Création d'entreprise
Gestion & contrats
Conseil & protection
Outils
Tarifs Expertise
Créer mon entreprise Demander un devis
Statuts juridiques

SCI et démembrement : usufruit, nue-propriété et transmission

Sandrine Chiorozas · · 12 min de lecture
Schéma de démembrement de parts de SCI entre usufruit et nue-propriété

Un couple m’a consultée le mois dernier avec une question que j’entends très régulièrement : “On veut transmettre notre SCI à nos enfants, mais continuer à percevoir les loyers. C’est possible ?” La réponse tient en un mot : le démembrement. C’est un outil patrimonial redoutablement efficace, mais qui nécessite de bien comprendre ses mécanismes pour éviter les pièges fiscaux et juridiques. Je vous explique tout dans ce guide.


Qu’est-ce que le démembrement de parts de SCI ?

Le démembrement consiste à scinder la pleine propriété des parts sociales d’une SCI en deux droits distincts : l’usufruit et la nue-propriété. Ce mécanisme est fondé sur l’article 578 du Code civil qui définit l’usufruit comme “le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d’en conserver la substance”.

Concrètement, cela donne deux catégories de droits :

  • L’usufruitier : il perçoit les revenus (dividendes, quote-part de résultat) et dispose du droit de vote aux assemblées ordinaires
  • Le nu-propriétaire : il détient la valeur patrimoniale des parts et récupérera la pleine propriété à l’extinction de l’usufruit (généralement au décès de l’usufruitier)

Le démembrement de parts de SCI est distinct du démembrement de l’immeuble lui-même. Quand on démembre les parts, c’est la société qui reste pleine propriétaire de l’immeuble. Les règles applicables sont celles du droit des sociétés (articles 1844 et suivants du Code civil), pas celles du droit immobilier.


Usufruit vs nue-propriété : qui détient quoi ?

C’est le point central du démembrement et la source de la plupart des questions que me posent mes clients. Voici la répartition précise des droits et obligations entre usufruitier et nu-propriétaire.

Droits patrimoniaux

L’usufruitier perçoit les revenus distribués par la SCI. Si la SCI est à l’IR (impôt sur le revenu, le régime par défaut), l’usufruitier est imposé sur les revenus fonciers à hauteur de sa quote-part. Si la SCI est à l’IS, les dividendes distribués reviennent à l’usufruitier.

Le nu-propriétaire, lui, ne touche rien tant que l’usufruit existe. En revanche, il bénéficie de la valorisation du patrimoine immobilier au fil du temps. Au décès de l’usufruitier, il récupère la pleine propriété sans aucun droit de succession à payer sur ces parts, puisqu’il était déjà propriétaire de la nue-propriété.

0 euro
Droits de succession au décès de l'usufruitier pour le nu-propriétaire
Article 1133 du Code général des impôts — legifrance.gouv.fr

Droits de vote en assemblée générale

C’est un sujet que je clarifie systématiquement dans les statuts que je rédige, parce que la loi laisse une marge de manoeuvre importante. L’article 1844 alinéa 3 du Code civil pose le principe suivant :

  • Assemblées ordinaires (approbation des comptes, affectation du résultat) : le droit de vote appartient à l’usufruitier
  • Assemblées extraordinaires (modification des statuts, dissolution) : le droit de vote appartient au nu-propriétaire

Mais attention : les statuts peuvent aménager cette répartition. Et c’est exactement ce que je recommande de faire dans la plupart des cas.

Répartition des droits entre usufruitier et nu-propriétaire

Droit ou obligationUsufruitierNu-propriétaire
Percevoir les revenusOuiNon
Vote AG ordinaire (résultat, comptes)Oui (sauf clause contraire)Non
Vote AG extraordinaire (statuts)NonOui (sauf clause contraire)
Droit à l’informationOuiOui
Obligation de contribuer aux pertesNonOui
Récupération pleine propriété au décèsNon (extinction)Oui (automatique)

Je recommande systématiquement d’insérer dans les statuts une clause précisant la répartition des droits de vote entre usufruitier et nu-propriétaire. L’article 1844 n’est que supplétif : les statuts peuvent attribuer le vote aux assemblées extraordinaires à l’usufruitier, ou inversement. Adaptez selon la stratégie patrimoniale de la famille.


Le démembrement comme outil de transmission patrimoniale

C’est l’usage principal du démembrement de parts de SCI dans ma pratique. Les parents détiennent les parts en pleine propriété, puis donnent la nue-propriété à leurs enfants tout en conservant l’usufruit. Le résultat est triple :

  1. Les parents continuent à percevoir les loyers (l’usufruit leur garantit les revenus)
  2. Les enfants deviennent progressivement propriétaires du patrimoine
  3. Au décès des parents, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits de succession supplémentaires

Valorisation fiscale de la nue-propriété

C’est là que le démembrement prend tout son intérêt. La valeur de la nue-propriété dépend de l’âge de l’usufruitier au moment de la donation, selon le barème fiscal de l’article 669 du Code général des impôts :

40 %
Valeur fiscale de la nue-propriété quand l'usufruitier a entre 51 et 60 ans
Article 669 du CGI — legifrance.gouv.fr

Prenons un exemple concret. Un couple de 55 ans détient une SCI dont les parts valent 500 000 euros en pleine propriété. Ils donnent la nue-propriété à leurs deux enfants :

  • Valeur de la nue-propriété : 500 000 x 40 % = 200 000 euros
  • Abattement par parent et par enfant : 100 000 euros (article 779 du CGI)
  • Avec deux parents et deux enfants, l’abattement total est de 4 x 100 000 = 400 000 euros
  • La donation est donc totalement exonérée de droits

Sans démembrement, la transmission au décès porterait sur 500 000 euros en pleine propriété, avec un abattement limité à 200 000 euros (2 enfants x 100 000), soit 300 000 euros imposables aux droits de succession.

Le barème de l’article 669 est un barème fiscal forfaitaire. La valeur économique réelle de l’usufruit peut être différente (notamment si l’immeuble génère des revenus locatifs importants). L’administration fiscale applique le barème forfaitaire pour les donations, mais un expert peut retenir une valeur économique différente pour une cession entre tiers.


Démembrement croisé entre époux

C’est une technique que je propose fréquemment aux couples mariés ou pacsés. Le principe : chaque époux détient la nue-propriété d’une moitié des parts et l’usufruit de l’autre moitié. Au premier décès, le conjoint survivant se retrouve plein propriétaire de la moitié des parts (celles dont il avait déjà la nue-propriété) et conserve l’usufruit de l’autre moitié.

L’avantage est double :

  • Le conjoint survivant conserve 100 % des revenus locatifs
  • Les enfants n’héritent de la pleine propriété qu’au second décès, dans des conditions fiscales optimisées

Cette technique nécessite une rédaction statutaire précise. C’est exactement le type de montage que je mets en place pour mes clients dans le cadre de la création de leur SCI familiale.


Fiscalité du démembrement de parts de SCI

SCI à l’IR (régime par défaut)

L’usufruitier est imposé sur les revenus fonciers de la SCI à hauteur de sa quote-part de parts démembrées. Les charges déductibles (intérêts d’emprunt, travaux) suivent le même prorata. En cas de déficit foncier, il est imputable sur le revenu global de l’usufruitier dans la limite de 10 700 euros par an (article 156 du CGI).

SCI à l’IS

La situation est plus complexe. Les dividendes distribués par une SCI à l’IS reviennent à l’usufruitier. Ils sont imposés au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (flat tax) ou, sur option, au barème progressif de l’IR après abattement de 40 %.

Le nu-propriétaire n’est pas imposé sur les dividendes, mais il supporte sa quote-part de l’impôt sur les sociétés payé par la SCI (puisque le bénéfice non distribué augmente la valeur de ses parts).

Depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 27 mai 2015 (n°14-16.246), la mise en réserve des bénéfices dans une SCI à l’IS constitue un quasi-usufruit au profit de l’usufruitier. En clair, si les bénéfices ne sont pas distribués, l’usufruitier dispose d’une créance de restitution contre la société. Les statuts doivent prévoir cette situation pour éviter les conflits.


Les pièges à éviter dans le démembrement de SCI

Mon expérience m’a montré que les erreurs les plus fréquentes sont les suivantes :

Négliger les statuts. Des statuts standards ne prévoient généralement rien sur le démembrement. Or, la répartition des droits de vote, les conditions de cession des parts démembrées et les règles de mise en réserve doivent être anticipées. Je rédige systématiquement des clauses spécifiques pour chaque situation.

Oublier la clause bénéficiaire en cas de décès. Si un associé détient des parts en pleine propriété et souhaite que l’usufruit aille au conjoint et la nue-propriété aux enfants au décès, il faut le prévoir dans le testament ou la donation entre époux, pas dans les statuts de la SCI.

Confondre démembrement de parts et démembrement d’immeuble. Quand la SCI elle-même achète un bien en nue-propriété ou en usufruit, les règles sont totalement différentes. Le démembrement porte alors sur l’actif immobilier, pas sur les parts sociales.

Sous-estimer l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière). L’usufruitier de parts de SCI déclare la valeur en pleine propriété des parts à l’IFI, pas seulement la valeur de l’usufruit (article 968 du CGI). C’est un point que beaucoup de mes clients découvrent tardivement.

Chez Jurixa, je prends en charge la rédaction complète des statuts de SCI intégrant les clauses de démembrement adaptées à votre stratégie patrimoniale, à partir de 500 euros. Chaque dossier est analysé individuellement pour garantir une protection optimale.


Tableau récapitulatif : barème fiscal de l’article 669

Pour mémoire, voici le barème complet qui détermine la valeur fiscale de l’usufruit et de la nue-propriété en fonction de l’âge de l’usufruitier :

Age de l’usufruitierValeur usufruitValeur nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
21 à 30 ans80 %20 %
31 à 40 ans70 %30 %
41 à 50 ans60 %40 %
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Plus la donation est faite tôt, plus la valeur de la nue-propriété est faible, et donc moins les droits de donation sont élevés. C’est pourquoi je conseille à mes clients de ne pas attendre pour mettre en place le démembrement.


Questions fréquentes

L’usufruitier peut-il vendre les parts de SCI sans l’accord du nu-propriétaire ?

Non. La cession de parts démembrées nécessite l’accord conjoint de l’usufruitier et du nu-propriétaire, puisque la pleine propriété ne peut être reconstituée qu’avec le consentement des deux. En revanche, l’usufruitier peut céder son seul usufruit (et le nu-propriétaire sa seule nue-propriété), sous réserve de la clause d’agrément des statuts.

Que se passe-t-il si la SCI vend son immeuble alors que les parts sont démembrées ?

Le prix de vente revient à la SCI (qui est pleine propriétaire de l’immeuble). Si le prix est distribué aux associés, la répartition entre usufruitier et nu-propriétaire dépend des statuts. En l’absence de clause, la jurisprudence considère que le prix de vente est un capital qui revient au nu-propriétaire, l’usufruitier conservant un quasi-usufruit (c’est-à-dire un droit d’usage du capital avec obligation de restitution).

Le démembrement de parts de SCI est-il compatible avec un emprunt bancaire ?

Oui, mais les banques sont souvent réticentes. Le démembrement complexifie la prise de garantie (qui signe l’hypothèque ? qui rembourse ?). En pratique, la banque exige généralement que tous les associés, usufruitiers et nus-propriétaires, se portent caution solidaire du prêt. Je recommande de mettre en place le démembrement après le remboursement de l’emprunt, ou de négocier les conditions avec la banque en amont.

Le démembrement croisé est-il possible dans une SCI avec des enfants associés ?

Oui, et c’est même une configuration fréquente. Les parents se consentent mutuellement un usufruit croisé sur leurs parts respectives, tandis que les enfants détiennent leurs propres parts en pleine propriété. Au premier décès, le conjoint survivant cumule l’usufruit sur les parts du défunt avec la pleine propriété de ses propres parts, ce qui lui assure le contrôle de la SCI et la totalité des revenus.

Quel est le coût d’un démembrement de parts de SCI ?

Le coût dépend de la méthode choisie. Une donation-partage de nue-propriété devant notaire coûte entre 2 000 et 5 000 euros d’honoraires notariaux, plus les droits de donation (souvent nuls grâce aux abattements de 100 000 euros par parent et par enfant). La rédaction de statuts intégrant les clauses de démembrement est incluse dans mon accompagnement de création de SCI, à partir de 500 euros.

Cet article vous a été utile ?

Aidez-nous à nous faire connaître en le partageant à votre communauté 🙏

LinkedInXFacebook
Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

Contenu vérifié en avril 2026 Legifrance Service-public.fr Infogreffe

Besoin d'un accompagnement expert ?

Échangez gratuitement avec Sandrine pour votre projet d'entreprise.