €
Capital social minimum pour créer une SCS
entreprendre.service-public.gouv.fr

La gérance

La gérance est assurée par le ou les commandités, sauf si les statuts désignent un gérant externe. Dans le montage SARL et Cie, c’est le gérant de la SARL commanditée qui exerce la direction opérationnelle de la SCS. Il dispose des “pouvoirs les plus étendus” pour agir au nom de la société, dans la limite de l’objet social.

Point crucial : la révocation d’un gérant commandité statutaire nécessite en principe l’unanimité des associés. C’est une stabilité de gouvernance que vous ne retrouvez dans aucune autre forme sociale.


Fiscalité de la SARL et Cie : le régime hybride

C’est probablement l’aspect le plus complexe de cette structure. Par défaut, la SCS ne relève ni totalement de l’impôt sur le revenu (IR), ni totalement de l’impôt sur les sociétés (IS). Elle fonctionne sous un régime fiscal mixte unique en droit français.

Imposition par défaut (sans option)

Catégorie d’associéRégime fiscalDétail
Commandité (la SARL)Impôt sur le revenu (IR)La part de bénéfices revenant au commandité est imposée à l’IR dans la catégorie BIC (article 8 du CGI)
CommanditairesImpôt sur les sociétés (IS)La part de bénéfices attribuée aux commanditaires est soumise à l’IS au niveau de la SCS, puis les dividendes sont imposés au PFU (30 %) ou au barème progressif

Option globale pour l’IS

La SCS peut opter pour l’assujettissement à l’IS sur l’ensemble de ses bénéfices. Dans ce cas, tous les associés (commandités et commanditaires) sont traités de la même manière : la société paie l’IS au taux normal (25 % en 2026), et les distributions de dividendes sont imposées au niveau personnel.

Dans la grande majorité des cas, je conseille à mes clients d’opter pour l’IS global. Le régime hybride par défaut est d’une complexité qui génère des surcoûts comptables importants et des risques d’erreur fiscale. L’option IS simplifie considérablement la gestion et la lisibilité de la structure.

Régime social des dirigeants

Le régime social dépend du rôle de chaque personne dans le montage :

  • Le gérant de la SARL commanditée : régime des travailleurs non-salariés (TNS) s’il est gérant majoritaire de la SARL, ou assimilé salarié s’il est minoritaire/égalitaire
  • Les commanditaires personnes physiques : aucun régime social automatique. Ils peuvent devenir salariés de la SCS pour des fonctions techniques distinctes de la gestion

SARL classique ou SARL et Cie : que choisir ?

La question se pose légitimement. Voici un comparatif pour y voir clair.

SARL classique vs SARL et Cie (SCS)

CritèreSARL classiqueSARL et Cie (SCS)
Nombre minimum d’associés2 (1 pour l’EURL)2 (1 commandité + 1 commanditaire)
Responsabilité des associésLimitée aux apports pour tousIllimitée pour le commandité, limitée pour les commanditaires
Capital minimum1 €1 €
GestionGérant(s) nommé(s) par les associésCommandité(s) de droit, révocation quasi impossible
Fiscalité par défautIS (sauf option IR temporaire)Régime hybride IR/IS
Entrée d’investisseursCession de parts (agrément)Commanditaires sans droit de gestion
Stabilité du dirigeantRévocation à la majoritéRévocation à l’unanimité
Cession de partsAgrément majoritéUnanimité (commandité) / Statuts (commanditaire)
ComplexitéModéréeÉlevée

En résumé : la SARL et Cie se justifie dans des situations spécifiques où vous avez besoin d’attirer des capitaux extérieurs tout en conservant un contrôle absolu sur la gestion. Si votre projet ne comporte pas cette dimension, une SARL classique sera plus simple et tout aussi protectrice.


Dans quels cas choisir une SARL et Cie ?

Au fil de mes années de pratique, j’ai identifié quatre situations où la commandite simple avec SARL commanditée prend tout son sens.

1. Lever des fonds sans perdre le contrôle. Les commanditaires financent le projet mais n’ont aucun pouvoir de gestion. Le dirigeant conserve la main sur toutes les décisions opérationnelles.

2. Projets familiaux avec transmission progressive. La SCS permet de transmettre des parts de commanditaire aux enfants ou héritiers tout en maintenant la gestion dans les mains du fondateur (via la SARL commanditée).

3. Activités à fort besoin de confidentialité. Les commanditaires n’apparaissent pas dans la dénomination sociale et bénéficient d’une discrétion renforcée sur leur participation.

4. Montages immobiliers avec investisseurs passifs. L’acquisition et la gestion de biens immobiliers avec des investisseurs qui apportent les fonds sans s’impliquer dans la gestion locative.

~1 600
SCS immatriculées en France (toutes formes confondues)
Bpifrance Création

La SCS reste une forme très rare. Cette rareté est justement ce qui en fait un outil sur mesure pour les situations qui le méritent. Je ne la recommande jamais par défaut, mais quand le contexte s’y prête, c’est une structure redoutablement efficace.


Comment créer une SARL et Cie : les étapes

La création d’une SCS avec SARL commanditée implique en réalité deux constitutions successives (ou simultanées) : celle de la SARL et celle de la SCS.

Étape 1 : Constituer la SARL commanditée

Avant de créer la SCS, il faut que la SARL qui jouera le rôle de commandité existe juridiquement. Si elle n’existe pas encore, vous devez la créer selon les formalités classiques : rédaction des statuts, dépôt du capital, publication d’un avis de constitution, immatriculation au Guichet Unique de l’INPI.

Étape 2 : Rédiger les statuts de la SCS

C’est l’étape la plus technique. Les statuts de la SCS doivent obligatoirement préciser :

  • La répartition du capital entre commandités et commanditaires
  • Les pouvoirs du gérant commandité
  • Les conditions de cession des parts (commanditaires et commandités)
  • Les modalités de répartition des bénéfices et des pertes
  • Les règles de fonctionnement du conseil de surveillance (le cas échéant)

Étape 3 : Publier un avis de constitution

Un avis de constitution doit être publié dans un support habilité à recevoir des annonces légales (SHAL) dans le département du siège social.

Étape 4 : Immatriculer la SCS

Le dossier complet (statuts signés, attestation de parution, justificatif de siège, déclaration des bénéficiaires effectifs) est déposé sur le Guichet Unique de l’INPI.

3 %
Droits d'enregistrement lors de la cession de parts de SCS
CGI, article 726

La rédaction des statuts d’une SCS est nettement plus complexe que celle d’une SARL classique. Les clauses sur la répartition des pouvoirs, la responsabilité et les conditions de sortie doivent être rédigées avec une précision chirurgicale. C’est exactement le type de mission où l’accompagnement d’une professionnelle du droit fait toute la différence.


Les pièges à éviter avec la commandite simple

En vingt ans de pratique, j’ai vu plusieurs montages en commandite échouer pour des raisons évitables. Voici les erreurs les plus fréquentes.

L’immixtion du commanditaire dans la gestion. C’est le piège numéro un. Si un commanditaire signe un contrat, négocie avec un fournisseur ou prend une décision engageant la société vis-à-vis des tiers, il perd immédiatement sa protection de responsabilité limitée. La ligne est claire : financer oui, gérer non.

Sous-estimer la complexité fiscale. Le régime hybride IR/IS par défaut génère des obligations déclaratives lourdes et des calculs d’impôt complexes. Sans un expert-comptable rodé à ce type de structure, les erreurs fiscales sont quasi certaines.

Négliger la rédaction des statuts. Des statuts mal rédigés peuvent créer des blocages insolubles, notamment en cas de conflit entre commandités et commanditaires ou lors de la cession de parts.

Oublier l’unanimité pour les cessions. La cession de parts d’un commandité nécessite le consentement unanime de tous les associés. C’est une contrainte forte qui doit être anticipée dès la constitution.


Questions fréquentes sur la SARL et Cie

Quelle est la différence entre SCS et SCA ?

La société en commandite simple (SCS) émet des parts sociales non librement cessibles, comme une SARL. La société en commandite par actions (SCA) émet des actions librement négociables, comme une SA. La SCA est adaptée aux grands groupes (Michelin, Hermès), tandis que la SCS convient aux PME et projets familiaux.

Un commanditaire peut-il devenir gérant ?

Non. L’article L222-6 du Code de commerce interdit formellement au commanditaire de réaliser tout acte de gestion externe. S’il enfreint cette règle, il devient responsable des dettes sociales au même titre qu’un commandité.

La SARL et Cie est-elle adaptée aux startups ?

Rarement. Les investisseurs en capital-risque préfèrent la SAS qui offre une grande souplesse statutaire et des mécanismes de gouvernance plus standards (BSA, BSPCE, clauses de drag-along). La commandite simple reste un outil de niche.

Combien coûte la création d’une SARL et Cie ?

Le coût cumulé inclut la création de la SARL (frais de greffe, annonce légale, rédaction des statuts) puis celle de la SCS (mêmes postes). Comptez environ 800 à 1 500 euros pour l’ensemble des formalités, hors honoraires de conseil juridique.

Peut-on transformer une SARL en SARL et Cie ?

Oui, mais c’est une opération complexe. Il faut créer la SCS, y apporter les parts de la SARL existante, et réorganiser la gouvernance. Ce type de restructuration nécessite un accompagnement juridique dédié.


Ce qu’il faut retenir

La SARL et Cie n’est pas un statut juridique en soi : c’est une société en commandite simple dans laquelle une SARL assume le rôle de commandité. Cette architecture permet de combiner la protection patrimoniale de la SARL avec la capacité de la commandite à accueillir des investisseurs passifs.

C’est une structure puissante, mais exigeante. Elle impose une rédaction statutaire minutieuse, une discipline stricte dans la séparation des rôles, et un suivi fiscal adapté. Si votre projet justifie ce niveau de sophistication, la SARL et Cie peut devenir un levier stratégique remarquable.

Mon conseil : ne vous lancez pas seul dans ce type de montage. Faites-vous accompagner par une professionnelle qui maîtrise les subtilités de la commandite et saura rédiger des statuts sur mesure, adaptés à votre situation.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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