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Statuts juridiques

SCI Unipersonnelle : Impossible à créer, risquée à conserver

Sandrine Chiorozas · · 10 min de lecture
SCI unipersonnelle : risques juridiques et alternatives pour investir seul dans l'immobilier

Il y a quelques semaines, un client m’appelait, un peu paniqué : son associé venait de lui céder ses parts dans leur SCI pour un euro symbolique, et il se retrouvait seul propriétaire de l’ensemble. “C’est bon, non ? La société m’appartient entièrement maintenant.” Pas exactement. Je lui ai expliqué qu’il venait de déclencher une horloge — et qu’il avait exactement un an pour agir avant que la situation ne lui explose entre les mains.

Mon objectif aujourd’hui est de vous donner une vision claire et sans jargon de ce que la loi dit sur la SCI à associé unique : pourquoi vous ne pouvez pas en créer une, comment vous pouvez vous y retrouver malgré vous, et surtout, quoi faire pour vous en sortir sans casse.


Peut-on créer une SCI seul ? La réponse claire de la loi

Le principe de l’article 1832 du Code civil : le contrat de société

La réponse est non — et la loi est sans ambiguïté sur ce point.

Le fondement juridique L’article 1832 du Code civil est sans appel : “La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter.” La SCI étant un contrat, elle nécessite au moins deux contractants à sa création. Il n’existe pas de SCI unipersonnelle au sens de la création.

Une SCI — Société Civile Immobilière — est avant tout un contrat entre au minimum deux personnes. C’est sa nature même. Contrairement à une SASU ou une EURL, qui sont des formes juridiques expressément conçues pour un associé unique, la SCI n’a pas d’équivalent “solo”. Le législateur n’a tout simplement pas prévu cette possibilité à la création.

Ce que je constate dans ma pratique, c’est que beaucoup de personnes confondent la SCI avec d’autres structures. Elles voient “société civile” et pensent que les règles sont souples. Elles le sont, en partie — mais pas sur ce point fondamental.

Pourquoi le greffe refusera systématiquement votre dossier

Si vous déposez un dossier de création de SCI avec un seul associé, le greffe du tribunal de commerce (ou le guichet unique de l’INPI, qui centralise désormais les formalités) rejettera purement et simplement votre demande. Le motif : non-conformité aux exigences légales de l’article 1832 du Code civil.

En pratique, vous ne pouvez donc pas contourner cette règle. Certains tentent de constituer une SCI avec un proche — conjoint, parent, ami — en lui attribuant une part symbolique. C’est légal, mais cela crée d’autres enjeux que j’évoquerai plus loin.


Les 3 cas où votre SCI peut devenir unipersonnelle

Voilà où les choses deviennent plus complexes. Si vous ne pouvez pas créer une SCI seul, vous pouvez très bien vous retrouver seul dans une SCI existante. Et c’est souvent là que les ennuis commencent.

Le rachat de parts sociales (cession entre associés)

C’est le cas le plus fréquent que je rencontre. Un associé veut sortir de la SCI, et l’autre rachète ses parts. Résultat : toutes les parts se retrouvent dans les mains d’une seule personne. C’est exactement la situation de mon client mentionné en introduction.

Exemple concret : Marc et Sophie détiennent chacun 50 parts d’une SCI. Marc rachète les 50 parts de Sophie pour 30 000 €. À la date de l’acte de cession, Marc devient l’unique associé. Le délai d’un an commence ce jour-là.

Le décès d’un associé et la transmission des parts

Autre scénario classique : un associé décède, et ses parts sont transmises à un héritier qui est déjà lui-même associé dans la SCI. Ou encore, les statuts prévoient que les parts ne sont pas transmissibles aux héritiers, ce qui peut concentrer l’ensemble des parts sur le survivant.

Attention aux clauses d’agrément Les statuts de nombreuses SCI prévoient une clause d’agrément — c’est-à-dire que les héritiers doivent être approuvés par les associés restants pour entrer dans la société. Si personne n’est agréé et que le seul associé survivant rachète les parts, la SCI devient unipersonnelle. Vérifiez toujours vos statuts avant de vous retrouver dans cette situation.

Le retrait ou l’exclusion d’un associé

Enfin, un associé peut demander son retrait de la SCI (si les statuts le prévoient), ou être exclu dans des cas très encadrés. Si la SCI ne compte que deux associés au départ, le départ de l’un place automatiquement l’autre en situation d’associé unique.


Le couperet de l’article 1844-5 : 1 an pour agir, pas un jour de plus

C’est le cœur du sujet, et c’est ce que j’explique systématiquement à mes clients dès qu’ils se retrouvent dans cette situation.

1 an
délai légal pour régulariser une SCI devenue unipersonnelle
Article 1844-5 du Code civil

Le point de départ du délai d’un an

L’article 1844-5 du Code civil, consultable sur Légifrance, est très clair : lorsque toutes les parts sociales se réunissent en une seule main, la dissolution de la société n’est pas automatique — mais elle devient possible si la situation n’est pas régularisée dans un délai d’un an.

Ce délai commence à la date à laquelle la réunion de toutes les parts en une seule main est effective. Pour une cession, c’est la date de l’acte. Pour un décès, c’est la date du décès. Ce point de départ est souvent mal compris, et j’ai vu des clients perdre des semaines précieuses à tergiverser.

Le risque majeur : la dissolution de plein droit demandée par un tiers

Ce qui est particulièrement redoutable dans ce texte, c’est que la dissolution peut être demandée par tout intéressé. Ce n’est pas seulement le fisc ou l’administration : un créancier de la SCI, un locataire, un voisin impliqué dans un litige — n’importe qui ayant un intérêt peut saisir le tribunal pour demander la dissolution de la société si le délai d’un an est dépassé.

Le tribunal peut alors accorder un délai supplémentaire de six mois pour régulariser, mais il n’y est pas obligé. Et si aucune régularisation n’intervient, la dissolution est prononcée — avec toutes les conséquences fiscales et pratiques que cela implique pour le bien immobilier détenu.

1

Jour J — Réunion de toutes les parts

Cession, décès, retrait : toutes les parts appartiennent à une seule personne.

2

Début du délai légal

L’article 1844-5 du Code civil déclenche un délai d’un an pour régulariser.

3

Avant la fin du délai

Deux options : trouver un nouvel associé OU dissoudre volontairement la société.

4

Après 1 an sans régularisation

Tout intéressé peut demander la dissolution judiciaire au tribunal.


Les 2 solutions pour régulariser votre SCI unipersonnelle

Bonne nouvelle : vous avez des options. Mais elles doivent être mises en œuvre rapidement et correctement.

Solution 1 : La cession d’une partie des parts à un nouvel associé

C’est la solution la plus simple et la plus fréquemment utilisée. Il s’agit de céder une partie de vos parts à une autre personne, qui devient ainsi co-associé. La SCI retrouve sa pluralité d’associés, et la menace de dissolution s’éloigne.

En pratique, il suffit de céder une seule part pour être en conformité avec la loi. Mais attention : cela signifie que cette personne devient réellement associée, avec des droits sur la société. Ce n’est pas anodin.

Conseil de votre juriste — Bien choisir son associé “de confiance”

Je conseille toujours à mes clients de ne pas choisir leur nouvel associé à la légère, même s’il s’agit d’une personne de confiance. Un conjoint, un enfant majeur, un parent proche : ces choix ont des implications en cas de séparation, de succession ou de mésentente future. Rédigez des statuts solides qui prévoient les modalités de cession, les droits de préemption et les règles de prise de décision. C’est précisément ce type de rédaction sur-mesure que je propose chez Jurixa — parce qu’un modèle générique ne protège pas vraiment.

Solution 2 : La dissolution-liquidation volontaire de la société

Si vous ne souhaitez pas intégrer un nouvel associé, l’autre option est de dissoudre volontairement la SCI avant la fin du délai d’un an. C’est une démarche plus lourde, mais elle permet de récupérer le bien immobilier dans des conditions maîtrisées, notamment sur le plan fiscal.

La dissolution volontaire implique une décision de l’associé unique, la nomination d’un liquidateur, la publication d’une annonce légale, et le dépôt d’un dossier au greffe. Elle entraîne la transmission du patrimoine de la SCI vers l’associé unique — avec des conséquences fiscales à anticiper (droits d’enregistrement, plus-values éventuelles).

Je préviens toujours mes clients que la dissolution n’est pas une solution “neutre” : elle peut générer des coûts significatifs selon la valeur du bien et la situation fiscale de la société. Une analyse au cas par cas est indispensable.


Tableau comparatif : les alternatives à la SCI pour investir seul

Si votre projet est de détenir un bien immobilier seul dès le départ, voici les structures réellement adaptées à votre situation.

Quelle structure pour investir seul dans l'immobilier ?

CritèreAchat en nom propreSASUEURL
ResponsabilitéIllimitée sur le patrimoine persoLimitée aux apportsLimitée aux apports
Fiscalité par défautImpôt sur le Revenu (revenus fonciers)Impôt sur les SociétésImpôt sur le Revenu (option IS possible)
Complexité de gestionTrès faibleMoyenneMoyenne
Protection du patrimoine personnelAucuneTotaleTotale
Cession du bienVente directeCession des actions ou du bienCession des parts ou du bien

L’achat en nom propre : la simplicité avant tout

C’est la solution la plus directe. Vous achetez le bien à votre nom, vous le gérez comme vous l’entendez, et vous déclarez les revenus locatifs dans votre déclaration d’impôt personnelle. Aucune formalité de création, aucune assemblée générale annuelle.

Le revers : votre patrimoine personnel est exposé. Si la gestion du bien génère des dettes (travaux, litiges avec un locataire), vos créanciers peuvent se retourner contre l’ensemble de votre patrimoine.

La SASU immobilière : la souplesse et la protection du patrimoine

La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) est conçue pour fonctionner avec un seul associé. Elle offre une séparation totale entre le patrimoine personnel et le patrimoine professionnel, et une grande liberté statutaire. Elle est soumise par défaut à l’impôt sur les sociétés (IS).

Chez Jurixa, je propose la création complète d’une SASU à partir de 500 €, statuts sur-mesure et formalités incluses (annonce légale, dépôt greffe, déclaration des bénéficiaires effectifs, obtention du Kbis).

L’EURL immobilière : l’option pour l’impôt sur le revenu

L’EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est la version “solo” de la SARL. Elle est soumise par défaut à l’impôt sur le revenu — ce qui peut être avantageux selon votre tranche marginale d’imposition et votre stratégie patrimoniale. Elle offre également une protection du patrimoine personnel comparable à la SASU.

Comme pour la SASU, la création d’une EURL chez Jurixa est proposée à partir de 500 €, avec un accompagnement personnalisé par une juriste — pas un formulaire en ligne.


FAQ — Vos questions sur la SCI à associé unique

Est-il légal de créer une SCI avec un seul associé en France ?

Non. L’article 1832 du Code civil exige au minimum deux associés pour constituer une société civile. Aucune dérogation n’existe pour la SCI, contrairement à la SARL (qui dispose de l’EURL) ou à la SAS (qui dispose de la SASU). Toute tentative de dépôt d’un dossier de création de SCI avec un seul associé sera rejetée par le guichet unique de l’INPI.

Dans quelles circonstances une SCI peut-elle avoir un associé unique ?

Uniquement en cours de vie sociale, jamais à la création. Les trois situations les plus courantes sont : le rachat de la totalité des parts par un associé, le décès d’un associé entraînant la concentration des parts sur le survivant, et le retrait ou l’exclusion d’un associé dans une SCI à deux membres.

Quel est le délai pour régulariser une SCI devenue unipersonnelle ?

Un an à compter du jour où toutes les parts se sont réunies en une seule main, conformément à l’article 1844-5 du Code civil. Ce délai est strict. Le tribunal peut, sur demande, accorder un délai supplémentaire de six mois pour régulariser, mais rien ne l’y oblige.

Quels sont les risques si je ne régularise pas ma SCI à associé unique à temps ?

Le risque principal est la dissolution judiciaire de la SCI, qui peut être demandée par tout intéressé (créancier, tiers, administration). Cette dissolution entraîne la liquidation de la société et la transmission du bien immobilier à l’associé unique — avec des conséquences fiscales potentiellement lourdes : droits d’enregistrement, imposition des plus-values latentes. Dans ma pratique, j’ai vu des situations où le coût fiscal d’une dissolution forcée dépassait largement ce qu’aurait coûté une régularisation anticipée.

Quelles sont les meilleures alternatives à la SCI pour investir seul dans l’immobilier ?

Cela dépend de votre situation personnelle et fiscale. Pour un patrimoine à protéger, la SASU ou l’EURL offrent une séparation claire entre vos biens personnels et le bien immobilier. Pour un investissement simple sans volonté de transmission ou de protection patrimoniale, l’achat en nom propre reste la solution la moins contraignante. Je recommande toujours une consultation personnalisée avant de choisir, car le bon choix dépend de votre tranche d’imposition, de votre situation familiale et de vos objectifs à long terme.


La SCI reste un outil patrimonial puissant — mais elle n’est pas faite pour fonctionner en solo. Si vous vous retrouvez dans une situation d’associé unique, ne laissez pas le temps passer : chaque semaine compte dans ce délai d’un an. Et si vous cherchez à investir seul dans l’immobilier dès le départ, d’autres structures sont bien mieux adaptées à votre réalité.

Dans tous les cas, un accompagnement juridique personnalisé vous évitera les mauvaises surprises. C’est exactement ce que je propose chez Jurixa : pas un formulaire en ligne, mais une juriste qui prend le temps de comprendre votre projet avant de vous proposer la structure la plus adaptée.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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