Passer de la micro-entreprise à l’EURL implique de fermer votre micro-entreprise via le guichet unique INPI, de constituer une nouvelle société (statuts, capital, annonce légale, immatriculation) et de transférer votre activité par apport ou cession de fonds de commerce. Le tout prend en général deux à quatre semaines. Mais la vraie question n’est pas comment faire, c’est quand et pourquoi.
Dans mon accompagnement, je reçois chaque mois des micro-entrepreneurs qui ont attendu trop longtemps et se retrouvent coincés : dépassement des seuils sur deux ans consécutifs, charges impossibles à déduire, banquier qui bloque un financement parce que la structure ne rassure pas. La semaine dernière encore, un consultant en informatique me contactait avec 82 000 € de chiffre d’affaires, il était déjà hors limites du régime micro pour les services. Voici tout ce qu’il faut savoir pour anticiper la transition, comprendre ses conséquences fiscales et sociales, et la réussir.
- Les plafonds 2026 sont 83 600 € pour les services (BIC/BNC) et 203 100 € pour la vente, au-delà de deux années consécutives, la sortie du régime micro est obligatoire
- La procédure comporte 4 étapes : radiation micro (guichet unique INPI) + création EURL (statuts + capital + annonce légale + immatriculation) + transfert d’activité (apport ou cession de fonds) + déclarations fiscales finales
- En EURL, vous passez du régime micro-social (cotisations sur CA) au régime TNS (travailleur non salarié) : cotisations calculées sur votre bénéfice réel ou votre rémunération, environ 40 à 45 %
- L’EURL est imposée à l’IR par défaut ; vous pouvez opter pour l’IS (15 % jusqu’à 42 500 €, puis 25 %), ce qui change radicalement la stratégie de rémunération
- Si vous avez déjà bénéficié de l’ACRE pour votre micro-entreprise, vous ne pouvez pas la cumuler pour l’EURL avant trois ans
Quand passer en EURL : les 4 signaux à surveiller
Le régime micro-entrepreneur est pratique au démarrage. Simple, rapide, pas de comptabilité complète. Mais il a des limites qui se font sentir dès que votre activité prend de l’ampleur.
Le dépassement des plafonds de chiffre d’affaires
C’est le signal le plus fréquent. En 2026, les seuils ont été revalorisés par l’URSSAF (autoentrepreneur.urssaf.fr) :
- 83 600 € pour les prestations de services (BIC ou BNC), professions libérales incluses
- 203 100 € pour les activités de vente de marchandises, restauration et hébergement
La règle est claire : si vous dépassez ces seuils deux années consécutives, vous sortez automatiquement du régime micro au 1er janvier de l’année suivante. Un dépassement isolé sur un seul exercice ? Vous restez micro l’année d’après mais payez la TVA si vous avez aussi dépassé les seuils de franchise. Deux ans d’affilée ? Plus le choix.
Le dépassement des seuils ne signifie pas que votre micro-entreprise est “transformée” automatiquement en société. Vous basculez sur le régime réel d’imposition en entreprise individuelle, ce n’est pas la même chose qu’une EURL. Si vous voulez une personne morale distincte avec responsabilité limitée, vous devez créer l’EURL manuellement. Rien n’est automatique.
Les charges que vous ne pouvez pas déduire
En micro-entreprise, l’impôt et les cotisations se calculent sur votre chiffre d’affaires brut, après application d’un abattement forfaitaire (71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les BNC). Concrètement, si votre activité génère de vraies charges, matériel, sous-traitance, déplacements, logiciels, vous ne les déduisez pas pour de vrai. Vous payez des cotisations sur un CA qui ne reflète pas votre bénéfice réel.
Dès que vos charges dépassent l’abattement forfaitaire, le passage au régime réel (et donc à l’EURL) devient financièrement intéressant. C’est typiquement le cas des artisans, des consultants qui sous-traitent ou des commerçants avec des achats importants.
La crédibilité vis-à-vis des clients et des banques
Certains grands comptes hésitent à contracter avec un auto-entrepreneur. Et les banques regardent différemment un gérant d’EURL qui présente un bilan, même simple. Dans mon accompagnement, plusieurs clients m’ont confié avoir perdu des marchés importants à cause de leur statut, des clients qui exigeaient de travailler avec une “société”. L’EURL règle ce problème.
La protection du patrimoine personnel
En micro-entreprise, vous êtes entrepreneur individuel. Depuis la réforme de 2022, votre patrimoine personnel est protégé par défaut, mais certaines dettes professionnelles peuvent toujours avoir des conséquences. En EURL, vous bénéficiez d’une véritable séparation entre patrimoine personnel et professionnel, la responsabilité de l’associé unique étant limitée à ses apports. C’est une vraie différence en cas de coup dur.
Ce que change concrètement le passage en EURL
Avant de détailler la procédure, prenons le temps de comprendre ce vers quoi vous allez. Parce que l’EURL, ça ne ressemble pas du tout à la micro-entreprise sur le plan fiscal et social.
Le régime social : du micro-social au TNS réel
En micro-entreprise, vos cotisations sociales représentent un pourcentage fixe de votre chiffre d’affaires (12,3 % pour la vente, 21,2 % pour les services BIC, 25,6 % pour les BNC en 2026). Simple, prévisible, proportionnel à ce que vous encaissez.
En EURL, vous devenez gérant associé unique et vous relevez du régime des travailleurs non salariés (TNS). Vos cotisations sociales se calculent non plus sur votre CA mais sur votre bénéfice réel, ou sur votre rémunération si vous optez pour l’IS. Le taux global tourne autour de 40 à 45 % de votre rémunération nette.
Il existe des cotisations minimales en EURL même si vous ne vous versez aucune rémunération : environ 1 100 € par an, qui vous ouvrent des droits minimaux à la retraite et à la santé. C’est un point que j’explique systématiquement à mes clients avant la transition, c’est préférable de le savoir avant plutôt qu’après la première déclaration.
La fiscalité : IR par défaut, IS en option
Une EURL dont l’associé unique est une personne physique est imposée à l’impôt sur le revenu (IR) par défaut. Vos bénéfices sont intégrés directement à votre déclaration personnelle, comme en entreprise individuelle au réel.
Mais vous pouvez opter pour l’impôt sur les sociétés (IS) en notifiant le service des impôts des entreprises avant la fin du troisième mois de l’exercice. Cette option est prévue aux articles 206 alinéa 3 et 239 du Code général des impôts. Elle est révocable pendant cinq ans, puis devient définitive.
Pourquoi opter pour l’IS ? Si votre bénéfice est élevé et que vous n’avez pas besoin de tout vous distribuer, l’IS est généralement plus avantageux :
EURL à l'IR vs EURL à l'IS : quelle fiscalité choisir ?
| Critère | EURL à l’IR | EURL à l’IS |
|---|---|---|
| Imposition des bénéfices | Tranche marginale de l’IR (jusqu’à 45 %) | 15 % jusqu’à 42 500 €, puis 25 % |
| Rémunération du gérant | Non déductible du résultat | Déductible du résultat imposable |
| Dividendes | Soumis aux cotisations TNS si > 10 % du capital | Soumis aux cotisations TNS si > 10 % du capital |
| Bénéfices laissés en société | Imposés à l’IR même non distribués | Imposés à l’IS uniquement si distribués |
| Complexité comptable | Modérée | Plus élevée (bilan, liasse fiscale) |
L’option IS pour une EURL (article 239 du CGI) doit être notifiée par courrier recommandé au service des impôts des entreprises (SIE) avant la fin du 3e mois de l’exercice. Elle doit mentionner la dénomination, le capital, le siège, le numéro d’immatriculation et l’identité de l’associé unique. Source : impots.gouv.fr et entreprendre.service-public.gouv.fr.
L’ACRE : attention, pas de second passage
Si vous avez bénéficié de l’ACRE lors de la création de votre micro-entreprise, vous ne pouvez pas en bénéficier à nouveau pour la création de votre EURL dans les trois ans. La règle de non-cumul est stricte : selon service-public.fr, vous ne pouvez pas bénéficier de l’ACRE si vous en avez déjà bénéficié au cours des 3 années précédentes. Et si votre EURL est une simple continuation de l’activité micro sous une autre forme, l’URSSAF peut refuser l’exonération même si le délai est respecté.
Autre point à noter pour 2026 : à compter du 1er juillet 2026, le taux minoré de l’ACRE passe de 50 % à 75 % des cotisations normales, ce qui réduit l’exonération réelle à 25 % pour les nouvelles créations.
La procédure en 4 étapes
On ne peut pas transformer une micro-entreprise en EURL directement. Ce sont deux structures distinctes. Il faut donc mener les deux opérations en parallèle, dans le bon ordre.
Étape 1 : Créer l’EURL en premier
C’est le premier réflexe que j’ai quand j’accompagne un client dans cette transition : on crée l’EURL avant de radier la micro. Pourquoi ? Parce que la radiation intervient à une date précise, et vous voulez que votre EURL soit opérationnelle dès ce jour.
La création d’une EURL comprend :
- La rédaction des statuts (mention des règles de fonctionnement, du montant du capital, de l’option fiscale si vous optez pour l’IS dès la création)
- Le dépôt du capital social sur un compte bloqué (minimum légal : 1 €, mais je conseille au moins 1 000 € pour la crédibilité bancaire)
- La publication d’un avis de constitution dans un journal d’annonces légales habilité
- Le dépôt du dossier d’immatriculation sur le guichet unique INPI (formalites.entreprises.gouv.fr)
Délai habituel : 1 à 3 semaines selon le greffe. Votre EURL reçoit un numéro SIRET distinct de celui de votre micro-entreprise.
Chez Jurixa, je prends en charge la rédaction des statuts et le montage complet du dossier d’immatriculation, à partir de 500 € (+ frais légaux : annonce légale environ 150-190 € selon le département et frais de greffe environ 70 €). Aucun modèle générique, les statuts sont rédigés selon votre situation : activité, régime fiscal envisagé, éventuels futurs associés.
Étape 2 : Radier la micro-entreprise
Une fois l’EURL créée (ou en cours de finalisation), vous pouvez déclarer la cessation d’activité de votre micro-entreprise. La démarche s’effectue exclusivement via le guichet unique INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). C’est gratuit et sans délai particulier.
Vous devrez ensuite établir :
- Une déclaration de résultats finale pour l’année en cours (au prorata de la période d’activité)
- Le paiement des cotisations URSSAF sur le chiffre d’affaires réalisé jusqu’à la date de radiation
- La déclaration de TVA si vous y étiez assujetti
N’oubliez pas de déclarer votre cessation à l’URSSAF en parallèle, le guichet unique transmet l’information mais des délais de traitement peuvent créer des décalages. Vérifiez que votre espace autoentrepreneur sur autoentrepreneur.urssaf.fr affiche bien votre cessation.
Étape 3 : Transférer votre activité à l’EURL
C’est l’étape la plus variable selon votre situation. Deux options principales :
L’apport du fonds de commerce à l’EURL : vous apportez vos éléments d’actif (clientèle, matériel, contrats, nom commercial) à la nouvelle société en contrepartie de parts sociales. Fiscalement, cet apport est exonéré sous conditions si vous respectez les délais légaux. Mais attention : si votre fonds de commerce a une valeur significative, un commissaire aux apports peut être nécessaire.
La cession du fonds de commerce : vous vendez vos actifs professionnels à votre EURL. Plus simple à mettre en œuvre quand le fonds a peu de valeur, mais cela génère une plus-value taxable à l’IR.
Dans mon accompagnement, la solution la plus courante pour les micro-entrepreneurs qui passent en EURL est l’apport en nature du fonds, qui permet de préserver la continuité de l’activité sans imposition immédiate importante.
Étape 4 : Informer vos clients et partenaires
Votre EURL a un nouveau numéro SIRET, un nouveau RIB si vous ouvrez un compte professionnel distinct, et potentiellement un nouveau nom commercial. Pensez à :
- Mettre à jour vos factures et devis
- Informer vos clients du changement de structure (et de RIB si besoin)
- Mettre à jour vos contrats en cours
- Signaler le changement à votre mutuelle et à votre assurance RC professionnelle
Le coût réel de la transition
Parlons concrètement des chiffres. Beaucoup d’entrepreneurs pensent que la transition est gratuite. Elle ne l’est pas tout à fait.
Combien coûte le passage micro-entreprise → EURL en 2026 ?
| Poste de coût | Montant indicatif |
|---|---|
| Annonce légale constitution EURL | 150-190 € selon département |
| Frais de greffe / INPI (immatriculation) | 66-75 € |
| Rédaction des statuts (plateforme automatisée) | 99-199 € |
| Rédaction des statuts (Jurixa, sur-mesure) | à partir de 550 € |
| Rédaction des statuts (expert-comptable / avocat) | 1 000-2 500 € |
| Radiation micro-entreprise | Gratuit (guichet unique) |
| Apport de fonds de commerce (si commissaire aux apports) | 500-1 500 € |
Sur le fond, les frais légaux incompressibles (annonce + greffe) tournent autour de 220-265 €. Ce à quoi s’ajoute le coût de rédaction des statuts. Une plateforme automatisée vous proposera un modèle type pour moins de 200 €, mais sans analyse de votre situation, sans choix fiscal expliqué, sans adaptation aux spécificités de votre activité. J’ai accompagné des clients qui avaient créé leur EURL via une LegalTech et découvert deux ans plus tard que l’option fiscale choisie par défaut n’était pas adaptée, ou que les statuts ne prévoyaient pas la possibilité d’accueillir un second associé.
L’accompagnement que je propose chez Jurixa, rédaction des statuts sur-mesure, vérification du régime fiscal, montage du dossier complet, à partir de 500 €, se situe entre les plateformes automatisées et les honoraires d’un expert-comptable ou d’un notaire (1 000 à 2 500 €). Mais c’est surtout le bon niveau de personnalisation pour 90 % des projets.
Micro-entreprise versus EURL : ce qui change vraiment au quotidien
La transition ne s’arrête pas à la procédure administrative. Votre quotidien change.
En micro-entreprise, votre comptabilité se résumait à un livre de recettes. En EURL, vous devez tenir une comptabilité complète : livre des achats, livre des ventes, rapprochements bancaires, et chaque année, dépôt des comptes annuels au greffe (bilan, compte de résultat, annexe). Ce n’est pas insurmontable, mais c’est un coût annuel à prévoir, un expert-comptable pour une EURL coûte généralement entre 1 200 et 2 500 € par an selon le volume de transactions.
Si vous souhaitez d’abord comprendre la définition de l’EURL avant de vous décider, j’ai rédigé un guide complet sur ce statut. Si vous avez exercé en entreprise individuelle et que vous vous demandez si l’EIRL aurait pu vous convenir, mon guide EIRL ou EURL explique pourquoi ce statut n’existe plus pour les nouvelles créations et pourquoi l’EURL est aujourd’hui la seule alternative à responsabilité limitée pour un entrepreneur seul. Et sur le passage en EURL plutôt qu’en SASU, la différence principale tient au régime social du dirigeant : en EURL, vous êtes TNS (cotisations moins élevées, environ 40-45 %), mais votre couverture retraite est moins confortable qu’en SASU (assimilé salarié). Si vous envisagez de vous verser un salaire élevé ou de lever des fonds, la SASU peut être plus adaptée. Si vous cherchez à maximiser votre revenu net disponible à court terme, l’EURL est souvent plus efficace.
Pour aller plus loin sur ce choix, lisez EURL ou micro-entreprise : comparatif complet et EURL à l’IS ou à l’IR : quelle option choisir ?.
Questions fréquentes
Puis-je cumuler micro-entreprise et EURL le temps de la transition ?
Techniquement, vous pouvez avoir les deux statuts simultanément pendant une courte période, le temps que l’EURL soit immatriculée avant la radiation de la micro. Mais il ne s’agit pas de deux activités parallèles dans la durée, vous ne pouvez pas exercer la même activité sous les deux formes indéfiniment. L’URSSAF et le greffe seraient attentifs à toute situation de chevauchement prolongé.
Que deviennent mes contrats clients en cours lors du passage en EURL ?
Vos contrats ont été signés avec vous en tant que personne physique (micro-entrepreneur). L’EURL est une personne morale distincte, elle ne reprend pas automatiquement vos contrats. Il faut soit un avenant de substitution de contractant, soit une cession de contrat acceptée par le client. En pratique, pour les contrats de prestations récurrents, une simple lettre d’information suivie d’un avenant suffit généralement. Je le fais systématiquement pour mes clients lors de l’accompagnement à la transition.
L’EURL est-elle obligatoire si je dépasse les plafonds, ou puis-je rester en entreprise individuelle ?
Vous n’êtes pas obligé de créer une société. Si vous dépassez les seuils micro deux années consécutives, vous basculez sur le régime réel de l’entreprise individuelle, pas sur une EURL. L’EURL est un choix, pas une obligation. Elle apporte la personnalité morale, la responsabilité limitée, et la possibilité d’opter pour l’IS. Si vous n’avez pas besoin de ces éléments (pas de patrimoine à protéger, pas d’associés futurs, pas d’option IS intéressante), le régime réel de l’EI peut suffire. Si en revanche vous envisagez de vous associer à terme, lisez mon comparatif EURL ou SARL pour choisir la forme la plus adaptée.
Puis-je récupérer mes droits ACRE pour la création de l’EURL ?
Non, sauf si trois ans se sont écoulés depuis la fin de vos droits ACRE pour la micro-entreprise. L’ACRE ne peut pas être cumulée à moins de trois ans d’intervalle, même si la structure change. Et si l’URSSAF considère que l’EURL est une simple continuation de l’activité micro, elle peut refuser l’ACRE même au-delà de ce délai.
Quel est le délai moyen pour finaliser le passage complet ?
Comptez deux à quatre semaines pour l’ensemble de la procédure : une à trois semaines pour l’immatriculation de l’EURL (selon le greffe), quelques jours pour la radiation de la micro-entreprise, et ensuite le temps d’informer vos partenaires et de mettre à jour vos documents commerciaux. Certains greffes traitent les dossiers complets en moins d’une semaine.
Le passage de la micro-entreprise à l’création EURL est une étape structurante pour votre activité. Pas une formalité à traiter à la légère. Le bon moment, le bon régime fiscal, les bons statuts : autant de paramètres qui auront des conséquences concrètes sur votre rémunération nette et votre protection sociale pendant des années.
Chez Jurixa, j’accompagne ce type de transition de bout en bout : analyse de votre situation, rédaction des statuts sur-mesure, montage du dossier complet, conseil sur l’option IS et le régime TNS. Si vous voulez qu’on regarde ensemble votre situation avant de sauter le pas, contactez-moi directement.