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Cession de fonds de commerce : étapes et fiscalité 2026

Sandrine Chiorozas · · 13 min de lecture
Poignée de main concluant la cession d'un fonds de commerce

Vendre son entreprise est bien plus qu’une simple transaction financière. C’est souvent l’aboutissement d’années de travail, un projet de vie qui se tourne vers un nouveau chapitre. En tant que juriste accompagnant des entrepreneurs depuis plus de 20 ans, je sais à quel point cette étape est à la fois excitante et angoissante. La cession d’un fonds de commerce est un parcours balisé, avec ses règles et ses délais. Loin d’être une montagne insurmontable, c’est une succession d’étapes logiques qu’il faut aborder avec méthode et anticipation.

Mon objectif avec ce guide ? Vous donner une vision claire et dédramatisé du processus. Nous allons décortiquer ensemble, étape par étape, les aspects juridiques, fiscaux et pratiques pour que vous puissiez aborder cette transmission en toute confiance.

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Qu’est-ce qu’un fonds de commerce ? (Définition pour non-initiés)

Avant de parler de vente, mettons-nous d’accord sur ce que l’on vend. Le fonds de commerce n’est pas la société (la structure juridique de type SARL ou SAS), ni les murs du local (sauf si vous en êtes propriétaire et les vendez en même temps). C’est un ensemble d’éléments qui permettent l’exploitation d’une activité commerciale ou industrielle. On le divise en deux grandes catégories.

Les éléments incorporels : la valeur cachée de votre entreprise

C’est le cœur de votre fonds, ce qui fait sa véritable valeur. Ces éléments n’ont pas d’existence physique mais sont pourtant essentiels :

  • La clientèle et l’achalandage : L’ensemble de vos clients fidèles et des clients de passage. C’est l’actif le plus précieux.
  • Le nom commercial et l’enseigne : La manière dont votre entreprise est connue du public.
  • Le droit au bail : Le droit de continuer le bail commercial existant, souvent à des conditions avantageuses. C’est un élément fondamental.
  • Les autorisations administratives : Licences (licence IV pour un bar), agréments, etc.
  • Les droits de propriété intellectuelle : Brevets, marques, logiciels que vous auriez déposés auprès de l’INPI.

Les éléments corporels : le matériel et les marchandises

Ce sont les biens tangibles, que l’on peut toucher et voir :

  • Le matériel et l’outillage : Machines, véhicules, mobilier, matériel informatique…
  • Les marchandises : Le stock de produits destinés à la vente.

Le conseil de Jurixa : Le stock de marchandises n’est généralement pas inclus dans le prix de vente principal du fonds. Il fait l’objet d’un inventaire détaillé le jour de la cession et est payé séparément. Pensez à bien le préciser dans la promesse de vente.

Les 3 étapes clés avant de signer l’acte de cession

La précipitation est la pire ennemie d’une cession réussie. Avant même de rédiger l’acte final, trois formalités préalables sont absolument incontournables pour sécuriser l’opération.

L’information préalable des salariés : une obligation à ne pas négliger

Si vous avez des salariés, la loi vous impose de les informer de votre projet de vente au moins deux mois avant la signature de l’acte de cession. L’objectif est de leur permettre, s’ils le souhaitent, de présenter une offre de rachat. Cette information doit être communiquée par un moyen qui permet de dater sa réception (lettre recommandée, remise en main propre contre décharge…).

Cette obligation, issue de la loi du 31 juillet 2014, concerne les entreprises de moins de 250 salariés. Le non-respect peut entraîner une amende civile pouvant aller jusqu’à 2% du prix de vente. Ne prenez pas ce point à la légère !

Le droit de préemption de la commune : vérification indispensable

Dans certaines zones, les communes disposent d’un “droit de préemption” sur les fonds de commerce. Cela signifie qu’elles ont la priorité pour acheter votre fonds si elles estiment que sa sauvegarde est d’intérêt général. Pour savoir si vous êtes concerné, il faut adresser une Déclaration d’Intention d’Aliéner (DIA) à la mairie. La mairie a alors deux mois pour se prononcer. Son silence vaut renonciation. Vous pouvez vérifier l’existence d’un périmètre de sauvegarde sur le site de votre mairie ou sur Service-Public.fr.

La promesse de cession : l’avant-contrat qui sécurise les deux parties

Une fois l’acheteur trouvé et le prix négocié, il est vivement recommandé de signer une “promesse de cession de fonds de commerce” (ou “compromis”). Cet avant-contrat fige l’accord des deux parties et fixe les conditions de la vente future. Il contient notamment :

  • La désignation précise du fonds et des éléments cédés.
  • Le prix de vente et les modalités de paiement.
  • Les conditions suspensives : Ce sont les conditions qui doivent se réaliser pour que la vente ait lieu. La plus courante est l’obtention d’un prêt bancaire par l’acquéreur. D’autres peuvent être l’obtention d’un diplôme ou d’une autorisation administrative.

Cet acte est un véritable engagement. Il permet à l’acheteur de lancer sereinement ses démarches (recherche de financement, création de sa société) tout en vous garantissant son sérieux.

L’acte de cession : le contenu indispensable pour être valable

Le jour J est arrivé. L’acte de cession définitif est le document qui matérialise le transfert de propriété. Sa rédaction est cruciale et doit contenir des informations précises pour protéger l’acquéreur.

Les mentions obligatoires selon l’article L. 141-1 du Code de commerce

Pour que la vente soit valable, la loi, via l’article L. 141-1 du Code de commerce (consultable sur Legifrance), impose d’y faire figurer plusieurs informations clés. Le but est d’assurer une transparence totale pour l’acheteur sur ce qu’il achète.

Ces mentions incluent :

  1. Le nom du précédent vendeur, la date et la nature de son acte d’acquisition et le prix de cette acquisition.
  2. L’état des privilèges et nantissements grevant le fonds.
  3. Le chiffre d’affaires et les résultats d’exploitation réalisés durant les trois derniers exercices comptables.
  4. Les informations sur le bail commercial : date, durée, nom et adresse du bailleur.

L’omission d’une de ces mentions peut entraîner la nullité de la vente si l’acquéreur le demande dans l’année qui suit la cession. C’est pourquoi le recours à un professionnel du droit est plus que recommandé.

Après la signature : les formalités obligatoires pour finaliser la vente

Signer l’acte n’est pas la fin du processus. Plusieurs formalités post-cession sont nécessaires pour rendre la vente opposable à tous, notamment aux créanciers.

1

Jour J

Signature de l’acte de cession définitif

2

J+1 mois max

Enregistrement de l’acte au Service des Impôts des Entreprises (SIE)

3

J+15 jours max

Publication d’un avis dans un Support d’Annonces Légales (SHAL)

4

Dans les 3 jours suivant la publication SHAL

Le Greffe du Tribunal de Commerce demande la publication au BODACC

5

3 à 5 mois après

Libération du prix de vente séquestré après la fin du délai d’opposition des créanciers

L’enregistrement de l’acte au Service des Impôts des Entreprises (SIE)

L’acquéreur a un mois pour faire enregistrer l’acte de cession auprès du SIE compétent. C’est à ce moment-là qu’il paie les droits d’enregistrement.

La publication dans un support d’annonces légales (SHAL)

Dans les 15 jours suivant la signature, un avis de la cession doit être publié dans un journal habilité. Cette publicité informe les tiers, et notamment les créanciers du vendeur, de la vente.

La publication au BODACC par le Greffe du Tribunal de Commerce

Suite à la publication dans le SHAL, le greffier du Tribunal de Commerce demande la publication d’un avis au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC). C’est cette publication qui fait courir le délai de 10 jours pendant lequel les créanciers peuvent faire opposition au paiement du prix.

Le prix de vente : pourquoi est-il bloqué chez un séquestre ?

C’est une question qui surprend souvent les vendeurs : non, vous ne touchez pas le chèque le jour de la signature. Le prix de vente est versé sur un compte spécial, appelé compte séquestre, généralement tenu par l’avocat ou le notaire qui a rédigé l’acte.

Le rôle du séquestre : protéger les créanciers

Cette indisponibilité du prix, qui dure en moyenne de 3 à 5 mois, n’est pas une fantaisie juridique. Elle a un but très précis : protéger les créanciers du vendeur (fournisseurs, administration fiscale, organismes sociaux…). Le prix de vente sert de garantie pour le paiement de toutes les dettes liées à l’exploitation du fonds.

La procédure d’opposition : comment les créanciers peuvent se manifester

À partir de la publication au BODACC, les créanciers disposent d’un délai de 10 jours pour “faire opposition” au paiement du prix. Concrètement, ils signifient par acte d’huissier qu’ils sont créanciers et demandent à être payés sur le prix de vente. Le séquestre ne pourra libérer les fonds au vendeur qu’après avoir payé ces créanciers et s’être assuré que toutes les dettes fiscales et sociales sont apurées.

La fiscalité de la cession : ce que vous devez payer

La cession d’un fonds de commerce a des implications fiscales pour les deux parties. Il est essentiel de les anticiper pour éviter les mauvaises surprises.

Pour le vendeur : l’imposition de la plus-value professionnelle

En vendant votre fonds plus cher que sa valeur comptable, vous réalisez une plus-value professionnelle. Cette plus-value est soumise à l’impôt. Cependant, plusieurs dispositifs d’exonération existent, notamment en fonction du montant du chiffre d’affaires ou en cas de départ à la retraite. Un diagnostic avec votre expert-comptable est indispensable pour optimiser cette fiscalité, comme le détaille le guide de Bpifrance Création.

Pour l’acquéreur : le paiement des droits d’enregistrement

C’est la principale taxe à la charge de l’acheteur. Les droits d’enregistrement sont calculés par tranches sur le prix de vente du fonds. Le barème en vigueur en 2026 est le suivant :

  • 0% sur la fraction du prix jusqu’à 23 000 €
  • 3% sur la fraction du prix de 23 001 € à 200 000 €
  • 5% sur la fraction du prix au-delà de 200 000 €

Exemple chiffré : Pour un fonds de commerce vendu 150 000 €.

  • Tranche 1 (jusqu’à 23 000 €) : 0 €
  • Tranche 2 (de 23 001 € à 150 000 €) : (150 000 - 23 000) x 3% = 127 000 x 0,03 = 3 810 €
  • Total des droits d’enregistrement à payer : 3 810 €.

Le sort des contrats : que deviennent le bail et les salariés ?

Reprendre un fonds de commerce, c’est aussi reprendre une partie de son histoire, ce qui inclut les contrats en cours.

Le transfert automatique des contrats de travail

C’est un principe fondamental du droit du travail français. En vertu de l’article L. 1224-1 du Code du travail, tous les contrats de travail en cours au jour de la cession sont automatiquement transférés au nouvel employeur (l’acquéreur). Celui-ci est tenu de conserver les salariés aux mêmes conditions de travail et avec leur ancienneté acquise.

L’acquéreur ne peut pas refuser ce transfert. Licencier un salarié juste avant ou juste après la cession pour ce motif serait considéré comme abusif et sans cause réelle et sérieuse.

La cession du bail commercial : l’accord du bailleur est-il nécessaire ?

Le droit au bail est transmis avec le fonds de commerce. En principe, le bailleur ne peut pas s’opposer à la cession du bail lorsqu’elle intervient dans le cadre de la vente du fonds. Cependant, de nombreux baux commerciaux contiennent des clauses “d’agrément” qui obligent le vendeur à informer le bailleur et à obtenir son accord. Il est donc primordial de relire attentivement votre bail commercial avant de vous engager.

FAQ : Vos questions sur la cession de fonds de commerce

Quelle est la différence entre céder son fonds de commerce et vendre les parts de sa société ?

C’est une question essentielle dont la réponse a des conséquences juridiques et fiscales majeures.

Cession de fonds de commerce vs Cession de parts sociales

CritèreCession de fonds de commerceCession de parts sociales (SARL) ou d’actions (SAS)
Ce qui est venduUniquement les actifs de l’entreprise (clientèle, bail, matériel…).L’entreprise dans son ensemble (l’actif ET le passif).
Transmission des dettesNon, l’acheteur ne reprend pas les dettes du vendeur (sauf solidarité fiscale).Oui, l’acheteur hérite de toutes les dettes de la société, même celles antérieures à la vente.
Conséquences pour le vendeurLe vendeur conserve sa société (qui devient une “coquille vide”) et doit gérer sa dissolution/liquidation.Le vendeur n’est plus du tout lié à la société.
FormalismePublicités légales obligatoires pour protéger les créanciers.Moins de formalités publiques, mais une garantie d’actif et de passif est cruciale pour l’acheteur.

Le repreneur est-il obligé de garder les salariés ?

Oui, sans aucune exception. Comme nous l’avons vu, l’article L. 1224-1 du Code du travail impose le transfert de plein droit de tous les contrats de travail en cours. Le repreneur devient le nouvel employeur et doit respecter les contrats existants.

Pourquoi le prix de vente est-il bloqué chez un séquestre ?

Pour résumer, le prix est bloqué sur un compte séquestre pendant 3 à 5 mois pour permettre aux créanciers du vendeur (fisc, URSSAF, fournisseurs…) de se faire connaître et d’être payés. C’est une garantie légale qui protège l’acheteur contre d’éventuelles dettes cachées.

Quels sont les principaux frais à prévoir pour l’acheteur ?

En plus du prix de vente du fonds lui-même, l’acheteur doit budgéter :

  1. Les droits d’enregistrement, calculés sur le prix de vente (voir notre exemple plus haut).
  2. Les frais de rédaction d’acte (honoraires de l’avocat ou du notaire).
  3. Les frais de publication des annonces légales (SHAL et BODACC), qui s’élèvent à quelques centaines d’euros.
  4. Le coût du stock de marchandises, payé en plus du prix du fonds.

La cession d’un fonds de commerce est un acte engageant qui mérite une préparation minutieuse. Chaque étape, de l’information des salariés à la libération du prix, a son importance et sa raison d’être. En comprenant cette mécanique et en vous faisant accompagner par des professionnels, vous transformez une source de stress potentielle en un processus maîtrisé et sécurisé. C’est la meilleure façon de transmettre le fruit de votre travail dans de bonnes conditions et de vous lancer sereinement dans votre prochain projet.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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