Créer une entreprise de dropshipping est obligatoire dès que vous vendez de façon régulière : acheter pour revendre est un acte de commerce, qui impose une immatriculation au plus tard 15 jours après le début de l’activité. La micro-entreprise permet de démarrer gratuitement, dans la limite de 203 100 € de chiffre d’affaires en 2026, mais elle devient vite pénalisante quand vos marges sont minces et votre budget publicitaire élevé. Dans mon accompagnement, je reçois souvent des porteurs de projet qui ont déjà ouvert leur boutique Shopify, lancé leurs premières publicités, et qui découvrent seulement après quelques mois qu’ils paient des cotisations sur un argent qu’ils n’ont jamais gagné. Je vais vous montrer comment poser les bonnes fondations avant la première commande : le statut, la douane, et la responsabilité que vous portez vis-à-vis de vos clients.
- Le dropshipping est une activité commerciale comme une autre : immatriculation obligatoire, au plus tard 15 jours après la première vente régulière.
- La micro-entreprise est possible jusqu’à 203 100 € de chiffre d’affaires, avec 12,3 % de cotisations calculées sur les ventes, pas sur la marge.
- Depuis le 1er juillet 2026, chaque petit colis venant d’un pays hors UE supporte un droit de douane forfaitaire de 3 € par catégorie d’article, en plus de la TVA.
- Vous êtes seul responsable face au client (rétractation de 14 jours, garantie de conformité de 2 ans), même si votre fournisseur expédie.
- Dès que la publicité pèse lourd dans vos charges, une SASU ou une EURL à l’impôt sur les sociétés devient souvent plus rentable.
Dropshipping : une activité commerciale qui exige une immatriculation
Le principe est simple. Vous vendez un produit sur votre site, votre client paie, et vous passez commande à un fournisseur qui expédie directement chez lui. Beaucoup en déduisent qu’il s’agit d’une activité « légère » qu’on peut tester sans formalité. C’est une erreur.
En droit, vous achetez un bien pour le revendre. L’article L110-1 du Code de commerce répute acte de commerce « tout achat de biens meubles pour les revendre ». Exercé de façon habituelle, cet achat pour revendre fait de vous un commerçant. Et l’article R123-32 du même code impose au commerçant personne physique de demander son immatriculation dans le mois qui précède le début de l’activité, et au plus tard dans les quinze jours qui suivent. La DGCCRF le rappelle d’ailleurs noir sur blanc dans sa fiche pratique consacrée au dropshipping : le vendeur doit être inscrit au registre du commerce, même s’il s’agit d’un particulier.
La démarche passe par le guichet unique des formalités d’entreprises. Si vous hésitez encore sur la frontière entre vente occasionnelle et activité professionnelle, j’ai détaillé les critères dans mon article sur la question de savoir s’il faut créer une entreprise pour vendre en ligne. Pour le dropshipping, la réponse est presque toujours oui : on ne revend pas des produits achetés chez un grossiste par hasard.
Les plateformes de paiement et les places de marché demandent un numéro SIRET pour ouvrir un compte vendeur et débloquer les fonds. Un client m’a appelée l’an dernier avec plusieurs milliers d’euros bloqués sur son compte de paiement : il vendait depuis trois mois sans immatriculation. Nous avons régularisé, mais il a perdu six semaines de trésorerie en pleine saison.
Micro-entreprise : le bon statut pour tester, avec une limite précise
Pour démarrer, la micro-entreprise reste le choix le plus fréquent, et je le comprends. La création est gratuite, la comptabilité se résume à un livre des recettes et un registre des achats, et vous ne payez rien si vous ne vendez rien. Pour tester une niche pendant quelques mois, c’est parfait.
Le dropshipping relève de la catégorie « vente de marchandises ». En 2026, le plafond de chiffre d’affaires y est de 203 100 €, selon service-public.fr. Les cotisations sociales représentent 12,3 % du chiffre d’affaires encaissé, d’après le barème du micro-entrepreneur. Côté impôt, l’administration applique un abattement forfaitaire de 71 %, prévu par l’article 50-0 du Code général des impôts : elle considère que vos charges représentent 71 % de vos ventes, et vous impose sur les 29 % restants.
Et c’est précisément là que le dropshipping se distingue d’un commerce classique. Vos cotisations ne tiennent aucun compte de votre marge réelle. Or un dropshipper paie son fournisseur, ses frais de boutique, ses applications, et surtout sa publicité en ligne, qui absorbe souvent une part considérable du panier moyen.
Un exemple chiffré qui fait réfléchir
Prenons une boutique qui encaisse 60 000 € de ventes sur l’année. Elle paie 36 000 € à ses fournisseurs et 12 000 € de publicité. Sa marge réelle, avant cotisations et impôt, est de 12 000 €.
En micro-entreprise, les cotisations s’élèvent à 60 000 € × 12,3 %, soit 7 380 €. Il reste 4 620 € à l’entrepreneur pour une année de travail, avant impôt. Côté impôt, le revenu retenu est de 60 000 € × 29 %, soit 17 400 €, un montant supérieur à la marge qu’il a réellement dégagée. Concrètement, il est imposé sur un bénéfice fictif.
Même boutique, deux lectures du résultat (exemple simplifié)
| Poste | Micro-entreprise | Société à l’IS |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 60 000 € | 60 000 € |
| Achats fournisseurs et publicité | Non déductibles | 48 000 € déduits |
| Base des cotisations | 60 000 € de CA | Rémunération que vous vous versez |
| Base de l’impôt | 17 400 € (après abattement de 71 %) | 12 000 € de bénéfice réel |
| TVA sur les achats et la publicité | Non récupérable | Récupérable si assujetti |
Ce tableau n’est pas un verdict : une société a aussi un coût (statuts, comptabilité complète). Mais il montre pourquoi je fais systématiquement ce calcul avec les dropshippers que j’accompagne avant de valider le statut. Mon comparatif EURL ou micro-entreprise détaille la méthode de calcul du point de bascule.
TVA et douane : ce qui a changé pour les colis venus de l’étranger
La TVA est le deuxième sujet que les tutoriels vidéo survolent. En micro-entreprise, vous bénéficiez de la franchise en base : vous ne facturez pas de TVA tant que votre chiffre d’affaires de l’année précédente ne dépasse pas 85 000 €, et la franchise cesse en cours d’année si vous franchissez 93 500 €, selon l’article 293 B du CGI. En dessous, vos prix sont plus compétitifs face à des particuliers. En revanche, vous ne récupérez pas la TVA payée sur vos achats et vos abonnements.
Le vrai changement de 2026 concerne les fournisseurs situés hors de l’Union européenne. Depuis le 1er juillet 2026, l’Union applique un droit de douane forfaitaire de 3 € par catégorie d’article à tous les petits colis d’une valeur inférieure ou égale à 150 € importés d’un pays tiers, comme l’a annoncé le ministère de l’Économie. Jusque-là, ces envois étaient exonérés de droits de douane. La taxe nationale française sur les petits colis, mise en place en mars 2026, a été suspendue à cette date pour laisser place au dispositif européen.
À ce droit s’ajoute la TVA à l’importation, due dès le premier euro. Si vous vendez depuis votre propre boutique sans vous être organisé, c’est souvent votre client qui la paie à la livraison, avec des frais de dossier du transporteur. Rien de tel pour ruiner vos avis clients. Le guichet unique européen IOSS (Import One-Stop Shop) permet de collecter cette TVA au moment de la commande, pour que le colis arrive sans frais surprise.
En pratique, je conseille de refaire votre calcul de prix de revient avec ces 3 € par article intégrés. Sur un produit vendu 19,90 €, trois euros de plus changent entièrement la rentabilité, et c’est une raison de plus de regarder du côté des fournisseurs établis en Europe.
Votre responsabilité envers le client : le fournisseur ne vous protège pas
C’est le point que je martèle en rendez-vous, parce qu’il est contre-intuitif. Le colis part de chez votre fournisseur, mais c’est vous que le client a payé. Et c’est donc vous qui répondez de tout.
L’article L221-15 du Code de la consommation est très clair : le professionnel est responsable de plein droit envers le consommateur de la bonne exécution du contrat conclu à distance, que les obligations soient exécutées par lui ou par d’autres prestataires. Vous gardez un recours contre votre fournisseur, mais vous ne pouvez pas renvoyer le client vers lui.
Concrètement, voici les obligations qui pèsent sur votre entreprise de dropshipping :
- L’information avant l’achat : caractéristiques du produit, prix total, délais, identité du vendeur, conformément à l’article L221-5 du Code de la consommation.
- Le délai de livraison : à défaut de date annoncée, le bien doit être livré au plus tard trente jours après la commande (article L216-1). Les délais de trois semaines de certains fournisseurs lointains deviennent vite un problème.
- Le droit de rétractation : votre client dispose de quatorze jours pour se rétracter sans motif (article L221-18). Prévoyez qui reçoit les retours et qui les paie.
- La garantie légale de conformité : vous répondez des défauts qui apparaissent dans les deux ans suivant la livraison (article L217-3).
Enfin, les pratiques commerciales déloyales sont interdites par l’article L121-1 du Code de la consommation. Les faux comptes à rebours, les « derniers exemplaires » permanents ou les prix barrés fictifs, très répandus dans certaines formations au dropshipping, vous exposent directement. La DGCCRF rappelle aussi que vous devez proposer des produits licites, conformes et non dangereux.
Votre contrat avec le fournisseur est votre seule protection réelle. Je recommande d’y prévoir les délais d’expédition garantis, la prise en charge des produits défectueux et des retours, et la conformité des produits aux normes européennes. Sans ces clauses écrites, vous supportez seul le coût de chaque litige client.
Passer en société : quand et laquelle choisir
Trois signaux doivent vous faire envisager une société : un budget publicitaire qui dépasse une part importante de votre chiffre d’affaires, des fournisseurs professionnels qui vous facturent de la TVA que vous aimeriez récupérer, et un volume qui approche les seuils de la franchise.
En société soumise à l’impôt sur les sociétés, vous déduisez toutes vos charges réelles : achats, publicité, abonnements, frais bancaires. Le bénéfice restant est taxé à 15 % jusqu’à 42 500 € pour les PME éligibles, puis à 25 % au-delà. Vous choisissez ensuite ce que vous vous versez, et quand.
La SASU est souvent la structure que je recommande aux dropshippers qui démarrent seuls et réinvestissent leurs premiers bénéfices. Le président ne paie aucune cotisation tant qu’il ne se verse pas de rémunération, ce qui laisse la trésorerie dans l’entreprise pour financer la publicité. L’EURL convient mieux si vous comptez vous verser un revenu régulier rapidement, car les cotisations du gérant sont plus légères que celles d’un président de SASU. Et si vous vous lancez avec un associé, la SAS permet d’organiser les entrées et sorties au capital dès les statuts.
Mon accompagnement à la création d’une SASU commence toujours par ce calcul : combien vous comptez vendre, combien vous coûte un client, combien vous voulez vous verser. Pour le panorama complet des formes possibles en e-commerce, vous pouvez aussi lire mon guide sur le statut juridique pour vendre en ligne.
Ne créez pas votre société « pour faire sérieux » avant d’avoir validé votre produit. Je préfère voir un porteur de projet tester trois mois en micro, mesurer son coût d’acquisition client, puis créer une société avec des chiffres réels. La transition est simple : vous cessez la micro-entreprise et vous immatriculez la société.
Les étapes pour créer votre entreprise de dropshipping
Voici l’ordre que je suis avec les créateurs que j’accompagne. Il évite les retours en arrière coûteux.
Valider le produit et le fournisseur
Commandez un échantillon, mesurez les délais réels, obtenez les conditions de retour par écrit.
Calculer le prix de revient complet
Prix fournisseur, frais de port, droit de douane de 3 € par article si hors UE, TVA à l’importation, commission de paiement, coût publicitaire estimé par vente.
Choisir le statut
Micro-entreprise pour tester à petit budget publicitaire, SASU ou EURL si vos charges réelles dépassent l’abattement de 71 %.
S’immatriculer
Via le guichet unique des formalités d’entreprises, au plus tard 15 jours après le début de l’activité.
Rédiger CGV et mentions légales
Adaptées au dropshipping : délais, retours, garanties, identité du vendeur.
Ouvrir un compte bancaire dédié
Puis paramétrer la TVA (franchise en base ou IOSS selon votre situation).
Pour les aspects plus larges du commerce en ligne (choix de la plateforme, paiement, assurance), mon guide pour lancer un business en ligne complète utilement ces étapes.
Ce que je fais concrètement chez Jurixa
Une plateforme automatisée vous immatricule en quelques clics à partir d’un formulaire. Elle ne vous dira jamais que votre budget publicitaire rend la micro-entreprise défavorable, ni que vos délais fournisseur vous exposent à des annulations en série. Chez Jurixa, je commence par votre modèle économique, puis je choisis la structure qui colle à vos marges réelles et je rédige des statuts sur-mesure si une société s’impose.
La création d’une micro-entreprise démarre à 90 €. La création d’une société, SASU ou EURL, démarre à 550 €, auxquels s’ajoutent environ 200 € de frais légaux (annonce légale, immatriculation).
Questions fréquentes
Peut-on faire du dropshipping sans créer d’entreprise ?
Non, dès que l’activité est régulière. Acheter des produits pour les revendre est un acte de commerce, et le commerçant doit s’immatriculer au plus tard 15 jours après le début de son activité. La DGCCRF précise que cette obligation s’applique même à un particulier qui se lance en dropshipping.
Quel statut choisir pour faire du dropshipping ?
La micro-entreprise convient pour tester un produit avec un faible budget publicitaire, jusqu’à 203 100 € de chiffre d’affaires en 2026. Dès que vos achats et votre publicité dépassent l’abattement forfaitaire de 71 %, une SASU ou une EURL à l’impôt sur les sociétés devient souvent plus avantageuse, car elle permet de déduire vos charges réelles.
Le dropshipping est-il légal en France ?
Oui. Le dropshipping n’est pas interdit, mais il est soumis à toutes les règles de la vente à distance : information précontractuelle, délais de livraison, droit de rétractation de 14 jours, garantie légale de conformité. Le vendeur en reste responsable, même quand c’est le fournisseur qui expédie.
Qui paie les frais de douane quand le fournisseur est en Chine ?
Depuis le 1er juillet 2026, les colis de 150 € ou moins venant d’un pays hors UE supportent un droit de douane forfaitaire de 3 € par catégorie d’article, en plus de la TVA à l’importation. Sans organisation préalable, comme l’inscription au guichet IOSS, c’est souvent le client qui règle ces montants à la livraison, ce qui génère refus de colis et avis négatifs.
Poser les bases avant la première publicité
Créer une entreprise de dropshipping prend quelques jours. La rendre rentable dépend de décisions prises avant même la première commande : un statut qui ne vous fait pas cotiser sur de l’argent dépensé en publicité, un prix de revient qui intègre la douane de 2026, et un fournisseur engagé par écrit sur ses délais. Ce sont ces trois points, bien plus que le choix du thème de votre boutique, qui font la différence entre un projet qui dure et un projet abandonné au bout de six mois.