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Statuts juridiques

Apport d'immeuble en SCI : frais de notaire et fiscalité

Sandrine Chiorozas · · 10 min de lecture
Apport d'immeuble en SCI - frais de notaire

La semaine dernière, un couple de clients me demandait s’il était possible d’apporter leur appartement locatif dans une SCI familiale sans payer les mêmes frais que pour une vente. La question revient constamment, et la réponse dépend de plusieurs paramètres que je vais vous détailler dans ce guide. L’apport d’un immeuble en SCI peut coûter presque rien en frais de notaire (quelques centaines d’euros), ou bien atteindre plusieurs milliers d’euros selon le régime fiscal choisi et la présence ou non d’un emprunt sur le bien.


Qu’est-ce qu’un apport immobilier en SCI ?

L’apport immobilier consiste à transférer la propriété d’un bien (appartement, maison, terrain, immeuble de rapport) à une SCI en échange de parts sociales. Contrairement à une vente, l’apporteur ne reçoit pas de prix en argent : il reçoit des parts proportionnelles à la valeur du bien apporté.

L’acte d’apport doit obligatoirement prendre la forme d’un acte authentique rédigé par un notaire (articles 1843-3 du Code civil et 710-1 du Code civil).

L’apport immobilier en SCI n’est pas une vente. L’apporteur ne perçoit aucun prix : il reçoit des parts sociales en contrepartie. Cette distinction change radicalement le régime fiscal applicable, notamment pour les SCI soumises à l’IR.

Apport pur et simple vs apport à titre onéreux

C’est la distinction fondamentale qui détermine vos frais de notaire. Je l’explique systématiquement à mes clients avant toute opération.

L’apport pur et simple : vous transférez un bien sans aucune dette associée. La SCI vous remet uniquement des parts sociales. Exemple : vous apportez un appartement estimé à 200 000 euros, libre de toute hypothèque. Vous recevez des parts pour 200 000 euros.

L’apport à titre onéreux : la SCI reprend à sa charge un emprunt ou une dette liée au bien. La part correspondant au passif repris est considérée comme une vente déguisée, et les droits de mutation s’appliquent sur cette fraction. Exemple : vous apportez un appartement estimé à 200 000 euros avec un crédit restant de 80 000 euros. L’apport pur et simple porte sur 120 000 euros (parts sociales), et l’apport à titre onéreux porte sur 80 000 euros (reprise de dette).

L’apport mixte : c’est la combinaison des deux, et c’est le cas le plus fréquent en pratique. La fiscalité s’applique différemment sur chaque fraction.


Le régime fiscal : IR ou IS, tout change

Le montant des droits d’enregistrement dépend entièrement du régime fiscal de votre SCI. C’est le point le plus important de tout ce guide.

SCI soumise à l’IR (impôt sur le revenu)

C’est le régime par défaut de la SCI, et c’est le plus avantageux pour un apport immobilier. Un apport pur et simple d’immeuble à une SCI à l’IR est exonéré de droits d’enregistrement (article 810 bis du CGI). Vous ne payez qu’un droit fixe de 125 euros lors de l’enregistrement des statuts, plus la contribution de sécurité immobilière.

0 %
Droits d'enregistrement sur un apport pur et simple à une SCI à l'IR
Article 810 bis du CGI, Legifrance

SCI soumise à l’IS (impôt sur les sociétés)

La situation est radicalement différente. L’apport pur et simple d’un immeuble par une personne physique à une SCI à l’IS est assimilé à une mutation à titre onéreux. Les droits d’enregistrement s’élèvent à 5 % de la valeur du bien (article 810 du CGI), exactement comme pour une vente classique.

5 %
Droits d'enregistrement sur un apport à une SCI à l'IS
Article 810 du CGI, Legifrance

Pour un appartement de 250 000 euros, cela représente 12 500 euros de droits, rien qu’en taxe fiscale. Je recommande toujours à mes clients de bien réfléchir au choix IR/IS avant de procéder à l’apport, car ce choix est irréversible pour l’IS et a un impact direct sur la facture du notaire.


Détail complet des frais de notaire pour un apport immobilier

Les “frais de notaire” recouvrent en réalité quatre postes distincts. Je vais les détailler un par un, avec des montants concrets.

1. Les droits d’enregistrement (ou droits de mutation)

C’est le poste principal, et celui qui varie le plus.

Droits d'enregistrement selon le régime fiscal et le type d'apport

SituationSCI à l’IRSCI à l’IS
Apport pur et simple (pas de dette)Exonéré (droit fixe 125 €)5 % de la valeur du bien
Apport à titre onéreux (reprise de dette)5 % sur la fraction du passif repris5 % sur la valeur totale
Apport mixte5 % sur la fraction onéreuse uniquement5 % sur la valeur totale

2. Les émoluments du notaire

Le notaire perçoit une rémunération réglementée, calculée selon un barème proportionnel dégressif fixé par l’article A444-91 du Code de commerce (en vigueur depuis mars 2020).

Tranche de valeurTaux applicable
De 0 à 6 500 €3,870 %
De 6 500 à 17 000 €1,596 %
De 17 000 à 60 000 €1,064 %
Au-delà de 60 000 €0,799 %

Ces taux s’appliquent hors taxes (TVA de 20 % en sus). Pour un bien de 200 000 euros, les émoluments s’élèvent environ à 2 034 euros HT, soit 2 441 euros TTC. Au-delà de 100 000 euros, une remise de 20 % maximum est négociable sur la tranche supérieure.

Certains notaires appliquent la remise de 20 % automatiquement, d’autres non. N’hésitez pas à la demander : c’est votre droit depuis 2021, et cela peut représenter une économie de 200 à 400 euros sur un apport immobilier standard.

3. La contribution de sécurité immobilière (CSI)

Cette taxe est perçue par le service de la publicité foncière pour inscrire le transfert de propriété. Son taux est fixe : 0,10 % de la valeur du bien, avec un minimum de 15 euros. Pour un bien de 200 000 euros, cela représente 200 euros.

4. Les débours et frais annexes

Le notaire avance certains frais pour votre compte : documents d’urbanisme, extraits cadastraux, états hypothécaires, etc. Comptez entre 200 et 500 euros selon la complexité du dossier.


Cas concrets chiffrés : combien allez-vous payer ?

Je préfère toujours donner des exemples réels à mes clients. Voici trois situations types que je rencontre régulièrement.

Cas 1 : appartement de 200 000 euros, SCI à l’IR, aucun emprunt

C’est le cas le plus favorable. L’apport est pur et simple.

  • Droits d’enregistrement : 125 € (droit fixe)
  • Émoluments notaire : 2 441 € TTC (barème proportionnel)
  • Contribution sécurité immobilière : 200 €
  • Débours : 300 € (estimation)
  • Total : environ 3 066 €
~3 100 €
Frais de notaire pour un apport pur et simple de 200 000 € en SCI à l'IR
Barème réglementé, CGI art. 810 bis

Cas 2 : appartement de 200 000 euros, SCI à l’IS, aucun emprunt

L’apport pur et simple est taxé comme une vente.

  • Droits d’enregistrement : 10 000 € (5 % de 200 000)
  • Émoluments notaire : 2 441 € TTC
  • Contribution sécurité immobilière : 200 €
  • Débours : 300 €
  • Total : environ 12 941 €

La différence avec le cas 1 est frappante : près de 10 000 euros d’écart, uniquement parce que la SCI est soumise à l’IS.

Cas 3 : appartement de 200 000 euros avec emprunt de 80 000 euros, SCI à l’IR

L’apport est mixte : 120 000 euros en apport pur et simple, 80 000 euros en apport à titre onéreux (reprise du crédit par la SCI).

  • Droits d’enregistrement sur la fraction onéreuse : 4 000 € (5 % de 80 000)
  • Droit fixe sur la fraction pure et simple : 125 €
  • Émoluments notaire : 2 441 € TTC (calculés sur la valeur totale)
  • Contribution sécurité immobilière : 200 €
  • Débours : 300 €
  • Total : environ 7 066 €

Si votre bien est grevé d’un emprunt, même en SCI à l’IR, la reprise du crédit par la SCI déclenche des droits d’enregistrement de 5 % sur le montant du passif repris. C’est un piège classique : beaucoup de clients pensent que SCI à l’IR = zéro droit, mais ce n’est vrai que si l’apport est entièrement pur et simple.


La question de la plus-value immobilière

Un point que j’aborde systématiquement avec mes clients : l’apport d’un immeuble en SCI est fiscalement assimilé à une cession pour le calcul de la plus-value. Cela signifie que si la valeur de l’immeuble au moment de l’apport dépasse votre prix d’acquisition initial, vous êtes potentiellement imposable sur la plus-value, même si vous n’avez reçu que des parts sociales et pas d’argent.

Le régime applicable (pour une SCI à l’IR) est celui des plus-values immobilières des particuliers :

  • 19 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % au total
  • Des abattements pour durée de détention : 6 % par an de la 6e à la 21e année, puis 4 % la 22e année pour l’IR. Exonération totale d’IR au bout de 22 ans.
  • Exonération totale de prélèvements sociaux au bout de 30 ans de détention

Si vous détenez le bien depuis plus de 22 ans, l’apport en SCI sera exonéré d’impôt sur la plus-value. C’est un argument de timing que je recommande de prendre en compte avant de lancer l’opération.

Si vous êtes proche du seuil des 22 ans de détention, il peut être judicieux de reporter l’apport de quelques mois pour bénéficier de l’exonération totale d’impôt sur le revenu. J’ai vu des clients économiser plus de 10 000 euros en attendant simplement la date anniversaire.


Les étapes concrètes de l’apport immobilier en SCI

Voici le déroulement type que je recommande à mes clients, étape par étape.

  1. Évaluation du bien : l’immeuble doit être estimé à sa valeur vénale réelle. Je recommande deux ou trois estimations d’agences, voire un rapport d’expert pour les biens supérieurs à 500 000 euros.

  2. Choix du régime fiscal : IR par défaut, IS sur option irréversible. Ce choix impacte directement les droits d’enregistrement et la fiscalité future.

  3. Rédaction des statuts : les statuts décrivent précisément le bien apporté (adresse, surface, références cadastrales, valeur) et le nombre de parts attribuées.

  4. Acte notarié d’apport : le notaire rédige l’acte authentique, le publie au service de la publicité foncière. C’est à cette étape que les droits et la CSI sont réglés.

  5. Immatriculation de la SCI : si la SCI est créée en même temps, inscription au RCS via le Guichet Unique (66,88 euros + 21,41 euros pour les bénéficiaires effectifs).


Apport immobilier vs vente à la SCI : quel mécanisme choisir ?

C’est une question que me posent régulièrement les clients qui hésitent entre les deux options. Le choix dépend de votre situation personnelle, de la présence d’un emprunt et du régime fiscal visé.

Apport pur et simple vs vente classique à la SCI

CritèreApport pur et simple (IR)Vente à la SCI
Contrepartie reçueParts socialesPrix en argent
Droits d’enregistrementExonéré (droit fixe 125 €)5,09 % à 5,81 % selon département
Plus-value imposableOui (même régime)Oui (même régime)
Financement nécessaireNonOui (la SCI doit emprunter)
Frais de notaire globaux1 à 2 % de la valeur7 à 8 % dans l’ancien
Intérêt principalÉconomie fiscale massiveRécupérer du cash

Si vous n’avez pas besoin de liquidités immédiates et que votre SCI est à l’IR, l’apport pur et simple est presque toujours la meilleure option. Vous économisez la quasi-totalité des droits de mutation.

En revanche, si vous avez besoin de récupérer de l’argent, la vente permet de sortir du cash, mais les droits de mutation seront nettement plus élevés.


Les pièges à éviter absolument

Après des années d’accompagnement sur ce type d’opérations, voici les erreurs que je vois le plus souvent.

Sous-évaluer le bien pour réduire les droits. L’administration fiscale utilise la base PATRIM et les comparaisons locales. Un redressement entraîne le paiement des droits complémentaires plus des pénalités de 40 % en cas de mauvaise foi.

Oublier l’emprunt en cours. Beaucoup de clients pensent faire un apport pur et simple alors qu’un crédit reste attaché au bien. Dès que la SCI reprend le prêt, une fraction de l’apport devient à titre onéreux et les droits de 5 % s’appliquent dessus.

Choisir l’IS sans mesurer l’impact. L’option IS est irréversible. Les droits d’enregistrement de 5 % sur l’apport sont le premier surcoût visible, mais l’absence d’abattement sur les plus-values futures est un inconvénient encore plus lourd à long terme.

Ne pas anticiper la plus-value. L’apport déclenche l’imposition de la plus-value. Si le bien a fortement pris de la valeur, la note fiscale peut surprendre.


Questions fréquentes

L’apport d’un immeuble en SCI est-il obligatoirement notarié ?

Oui, sans exception. Tout transfert de propriété immobilière doit être constaté par acte authentique (article 710-1 du Code civil). Un acte sous seing privé serait nul. Le notaire rédige l’acte, le publie au service de la publicité foncière et perçoit les droits pour le compte du Trésor public.

Peut-on apporter un bien immobilier dans une SCI déjà existante ?

Absolument. L’apport peut être réalisé lors de la création de la SCI (dans les statuts) ou en cours de vie sociale (par augmentation de capital). Dans le second cas, il faut une assemblée générale extraordinaire, une modification des statuts et une publication au greffe.

L’apport d’un immeuble déclenche-t-il une plus-value imposable ?

Oui. L’apport est fiscalement assimilé à une cession. Si la valeur de l’immeuble au jour de l’apport est supérieure au prix d’acquisition, la différence constitue une plus-value imposable. Des abattements pour durée de détention s’appliquent : exonération totale d’IR après 22 ans, exonération totale de prélèvements sociaux après 30 ans.

Quels sont les frais de notaire pour un apport immobilier de 300 000 euros en SCI à l’IR ?

Pour un apport pur et simple (sans emprunt), comptez environ 3 500 euros : droit fixe de 125 euros, émoluments du notaire autour de 2 900 euros TTC, CSI de 300 euros et débours d’environ 200 euros. C’est considérablement moins que les 22 000 euros qu’aurait coûtés une vente classique dans l’ancien.

Peut-on éviter les droits de 5 % en cas d’emprunt sur le bien ?

Il existe une stratégie légale : l’apporteur rembourse le crédit avant l’apport ou continue à le rembourser personnellement sans que la SCI ne le reprenne. Dans ce cas, l’intégralité de l’apport reste pure et simple, et l’exonération s’applique. Cela suppose d’avoir les liquidités nécessaires ou de conserver le prêt à titre personnel.

Faut-il un commissaire aux apports pour évaluer le bien ?

En SCI, le recours à un commissaire aux apports n’est pas obligatoire. La valeur du bien est fixée d’un commun accord entre les associés et inscrite dans les statuts. Toutefois, pour un bien de valeur importante, je recommande une évaluation indépendante pour sécuriser l’opération face à d’éventuelles contestations.


Dernière mise à jour : avril 2026. Les montants et taux mentionnés sont ceux en vigueur à la date de rédaction. Sources : Code général des impôts, articles 809 à 810 bis, Code civil, articles 1843-3 et suivants, Barème émoluments notaires (Code de commerce, art. A444-91), service-public.fr.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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