La semaine dernière encore, un dirigeant que j’accompagne depuis plusieurs années m’appelait, un peu inquiet : il venait de lire un article sur la “nouvelle taxe sur les holdings” et ne savait pas si sa société patrimoniale était concernée. Cette situation, je la vis plusieurs fois par semaine depuis que cette mesure a commencé à faire parler d’elle. Mon objectif aujourd’hui est simple : vous donner un guide clair, sans jargon inutile, pour comprendre exactement ce que cette taxe implique pour votre holding et comment vous y préparer avant la première échéance.
La taxe holding en bref
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Qu’est-ce que la nouvelle taxe sur les holdings ?
L’objectif du législateur : taxer les actifs non productifs
Cette taxe a été instituée par l’article 235 ter C du Code général des impôts (consultable sur Legifrance). Son intitulé officiel est assez révélateur : “taxe sur les actifs non affectés à une activité opérationnelle des sociétés holdings patrimoniales”. En clair : le législateur a voulu mettre fin à une pratique consistant à loger des biens de jouissance personnelle — une villa, un yacht, une voiture de collection — dans une société holding pour bénéficier de certains avantages fiscaux, tout en maintenant ces actifs hors de portée des impôts sur la fortune.
L’idée directrice est de distinguer deux types d’actifs au sein d’une holding : ceux qui participent à une activité économique réelle (des bureaux, des machines, des participations dans des filiales opérationnelles) et ceux qui n’ont qu’une finalité patrimoniale ou de jouissance personnelle. C’est cette seconde catégorie qui est désormais taxée.
Contexte : une mesure issue des débats parlementaires
Cette taxe est le fruit de longs débats parlementaires, notamment au Sénat, qui cherchait depuis plusieurs années un mécanisme permettant de taxer les “patrimoines logés en société”. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la fiscalité sur les grandes fortunes, dans la lignée des réflexions autour de l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) et des propositions d’impôt plancher sur les patrimoines très élevés.
Dans ma pratique, j’ai vu beaucoup de dirigeants créer des holdings en pensant que la structure sociétaire les mettrait à l’abri de toute taxation patrimoniale. Cette taxe vient précisément corriger cette perception.
Votre holding est-elle concernée ? Les 2 critères clés
Avant de paniquer — ou de vous croire à tort à l’abri — il faut vérifier deux critères cumulatifs. Les deux doivent être réunis pour que votre holding soit assujettie.
Le critère de détention : plus de 50% par une personne physique et son groupe familial
Selon les dispositions de la Section X du CGI (articles 235 ter C et suivants, sur Legifrance), la société doit être détenue, directement ou indirectement, à plus de 50% par une personne physique et les membres de son groupe familial — conjoint, partenaire de PACS, enfants, parents. Ce critère vise clairement les structures de gestion de patrimoine familial, pas les holdings purement industrielles ou financières à actionnariat dispersé.
Ce que je recommande à mes clients : ne pas se fier uniquement à leur propre participation. Si vous détenez 40% de la holding mais que votre conjoint en détient 15%, vous franchissez le seuil à 55%. La notion de “groupe familial” est large et mérite une analyse précise de votre organigramme.
Le critère des actifs : la prépondérance des biens somptuaires et le seuil de 5 millions d’euros
Le second critère est double. D’une part, la valeur vénale — c’est-à-dire le prix auquel le bien pourrait être vendu sur le marché à la date de clôture de l’exercice — de l’ensemble des actifs détenus par la société doit être égale ou supérieure à 5 millions d’euros (source : Legifrance, article 235 ter C). D’autre part, parmi ces actifs, une part significative doit être constituée de biens dits “somptuaires” (terme fiscal désignant des biens de luxe ou de jouissance personnelle, par opposition aux biens professionnels).
Le seuil de 5 millions d’euros s’apprécie sur la totalité des actifs de la société, pas seulement sur les actifs somptuaires. Une holding qui détient 4 millions d’euros de participations opérationnelles et 1,2 million d’euros de biens somptuaires peut donc être concernée.
Quels sont les actifs taxables ? La liste des biens “somptuaires”
Actifs taxables vs actifs exclus de la taxe
| Critère | Actifs somptuaires taxables | Actifs opérationnels / exclus |
|---|---|---|
| Immobilier | Résidence secondaire, bien locatif non professionnel détenu par la holding | Bureaux, entrepôts, locaux affectés à l’activité de la société |
| Véhicules | Voitures de luxe et de collection, jets privés | Véhicules utilitaires, flotte professionnelle |
| Navigation | Yachts et bateaux de plaisance | Navires à usage commercial |
| Valeurs | Métaux précieux, bijoux, œuvres d’art (selon les cas) | Trésorerie, participations dans des filiales opérationnelles |
| Autres | Chevaux de course ou de loisir | Matériel industriel, actifs incorporels professionnels |
Les biens et droits immobiliers non affectés à l’activité
C’est la catégorie la plus fréquente dans les dossiers que je traite. Une villa sur la Côte d’Azur logée dans la holding familiale, un appartement parisien mis à disposition du dirigeant à titre gratuit, un chalet de montagne… Ces biens sont dans le collimateur de la taxe dès lors qu’ils ne sont pas utilisés pour l’activité professionnelle de la société.
Les yachts et bateaux de plaisance
Tout navire à usage de plaisance ou de sport, détenu par la holding, entre dans l’assiette taxable. La valeur retenue est la valeur vénale au 1er janvier de l’exercice concerné.
Les jets privés
Les aéronefs à usage privatif sont expressément visés. L’erreur que je vois le plus souvent : des dirigeants qui pensent que l’usage “mixte” (quelques déplacements professionnels) suffit à exclure l’avion de l’assiette. Ce n’est pas le cas si l’usage principal reste personnel.
Les métaux précieux et les bijoux
Or, argent, platine détenus physiquement par la holding, mais aussi les bijoux et montres de valeur : ces actifs entrent dans l’assiette de la taxe.
Les voitures de luxe et de collection
Les véhicules de tourisme de prestige et les voitures de collection sont taxables. Là encore, la distinction avec le véhicule professionnel doit être documentée et justifiée.
Comment est calculée la taxe ? Taux et assiette expliqués
Un taux unique de 1,5%
Le taux est fixe : 1,5% de la valeur vénale des actifs somptuaires détenus par la société à la clôture de l’exercice. Pas de progressivité, pas d’abattement général : c’est un taux proportionnel.
L’assiette taxable : la valeur vénale au 1er janvier
L’assiette — c’est-à-dire la base sur laquelle on applique le taux — est constituée de la somme des valeurs vénales des actifs somptuaires à la date de clôture de l’exercice (source : Legifrance, LEGISCTA000053542689). La valeur vénale, c’est le prix de marché : ce que vous obtiendriez si vous vendiez le bien à un acheteur indépendant dans des conditions normales.
Exemple concret de calcul pour une holding patrimoniale
Prenons un cas que je rencontre régulièrement dans ma pratique :
La holding Famille Martin SAS est détenue à 60% par M. Martin et 20% par son épouse. Elle détient :
- Une villa à Saint-Tropez : valeur vénale 2 000 000 €
- Un yacht de 15 mètres : valeur vénale 500 000 €
- Des participations dans trois PME opérationnelles : 3 000 000 € (non taxables)
Calcul de la taxe :
- Assiette taxable = 2 000 000 € + 500 000 € = 2 500 000 €
- Taxe due = 2 500 000 € × 1,5% = 37 500 € par an
Ce montant est dû chaque année, tant que les actifs restent dans la holding. Sur dix ans, c’est 375 000 € de taxe — sans compter l’évolution de la valeur des biens.
Calendrier et obligations : ce qui vous attend en 2026
Débats et vote de la Loi de Finances
La mesure est introduite et votée au Parlement, après des amendements notables au Sénat.
Période de préparation
2025-2026 : fenêtre d’anticipation pour auditer vos actifs et envisager des restructurations avant l’entrée en vigueur.
Entrée en vigueur
Applicable aux exercices clos à partir du 31 décembre 2026. Si votre exercice est l’année civile, c’est l’exercice 2026 qui est le premier concerné.
Première déclaration et paiement
2027 : vous déclarez et payez la taxe assise sur les actifs détenus au 31 décembre 2026.
Date d’entrée en vigueur : exercices clos à partir du 31 décembre 2026
La taxe s’applique pour la première fois aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Pour une société dont l’exercice coïncide avec l’année civile, cela signifie que c’est l’inventaire des actifs au 31 décembre 2026 qui constituera la première assiette taxable.
Modalités de déclaration et de paiement
Les modalités pratiques de déclaration seront précisées par le Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP) lorsque l’administration fiscale publiera ses commentaires officiels. Je préviens toujours mes clients que ces commentaires administratifs sont essentiels : ils précisent les définitions, les méthodes d’évaluation et les obligations déclaratives que la loi laisse parfois dans le vague.
Anticiper la taxe holding : premières pistes de réflexion stratégique
Auditer
Analysez la composition exacte des actifs de votre holding : distinguez les actifs opérationnels (participations, immobilier professionnel, trésorerie) des actifs somptuaires potentiellement taxables. C’est le point de départ indispensable.
Simuler
Calculez votre exposition : valorisez les actifs somptuaires à leur valeur de marché actuelle et projetez la taxe annuelle. Ce chiffre doit être mis en regard du coût d’une éventuelle restructuration.
Décider et agir
En fonction de la simulation, envisagez les options : cession des actifs somptuaires par la holding, transfert vers une structure adaptée, affectation professionnelle documentée de certains biens… Chaque situation est unique et mérite une analyse sur-mesure.
Étape 1 : Réaliser un audit des actifs de votre société
L’audit patrimonial de votre holding est le préalable à toute décision. Dans ma pratique, je constate que beaucoup de dirigeants n’ont pas une vision précise de ce que détient réellement leur holding — surtout quand celle-ci a été constituée il y a plusieurs années et que des actifs y ont été logés au fil du temps.
Étape 2 : Envisager une restructuration du patrimoine
Selon les résultats de l’audit, plusieurs options peuvent être envisagées. La cession des actifs somptuaires par la holding (avec les conséquences fiscales que cela implique), leur transfert vers une structure dédiée, ou encore la démonstration de leur affectation professionnelle. Attention : toute restructuration réalisée dans le seul but d’échapper à la taxe sera scrutée par l’administration fiscale. L’abus de droit — c’est-à-dire le montage artificiel sans substance économique — est un risque réel.
L’importance de se faire accompagner par un expert
Je ne dis pas cela pour me vendre, mais parce que c’est la réalité que je vis au quotidien : les restructurations patrimoniales mal préparées coûtent souvent bien plus cher que la taxe elle-même. Chez Jurixa, j’accompagne les dirigeants dans la création et la restructuration de leurs holdings, avec une approche sur-mesure qui tient compte à la fois de la dimension fiscale, juridique et patrimoniale.
Pour vous donner un ordre d’idée, la création d’une holding chez Jurixa est proposée à partir de 800 €, statuts sur-mesure et formalités complètes incluses. Mais si vous avez déjà une holding existante et que vous souhaitez analyser votre exposition à cette nouvelle taxe, je vous propose un rendez-vous de conseil dédié.
La fenêtre d’anticipation se referme : si votre exercice est l’année civile, c’est la situation au 31 décembre 2026 qui sera taxée. Nous sommes en 2026 — il reste du temps pour agir, mais ce temps est compté. Le meilleur moment pour faire cet audit, c’est maintenant.
Questions fréquentes sur la taxe sur les holdings
Qu’est-ce que la nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales exactement ?
C’est une taxe annuelle de 1,5%, codifiée à l’article 235 ter C du Code général des impôts (Legifrance), qui frappe les actifs non affectés à une activité opérationnelle détenus par certaines sociétés holdings. Elle vise les structures dont la valeur totale des actifs dépasse 5 millions d’euros et qui sont détenues majoritairement par une personne physique et sa famille. L’assiette est constituée uniquement des actifs “somptuaires” — immobilier non professionnel, yachts, jets, bijoux, voitures de luxe — et non de l’ensemble du patrimoine de la société.
Quels sont les biens considérés comme “actifs somptuaires” pour cette taxe ?
Les actifs somptuaires comprennent principalement : les biens et droits immobiliers non affectés à l’activité professionnelle de la société (résidences secondaires, appartements de villégiature…), les yachts et bateaux de plaisance, les aéronefs à usage privatif, les métaux précieux, les bijoux, et les véhicules de tourisme de luxe ou de collection. En revanche, les locaux professionnels, les véhicules utilitaires et les participations dans des filiales opérationnelles sont exclus de l’assiette.
Ma holding sera-t-elle automatiquement concernée par cette taxe ?
Non, pas automatiquement. Deux conditions cumulatives doivent être réunies : d’une part, la valeur vénale totale des actifs de la société doit être égale ou supérieure à 5 millions d’euros ; d’autre part, la société doit être détenue à plus de 50% par une personne physique et son groupe familial (conjoint, enfants, parents). Si l’un de ces deux critères fait défaut, la taxe ne s’applique pas. Un audit précis de votre situation est indispensable pour le déterminer.
À partir de quand la taxe sur les holdings devra-t-elle être payée ?
La taxe s’applique aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Pour une société dont l’exercice comptable correspond à l’année civile, la première assiette sera constituée des actifs détenus au 31 décembre 2026, et la première déclaration et le premier paiement interviendront en 2027. Les modalités précises de déclaration seront détaillées par le BOFiP (Bulletin Officiel des Finances Publiques) dans ses commentaires administratifs à venir.
Comment cette nouvelle taxe s’articule-t-elle avec l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) ?
C’est une question que l’on me pose très souvent, et elle est légitime. L’IFI frappe les personnes physiques sur leur patrimoine immobilier net supérieur à 1,3 million d’euros — y compris les biens détenus via des sociétés. La nouvelle taxe sur les holdings frappe, elle, la société elle-même sur ses actifs somptuaires. Il peut donc y avoir une forme de double exposition : le bien immobilier logé dans la holding peut être intégré dans l’assiette IFI du dirigeant (au prorata de sa participation) ET dans l’assiette de la nouvelle taxe au niveau de la société. Cette articulation est précisément l’une des raisons pour lesquelles un accompagnement expert est indispensable pour éviter les mauvaises surprises.