Devenir menuisier auto-entrepreneur est possible en 2026, à deux conditions préalables : justifier d’une qualification (CAP, BP ou 3 ans d’expérience dans le métier) et être assuré en décennale avant le premier chantier. Côté chiffres, la micro-entreprise vous accompagne jusqu’à 83 600 € de chiffre d’affaires si vous ne facturez que de la main-d’œuvre, et jusqu’à 203 100 € au global si vous fournissez aussi le bois et les menuiseries que vous posez. Dans mon accompagnement, je reçois régulièrement des menuisiers qui ont appris le métier en atelier pendant des années et qui veulent enfin travailler à leur compte : presque tous connaissent le plafond de 83 600 €, très peu savent que la fourniture change la règle du jeu. Je vous explique ici, dans l’ordre, ce qu’il faut régler avant de vous immatriculer, puis comment savoir si la micro reste le bon choix pour votre atelier.
- La menuiserie est une activité artisanale réglementée : CAP, BP, titre équivalent ou 3 ans d’expérience effective sont exigés, en micro comme en société.
- L’assurance décennale est obligatoire dès le premier chantier touchant au bâti (fenêtres, portes, escaliers, parquets, agencement fixé).
- Plafond micro 2026 : 83 600 € pour la seule pose, 203 100 € au global si vous fournissez aussi les matériaux, dont 83 600 € maximum de prestations.
- Les cotisations sont d’environ 21,2 % du chiffre d’affaires de prestations encaissé, sans déduction du bois, des machines ou du camion.
- Dès que l’atelier demande de gros investissements, une EURL permet de déduire ces charges réelles et de récupérer la TVA.
Qualification : le passage obligé avant de s’installer
Premier point, et c’est celui qui bloque le plus de dossiers : on ne s’improvise pas menuisier. Le Code de l’artisanat, à son article L121-1, réserve à une personne qualifiée professionnellement, ou placée sous son contrôle effectif et permanent, « la construction, l’entretien et la réparation des bâtiments ». Et il précise que cette exigence s’applique quels que soient le statut et les caractéristiques de l’entreprise. Micro-entreprise ou EURL, la règle est la même.
Concrètement, la fiche officielle d’Entreprendre Service Public consacrée au menuisier liste trois façons de justifier cette qualification :
- un CAP dans le métier (menuisier installateur, fabricant de menuiserie et agencement, menuisier aluminium-verre…) ;
- un brevet professionnel (BP) ;
- un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur enregistré au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).
À défaut de diplôme, trois années d’expérience effective dans le métier suffisent, qu’elles aient été acquises comme salarié, comme dirigeant ou comme travailleur indépendant. Dans ce cas, vous demandez une attestation de qualification professionnelle à la chambre de métiers et de l’artisanat (CMA). Le même site rappelle qu’exercer sans la qualification requise expose à une amende de 7 500 €.
L’expérience se prouve, elle ne se déclare pas. Préparez vos bulletins de paie, certificats de travail ou attestations d’anciens employeurs avant de lancer l’immatriculation. Un client ébéniste de formation, passé ensuite par huit ans de pose en entreprise, pensait que son CAP d’ébéniste suffisait pour la pose de fenêtres : c’est finalement son expérience salariée de poseur, justificatifs à l’appui, qui a fait foi.
Autre précision utile, prévue par l’article L121-2 du même code : une personne qualifiée pour une partie seulement de l’activité peut exercer cette partie-là. Un menuisier formé à l’agencement intérieur n’est donc pas automatiquement légitime sur la charpente. Pour les situations sans diplôme, j’ai détaillé les options dans mon article sur ouvrir une entreprise du bâtiment sans diplôme.
Décennale et garanties : ce que vous devez à vos clients
Dès que vous posez une fenêtre, une porte d’entrée, un escalier ou un parquet, vous devenez « constructeur » au sens de l’article 1792 du Code civil. Vous répondez alors de plein droit, pendant dix ans, des dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Une porte-fenêtre mal posée qui laisse entrer l’eau, un escalier qui se désolidarise : c’est exactement ce que vise ce texte.
Cette responsabilité s’accompagne d’une obligation d’assurance. L’article L241-1 du Code des assurances impose à toute personne dont la responsabilité décennale peut être engagée d’être couverte, et de le justifier « à l’ouverture de tout chantier ». Pas après six mois d’activité, pas quand le chiffre d’affaires aura décollé : avant la première pose.
Les éléments d’équipement qui ne relèvent pas de la décennale bénéficient, eux, d’une garantie de bon fonctionnement d’au moins deux ans à compter de la réception, selon l’article 1792-3 du Code civil. Ajoutez une responsabilité civile professionnelle pour les dommages causés pendant vos interventions (une vitre brisée chez le client, un sol rayé en déchargeant).
Le prix de la décennale varie selon les activités déclarées (agencement intérieur, menuiseries extérieures, charpente) : intégrez-le à votre prévisionnel dès le départ.
Plafond micro 2026 : la subtilité de la fourniture et pose
C’est le point que la plupart des guides résument trop vite. L’article 50-0 du Code général des impôts fixe deux plafonds en 2026 : 203 100 € pour les entreprises dont le commerce principal est de vendre des marchandises ou fournitures, et 83 600 € pour les autres, c’est-à-dire les prestations de services.
Un menuisier qui ne fait que de la main-d’œuvre (pose de cuisines fournies par le client, sous-traitance de pose, réparation) relève du seul plafond de 83 600 €. Mais la situation change dès que vous fournissez le bois, les fenêtres ou les portes que vous posez. La doctrine fiscale officielle, au BOFiP BOI-BIC-DECLA-10-10-20, précise que la règle des activités mixtes s’applique notamment aux entrepreneurs du bâtiment qui fournissent non seulement la main-d’œuvre, mais aussi les matériaux entrant à titre principal dans l’ouvrage.
En clair, vous restez en micro tant que votre chiffre d’affaires global ne dépasse pas 203 100 €, et que la part correspondant aux prestations ne dépasse pas 83 600 €. Vous avez donc intérêt à distinguer clairement, sur vos devis et factures, la fourniture et la pose.
Menuisier en micro : quel plafond selon votre façon de travailler ?
| Votre activité | Nature fiscale | Plafond micro 2026 | Abattement pour l’impôt |
|---|---|---|---|
| Pose seule (matériel fourni par le client, sous-traitance) | Prestations de services BIC | 83 600 € | 50 % |
| Fourniture et pose (vous achetez le bois et les menuiseries) | Activité mixte | 203 100 € au global, dont 83 600 € de prestations | 71 % sur la vente, 50 % sur les services |
| Fabrication et vente de meubles sans pose | Vente | 203 100 € | 71 % |
Un dépassement ponctuel ne vous fait pas sortir tout de suite : le régime micro ne cesse qu’après deux années civiles consécutives au-dessus du seuil. C’est une marge de manœuvre appréciable pour préparer sereinement un passage en société.
TVA : la franchise joue aussi sur deux compteurs
La même logique s’applique à la TVA. Sous la franchise en base de l’article 293 B du CGI, vous ne facturez pas de TVA tant que votre chiffre d’affaires reste sous 85 000 € (93 500 € en seuil majoré) au global, et sous 37 500 € (41 250 € majoré) pour les prestations de services. Le BOFiP consacré à la franchise précise qu’un artisan du bâtiment qui fournit les matériaux est, là encore, traité comme exerçant une activité mixte. Pour le détail des seuils, j’ai consacré un article complet à la TVA en micro-entreprise.
Pour un menuisier, la franchise est souvent un faux ami. Vos clients particuliers apprécient un prix sans TVA, mais vous payez la TVA sur chaque achat de bois, de quincaillerie et de machines sans jamais la récupérer. Quand je construis le prévisionnel d’un atelier qui investit dans une scie à format ou un camion, je compare toujours les deux options. Renoncer à la franchise dès le départ est parfois le choix le plus rentable, surtout si votre clientèle compte des professionnels.
Cotisations et impôt : ce que coûte vraiment la micro
En micro-entreprise, vos cotisations sociales se calculent sur le chiffre d’affaires encaissé, pas sur votre bénéfice. En 2026, le taux est de 21,2 % pour les prestations de services artisanales et de 12,3 % pour les ventes de marchandises, selon l’Urssaf des auto-entrepreneurs. Si vous facturez fourniture et pose, chaque part se déclare dans sa catégorie.
Côté ACRE, attention au changement récent : pour les micro-entreprises créées ou reprises à compter du 1er juillet 2026, l’exonération passe de 50 à 25 %, et la demande doit être faite au plus tard le 60e jour suivant le début d’activité, comme l’indique Entreprendre Service Public.
Prenons un exemple concret. Un menuisier poseur encaisse 45 000 € de prestations dans l’année. Il paie environ 9 540 € de cotisations (21,2 %) et il est imposé sur 22 500 € après l’abattement forfaitaire de 50 %. Or ses vraies dépenses (outillage, consommables, carburant, décennale, entretien du véhicule) peuvent représenter 15 000 € ou plus. Aucune n’est déduite. Si ses charges réelles dépassent l’abattement, il cotise et paie l’impôt sur un bénéfice qu’il n’a pas réellement fait.
Le poseur avec un petit outillage s’y retrouve très bien en micro. Le menuisier qui fabrique en atelier, avec machines, local et stock de bois, beaucoup moins.
S’immatriculer : la check-list du menuisier
La déclaration se fait en ligne et gratuitement sur le guichet unique des formalités d’entreprises. Votre activité sera inscrite au registre national des entreprises (RNE) au titre d’une activité artisanale, généralement sous le code APE 43.32A (travaux de menuiserie bois et PVC). Voici la liste que je remets à mes clients menuisiers avant de lancer la démarche :
- Justificatif de qualification : diplôme (CAP, BP, titre RNCP) ou attestation de qualification professionnelle de la CMA si vous vous appuyez sur votre expérience.
- Attestation d’assurance décennale, à jour, couvrant précisément les activités que vous déclarez.
- Responsabilité civile professionnelle.
- Pièce d’identité et justificatif d’adresse de l’entreprise (domicile ou local d’atelier).
- Demande d’ACRE si vous y avez droit, dans les 60 jours.
Une fois immatriculé, vous recevez votre numéro SIRET et pouvez facturer. Un compte bancaire dédié devient obligatoire au-delà de 10 000 € de chiffre d’affaires pendant deux années consécutives, mais je le conseille dès le premier jour.
Micro ou société : comment trancher pour votre atelier
La micro-entreprise reste un excellent point de départ pour tester votre clientèle, en particulier si vous travaillez surtout en pose, seul, avec un investissement limité. Plusieurs signaux doivent pourtant vous faire regarder du côté d’une société dès la création.
Vous équipez un atelier (scie à format, dégauchisseuse, raboteuse, aspiration) ou vous achetez un fourgon ? Ces investissements s’amortissent et se déduisent en société, pas en micro. Vous visez des clients professionnels, des architectes ou des marchés d’agencement de commerces ? Ils attendent une facture avec TVA et une structure solide. Vous voulez embaucher un apprenti ou vous associer avec un autre menuisier ? La micro-entreprise, par nature individuelle, montre vite ses limites.
La forme la plus fréquente chez les artisans qui démarrent seuls reste l’EURL. Le gérant associé unique relève du régime des travailleurs indépendants, avec des cotisations calculées sur sa rémunération réelle, et la société peut opter pour l’impôt sur les sociétés, au taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice puis 25 % au-delà. Dans mon accompagnement à la création d’une EURL, je rédige des statuts sur-mesure qui tiennent compte de votre situation réelle : régime matrimonial, apport du matériel que vous possédez déjà, projet d’embauche. J’ai comparé les deux options en détail dans mon article EURL ou micro-entreprise, et plus largement dans auto-entrepreneur ou société.
Passer de la micro-entreprise à une société n’est pas une simple formalité de changement de statut. Vous créez une nouvelle personne morale, puis vous cessez la micro-entreprise. Votre matériel, votre clientèle et vos chantiers en cours peuvent être apportés à la société, mais cet apport doit être évalué correctement pour éviter une imposition inutile. C’est un moment que je prépare toujours en amont avec mes clients.
Combien coûte réellement le lancement d'un menuisier en 2026 ?
| Prestation | Plateforme automatisée | Jurixa | Expert-comptable ou avocat |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | 49 à 99 € | 90 € | 200 à 500 € |
| EURL ou SASU | 99 à 199 € + frais | 550 € + frais légaux (~200 €) | 1 000 à 2 500 € |
Une plateforme automatisée génère des statuts types sans tenir compte de votre atelier. Chez Jurixa, j’accompagne chaque menuisier personnellement, du choix du statut jusqu’à l’immatriculation.
Questions fréquentes
Peut-on être menuisier auto-entrepreneur sans CAP ?
Oui, à condition de justifier de trois années d’expérience effective dans le métier, comme salarié, dirigeant ou indépendant. Vous demandez alors une attestation de qualification professionnelle à la chambre de métiers et de l’artisanat. Sans diplôme ni expérience, l’activité ne peut pas être exercée légalement, quel que soit le statut.
Quel est le plafond de chiffre d’affaires d’un menuisier en micro-entreprise en 2026 ?
Tout dépend de ce que vous facturez. Pour la pose seule, le plafond est de 83 600 €. Si vous fournissez aussi les matériaux, vous êtes en activité mixte : le chiffre d’affaires global ne doit pas dépasser 203 100 €, et la part de prestations 83 600 €. Le régime ne cesse qu’après deux années consécutives de dépassement.
L’assurance décennale est-elle obligatoire pour un menuisier auto-entrepreneur ?
Oui, dès lors que vous réalisez des travaux touchant au bâti : fenêtres, portes, escaliers, parquets, agencements fixés. Le Code des assurances impose de pouvoir justifier de cette assurance à l’ouverture de chaque chantier. Le statut micro ne vous en dispense pas.
Combien gagne un menuisier auto-entrepreneur ?
Il n’existe pas de chiffre officiel : le revenu dépend de votre taux horaire, de la part de fourniture et de vos charges réelles. Retenez surtout qu’en micro, vous cotisez environ 21,2 % sur les prestations encaissées sans déduire vos achats. Pour estimer votre revenu, partez de votre chiffre d’affaires prévisionnel, retirez cotisations, impôt et toutes vos dépenses réelles.
Faut-il facturer la TVA quand on est menuisier en micro ?
Pas tant que vous restez sous les seuils de franchise en base : 37 500 € pour les prestations (41 250 € en seuil majoré) et 85 000 € au global (93 500 € majoré) si vous fournissez les matériaux. Au-delà, ou sur option, vous facturez la TVA et pouvez la récupérer sur vos achats de bois et d’outillage.
Mon conseil pour démarrer du bon pied
Le statut de menuisier auto-entrepreneur est une vraie porte d’entrée vers l’indépendance, à condition de verrouiller d’abord les deux obligations du métier : la qualification et la décennale. Ensuite, le choix entre micro et société est avant tout économique. Si vous posez surtout chez les particuliers avec peu de matériel, la micro fait très bien le travail. Si vous montez un atelier, achetez du bois en volume ou visez les professionnels, faites le calcul avant de vous immatriculer : c’est souvent à ce moment-là qu’on évite de payer des cotisations sur un bénéfice qui n’existe pas.