On peut créer une micro-entreprise d’auxiliaire de vie en 2026, mais pas pour tout faire : l’aide au lever, à la toilette, à l’habillage ou aux repas d’une personne âgée ou handicapée, quand vous intervenez comme prestataire, exige une autorisation du conseil départemental, délivrée uniquement sur appel à projets depuis 2023. Avec une simple déclaration sur NOVA, vous pouvez en revanche proposer le ménage, les repas, les courses ou l’assistance administrative, sous le plafond de 83 600 € de chiffre d’affaires et avec 50 % de crédit d’impôt pour vos clients. Dans mon accompagnement, je reçois régulièrement des aides-soignantes ou des assistantes de vie en reconversion qui ont déjà leurs premiers clients et qui découvrent cette frontière au moment de s’immatriculer. Mieux vaut la connaître avant. Je vous explique ici ce qu’une auxiliaire de vie indépendante peut proposer, ce qu’elle ne peut pas proposer seule, et les solutions qui restent ouvertes.
- L’assistance dans les actes quotidiens des personnes âgées, handicapées ou malades chroniques, en mode prestataire, relève de l’autorisation du conseil départemental, valable 15 ans mais accordée sur appel à projets.
- Le ménage, la préparation des repas, les courses et l’assistance administrative à domicile restent ouverts avec une déclaration facultative sur NOVA, y compris chez une personne âgée.
- La déclaration est la condition du crédit d’impôt de 50 % pour vos clients.
- En micro-entreprise : plafond 83 600 € et environ 21,2 % de cotisations sur le chiffre d’affaires encaissé.
- Pour l’aide aux gestes essentiels, l’emploi direct par la famille (CESU) ou une structure autorisée sont souvent les voies réalistes.
Auxiliaire de vie et micro-entreprise : la vraie question n’est pas le statut
Sur le papier, rien n’empêche une auxiliaire de vie de s’inscrire en micro-entreprise. Le problème est ailleurs : votre métier fait partie des services à la personne, un secteur où l’administration contrôle qui intervient auprès des publics fragiles.
L’article L7231-1 du Code du travail définit ces services en trois familles : la garde d’enfants, l’assistance aux personnes âgées, handicapées ou ayant besoin d’une aide personnelle à domicile, et les tâches ménagères ou familiales. Votre activité d’auxiliaire de vie se situe en plein dans la deuxième famille.
Or le niveau d’exigence dépend de deux choses :
- Le public aidé : une personne âgée, handicapée ou atteinte d’une pathologie chronique n’est pas un client comme les autres.
- Le mode d’intervention : en micro-entreprise, vous êtes prestataire, c’est-à-dire que vous vendez vous-même la prestation et vous la facturez au client.
Autrement dit, le statut ne décide pas de ce que vous avez le droit de faire : c’est la nature de chaque tâche.
Déclaration, agrément, autorisation : trois régimes à ne pas confondre
C’est le point qui crée le plus de confusion. Beaucoup de créatrices me parlent « d’agrément SAP » pour tout, alors qu’il existe trois démarches différentes.
La déclaration est facultative. Elle se fait sur le téléservice NOVA et elle ouvre à vos clients les avantages fiscaux (dont le crédit d’impôt). Elle concerne les 26 activités de services à la personne.
L’agrément est délivré par l’État. Selon l’article L7232-1 du Code du travail et la liste de l’article D7231-1, il vise la garde des jeunes enfants et, pour les personnes âgées ou handicapées, les interventions en mode mandataire ou par mise à disposition. Il est valable cinq ans.
L’autorisation est délivrée par le président du conseil départemental. C’est elle qui concerne l’auxiliaire de vie prestataire. Le site officiel des services à la personne l’exige, en mode prestataire, pour trois activités :
- l’assistance dans les actes quotidiens de la vie ou l’aide à l’insertion sociale des personnes âgées, handicapées ou atteintes de pathologies chroniques ;
- la conduite de leur véhicule personnel ;
- leur accompagnement dans les déplacements hors du domicile.
Auxiliaire de vie indépendante : quelle démarche pour quelle tâche ?
| Tâche proposée chez une personne âgée ou handicapée | Démarche exigée en micro-entreprise | Crédit d’impôt possible pour le client |
|---|---|---|
| Ménage, repassage, entretien du logement | Aucune, déclaration NOVA facultative | Oui, si vous êtes déclarée |
| Préparation des repas, livraison de courses | Aucune, déclaration NOVA facultative | Oui, si vous êtes déclarée |
| Assistance administrative à domicile | Aucune, déclaration NOVA facultative | Oui, si vous êtes déclarée |
| Aide au lever, à la toilette, à l’habillage, à l’alimentation | Autorisation du conseil départemental | Oui, avec autorisation et déclaration |
| Accompagnement en promenade ou aux rendez-vous | Autorisation du conseil départemental | Oui, dans une offre incluant une activité à domicile |
| Distribution de médicaments, pansements, soins | Interdit : actes de soins réservés aux professionnels de santé | Non |
L’autorisation du département : pourquoi elle est rarement à la portée d’une indépendante
Sur le plan des textes, l’auxiliaire de vie prestataire qui aide une personne âgée dans ses gestes essentiels exerce une activité relevant des services sociaux et médico-sociaux. L’article L312-1 du Code de l’action sociale et des familles vise en effet les services qui apportent à domicile aux personnes âgées ou handicapées « une assistance dans les actes quotidiens de la vie ». Ces services, appelés aujourd’hui services autonomie à domicile par l’article L313-1-3 du même code, doivent être autorisés.
Jusqu’en 2022, on pouvait déposer un dossier d’autorisation au fil de l’eau. Ce n’est plus le cas. Depuis le 1er janvier 2023, comme le précise servicesalapersonne.gouv.fr, les départements ne délivrent plus d’autorisation sur dossier, mais uniquement via des appels à projets. L’article L313-1-1 du CASF organise cette procédure. Une fois obtenue, l’autorisation vaut quinze ans (article L313-1).
Concrètement, le département lance un appel à projets quand un territoire manque de services, avec un cahier des charges et une zone. Les candidats présentent un projet de service complet (organisation, continuité, encadrement, budget). C’est pensé pour une structure, pas pour une personne seule qui démarre avec trois clients.
Ce montant figure à l’article L313-22 du CASF. Je ne le cite pas pour faire peur, mais parce que je vois trop de projets démarrer sur un malentendu : « je suis déclarée sur NOVA, donc je peux tout faire ». Non. La déclaration ne remplace jamais l’autorisation.
Aucune auxiliaire de vie indépendante ne peut réaliser d’actes de soins. L’article D7231-1 du Code du travail exclut expressément les « actes de soins relevant d’actes médicaux ». Donner un traitement, refaire un pansement ou pratiquer une injection relève des infirmiers et des aides-soignants intervenant dans un cadre de soins. Même si la famille vous le demande gentiment, refusez et notez-le.
Ce que vous pouvez proposer avec une simple déclaration
La bonne nouvelle, c’est qu’il reste un vrai champ d’activité. L’article D7231-1 du Code du travail liste les activités soumises à simple déclaration facultative. Parmi celles qui intéressent une auxiliaire de vie :
- l’entretien de la maison et les travaux ménagers ;
- la préparation de repas à domicile, y compris le temps passé aux courses ;
- la livraison de courses et la collecte du linge repassé ;
- l’assistance administrative à domicile ;
- l’assistance aux personnes qui ont besoin temporairement d’une aide personnelle, hors soins (par exemple après une opération ou un accident).
Ces prestations restent possibles chez une personne âgée. La fiche officielle d’Entreprendre Service Public prend d’ailleurs l’exemple du ménage chez des personnes âgées comme une activité de services à la personne classique.
Attention à la frontière, qui est fine. Selon le site officiel des services à la personne, l’assistance aux personnes âgées soumise à autorisation recouvre aussi les « visites de convivialité » destinées à détecter des signes inhabituels. Si votre prestation ressemble à une présence de veille auprès d’une personne dépendante, vous sortez du ménage pour entrer dans l’assistance.
Une cliente, ancienne assistante de vie aux familles salariée d’une association, voulait facturer « aide à domicile, toilette comprise » à quatre familles de son village. Nous avons réécrit son offre ensemble : entretien du logement, repas, courses et démarches administratives en micro-entreprise d’un côté, et pour les deux personnes qui avaient besoin d’aide à la toilette, un emploi direct par les familles via le CESU. Elle travaille autant, mais dans les règles.
Les autres voies pour exercer l’aide aux gestes essentiels
Si votre cœur de métier est justement l’aide au lever, à la toilette ou aux repas, trois voies existent.
L’emploi direct par le particulier. La personne âgée ou sa famille devient votre employeur et vous déclare via le CESU. Vous êtes salariée, avec un contrat de travail, et la famille garde le bénéfice du crédit d’impôt sur les sommes versées. C’est la voie la plus simple, et elle se combine avec une micro-entreprise pour vos autres prestations. J’ai détaillé les règles de ce cumul dans mon article sur le cumul micro-entreprise et salariat.
Le salariat dans une structure autorisée. Un service autonomie à domicile déjà autorisé vous emploie et vous envoie chez ses bénéficiaires. Méfiez-vous des propositions de « sous-traitance » en micro-entreprise pour ces mêmes missions : si la structure fixe vos plannings, vos clients et vos tarifs, l’article L8221-6 du Code du travail permet de requalifier la relation en contrat de travail.
Le projet de service autorisé. Si vous visez à terme une vraie structure (plusieurs intervenantes, une zone couverte, un encadrement), il faut répondre aux appels à projets de votre département. C’est un projet d’entreprise à part entière, qui passe en général par une société.
Avant de vous lancer, écrivez noir sur blanc la liste de vos prestations, tâche par tâche, et classez chacune dans le tableau ci-dessus. C’est l’exercice que je fais systématiquement en rendez-vous. Il prend vingt minutes et il évite la plupart des mauvaises surprises.
Plafond, cotisations, TVA : les chiffres 2026
Côté fiscal, l’aide à domicile relève en général des prestations de services commerciales (BIC). L’article 50-0 du CGI fixe le plafond de la micro-entreprise à 83 600 € de chiffre d’affaires pour ces activités. Un dépassement isolé ne vous fait pas sortir du régime : la micro ne cesse qu’après deux années civiles consécutives au-dessus du seuil.
Vos cotisations sociales se calculent sur ce que vous encaissez, au taux de 21,2 % pour les prestations de services commerciales. Si vous créez à compter du 1er juillet 2026 avec l’ACRE, le taux réduit est de 15,9 % jusqu’à la fin du troisième trimestre civil suivant votre inscription, selon le guide de la protection sociale des indépendants de l’Urssaf. Les conditions d’accès ont été resserrées : je les détaille dans mon article sur les nouvelles restrictions de l’ACRE.
Pour la TVA, vous restez en franchise tant que vos prestations ne dépassent pas 37 500 € sur l’année précédente et 41 250 € sur l’année en cours, selon Entreprendre Service Public. Vos clients étant des particuliers, la franchise est un vrai avantage. Le détail est dans mon guide sur la TVA en micro-entreprise.
Un exemple. Une auxiliaire de vie indépendante facture 25 € de l’heure pour du ménage, des repas et des courses, à raison de 20 heures par semaine sur 46 semaines, soit 23 000 € de chiffre d’affaires. Ses cotisations tournent autour de 4 876 €. Elle est imposée sur 11 500 € après l’abattement forfaitaire de 50 %. Ses frais réels (carburant, assurance, téléphone) restent largement en dessous de cet abattement : la micro est ici le bon outil.
Crédit d’impôt : votre argument commercial, à une condition
Vos clients peuvent déduire 50 % de ce qu’ils vous paient, grâce à l’article 199 sexdecies du CGI. Les dépenses retenues sont plafonnées à 12 000 € par an, avec des majorations (1 500 € par enfant à charge ou par membre du foyer de plus de 65 ans, dans la limite de 15 000 €). Le plafond monte à 20 000 € pour certaines personnes invalides.
Mais ce crédit n’existe que si vous êtes déclarée sur NOVA. Sans déclaration, ni l’agrément ni l’autorisation n’ouvrent d’avantage fiscal. Et la déclaration impose une condition d’activité exclusive : en principe, vous ne faites que des services à la personne.
Depuis 2025, la loi assouplit cette règle pour les micro-entrepreneurs. L’article L7232-1-2 du Code du travail permet de garder une activité accessoire hors services à la personne, si elle ne dépasse pas 30 % du chiffre d’affaires de l’année précédente, avec une comptabilité séparée. Pour une vue complète de NOVA, du crédit d’impôt et de l’avance immédiate, lisez mon guide sur la micro-entreprise de services à la personne.
Assurance et organisation : les précautions que je recommande
Vous travaillez chez des personnes vulnérables, avec leurs clés, parfois leur carte bancaire pour les courses. Une responsabilité civile professionnelle qui mentionne expressément l’aide à domicile est indispensable, la RC habitation excluant presque toujours l’activité professionnelle. J’ai détaillé les critères de choix dans mon article sur l’assurance RC Pro à la création.
Deux habitudes vous protégeront aussi :
- un devis écrit par client, qui décrit tâche par tâche ce que vous faites (et donc ce que vous ne faites pas) ;
- un cahier de liaison chez la personne, où vous notez vos passages, les courses réglées et ce qui vous a été demandé hors de votre périmètre.
Micro-entreprise ou société : comment choisir
Pour démarrer seule, avec des prestations de ménage, repas, courses et démarches, la micro-entreprise est presque toujours adaptée. Elle se crée vite et se cumule avec un emploi salarié chez des particuliers. Dans mon accompagnement à la création d’une micro-entreprise, je vérifie avec vous l’intitulé d’activité, pour qu’il ne décrive pas une activité soumise à autorisation que vous n’avez pas.
La société devient pertinente si vous voulez embaucher des intervenantes, vous associer, ou préparer une candidature à un appel à projets du département. L’EURL est souvent la forme la plus simple pour une créatrice seule : charges réelles déductibles, option possible pour l’impôt sur les sociétés à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice. Chez Jurixa, je rédige des statuts sur-mesure avec un objet social pensé pour votre projet réel, pas un modèle générique. Le comparatif complet est dans mon article auto-entrepreneur ou société.
Combien coûte le lancement d'une activité d'aide à domicile en 2026 ?
| Prestation | Plateforme automatisée | Jurixa | Expert-comptable ou avocat |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | 49 à 99 € | 90 € | 200 à 500 € |
| EURL ou SASU | 99 à 199 € + frais | 550 € + frais légaux (~200 €) | 1 000 à 2 500 € |
Une plateforme remplit le formulaire, mais elle ne vous dira pas que « aide à domicile, toilette comprise » vous place hors de la déclaration simple. Chez Jurixa, j’accompagne chaque créatrice personnellement, du choix du périmètre jusqu’à l’immatriculation.
Questions fréquentes
Peut-on être auxiliaire de vie en auto-entrepreneur ?
Oui, pour une partie du métier. En micro-entreprise, vous intervenez comme prestataire. L’entretien du logement, la préparation des repas, les courses et l’assistance administrative sont ouverts avec une simple déclaration facultative. L’aide aux gestes essentiels d’une personne âgée ou handicapée (lever, toilette, habillage) relève en revanche de l’autorisation du conseil départemental.
Faut-il un agrément pour être aide à domicile indépendante ?
Pas un agrément, mais une autorisation pour l’assistance des personnes âgées ou handicapées en mode prestataire. L’agrément de l’État concerne surtout la garde d’enfants de moins de 3 ans et les interventions en mode mandataire. Depuis 2023, l’autorisation départementale ne s’obtient plus sur dossier, seulement en répondant à un appel à projets.
Que se passe-t-il si j’aide à la toilette sans autorisation ?
Vous exercez une activité soumise à autorisation sans l’avoir obtenue. Le Code de l’action sociale et des familles prévoit jusqu’à trois mois d’emprisonnement et 3 750 € d’amende pour la création d’un service relevant de ce régime sans autorisation. Le risque est réel : en cas de contrôle ou de litige avec une famille, c’est vous qui portez la responsabilité.
Mes clients peuvent-ils payer en CESU ?
Le CESU préfinancé (titres remis par un employeur, une caisse de retraite ou un département) peut payer les prestations d’un organisme déclaré, à condition que vous soyez affiliée au centre de remboursement des CESU (CRCESU), comme le rappelle le ministère du Travail. Le CESU déclaratif, lui, sert à l’emploi direct : la famille devient alors votre employeur, et vous n’êtes plus en micro-entreprise pour ces heures-là.
Combien gagne une auxiliaire de vie auto-entrepreneur ?
Il n’existe pas de chiffre officiel. Partez de votre chiffre d’affaires prévisionnel (taux horaire multiplié par vos heures réellement facturées), retirez environ 21,2 % de cotisations, l’impôt et vos frais de déplacement. Les temps de trajet entre deux domiciles ne sont pas facturés : c’est souvent eux qui font la différence.
Mon conseil pour bien démarrer
Avant de choisir un statut, définissez votre périmètre. Si votre offre repose sur l’entretien du logement, les repas et l’accompagnement administratif, la micro-entreprise déclarée sur NOVA fait parfaitement l’affaire. Si votre vocation est l’aide aux gestes essentiels, organisez-la par l’emploi direct ou une structure autorisée, et gardez la micro pour le reste. Et si vous rêvez de monter votre propre service, on construit ensemble un vrai projet d’entreprise, au bon moment.