Un chauffeur de taxi indépendant exerce sous un statut d’artisan, inscrit au Répertoire National des Entreprises (RNE) tenu par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, et choisit ensuite entre micro-entreprise, entreprise individuelle à l’IS, EURL ou SASU pour encaisser ses recettes. La micro-entreprise plafonne à 83 600 € de chiffre d’affaires en 2026 et n’autorise pas la déduction des charges réelles, ce qui la rend souvent inadaptée dès qu’un véhicule ou une autorisation de stationnement (ADS) sont financés à crédit. Dans mon accompagnement, je vois régulièrement des chauffeurs qui ont choisi leur statut avant même d’avoir obtenu leur carte professionnelle, dans le mauvais ordre. Cet article remet les étapes dans l’ordre : ce qu’il faut obtenir avant de créer une structure, puis comment choisir le statut qui colle réellement à votre projet.
- La carte professionnelle (examen préfectoral) et l’ADS (autorisation de stationnement délivrée par la mairie) sont deux documents distincts, tous deux obligatoires avant de rouler.
- L’ADS délivrée après le 1er octobre 2014 est gratuite mais incessible : elle s’obtient sur liste d’attente, parfois après plusieurs années. Seules les ADS antérieures se revendent sur un marché secondaire, de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros.
- Le taxi s’inscrit comme artisan à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, à la différence du VTC qui relève du registre commercial.
- La micro-entreprise plafonne à 83 600 € de CA en 2026 et ne déduit pas les charges réelles : souvent pénalisant quand l’ADS ou le véhicule sont financés à crédit.
- L’EURL ou l’entreprise individuelle à l’IS permettent de déduire l’amortissement du véhicule, le carburant et le coût de l’ADS achetée, avec un taux d’IS réduit à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice.
La carte professionnelle, le premier verrou
Avant même de parler de statut, il faut décrocher le certificat de capacité professionnelle de conducteur de taxi (CCPT). L’examen, organisé par la préfecture, comprend une partie théorique (réglementation du transport public de personnes, sécurité routière, gestion, langues) et une épreuve pratique de conduite avec évaluation de la connaissance du territoire. Comptez environ 200 € de frais d’inscription à l’examen, et de 400 à 3 000 € si vous suivez une formation préparatoire, dont la durée varie de 50 à plusieurs centaines d’heures selon votre niveau de départ.
Pour se présenter, il faut être titulaire du permis B depuis au moins 3 ans (2 ans en conduite accompagnée), présenter un casier judiciaire vierge de mentions incompatibles (bulletin n°2) et fournir un certificat médical d’aptitude délivré par un médecin agréé. Une fois l’examen réussi, la carte professionnelle est délivrée par la préfecture, valable 5 ans et renouvelable sous réserve d’une formation continue. Elle vous autorise à exercer dans le département de délivrance, et dans 4 départements supplémentaires après une formation à la mobilité.
Le taxi est défini par le Code des transports, art. L3121-1 : un véhicule dont le propriétaire ou l’exploitant est « titulaire d’une autorisation de stationnement sur la voie publique, en attente de la clientèle », pour effectuer à titre onéreux le transport de personnes. Deux éléments ressortent de cette définition, la carte professionnelle du conducteur et l’ADS attachée au véhicule, et aucun des deux ne remplace l’autre.
L’ADS, la vraie barrière à l’entrée du métier
C’est le point que les futurs chauffeurs sous-estiment le plus. La carte professionnelle vous autorise à conduire un taxi. L’autorisation de stationnement (ADS), elle, vous autorise à stationner sur la voie publique en attente de clients et à exercer la maraude, cette pratique propre au taxi qui n’existe pas pour le VTC. Sans ADS, pas d’activité de taxi possible, même carte professionnelle en poche.
L’ADS gratuite, mais sur liste d’attente
Depuis la loi n° 2014-1104 du 1er octobre 2014, les nouvelles ADS sont délivrées gratuitement par la mairie (ou l’établissement public de coopération intercommunale compétent), dans l’ordre chronologique d’inscription sur une liste d’attente publique. Elles sont incessibles : impossible de les revendre, elles retournent au pool municipal si vous cessez votre activité. Leur durée est de 5 ans, renouvelable tant que vous respectez les conditions. Le souci, c’est le délai : dans les grandes villes, l’attente dépasse fréquemment 5 à 7 ans faute de renouvellement suffisant du parc d’autorisations.
L’ADS achetée, uniquement pour celles d’avant 2014
Les ADS délivrées avant le 1er octobre 2014 restent cessibles, dans le cadre d’un registre de transactions public tenu par l’autorité qui les a délivrées. C’est ce marché secondaire, souvent appelé « achat de plaque », qui explique les prix constatés dans la profession : de 5 000 à 10 000 € dans les petites villes, 15 000 à 25 000 € dans les villes moyennes, et 30 000 € ou plus dans les grandes métropoles hors Paris, où la vente est interdite depuis 2014. Une alternative existe, la location-gérance : vous exploitez l’ADS d’un tiers moyennant un loyer mensuel, sans avoir à l’acheter, ce qui permet de tester l’activité avant de s’engager sur un achat.
Avant d’acheter une ADS sur le marché secondaire, vérifiez systématiquement qu’elle a bien été délivrée avant le 1er octobre 2014 et consultez le registre des transactions tenu par la mairie. Une ADS post-2014 ne peut légalement pas être vendue : un « achat » présenté comme tel dans ce cas n’a aucune valeur juridique et vous expose à perdre l’intégralité de la somme versée.
Taxi ou VTC : ne pas confondre les deux réglementations
Le taxi et le VTC sont deux métiers proches sur le papier, transporter des passagers contre rémunération, mais séparés par des règles très différentes. Le taxi maraude, stationne sur la voie publique et applique un tarif au compteur homologué. Le VTC ne peut prendre en charge que des clients ayant réservé au préalable, et facture un prix fixé à l’avance, sans taximètre. Si vous hésitez entre les deux métiers, mon article devenir VTC et créer son entreprise détaille la carte VTC, l’examen T3P et l’inscription au registre national des VTC (REVTC), une procédure différente de celle du taxi.
Sur le plan des statuts d’entreprise en revanche, taxi et VTC se retrouvent : micro-entreprise, entreprise individuelle, EURL ou SASU restent les quatre options possibles pour les deux métiers, avec les mêmes arbitrages fiscaux et sociaux.
L’inscription comme artisan, une étape à ne pas sauter
Le taxi est une activité artisanale par nature, tant que l’entreprise emploie moins de 10 salariés. Concrètement, l’immatriculation se fait via le guichet unique de l’INPI, qui transmet ensuite votre dossier au Répertoire National des Entreprises tenu par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA). C’est cette immatriculation qui remplace, depuis 2023, l’ancien extrait Kbis délivré par les chambres de métiers. Pour comprendre ce qui a changé sur ce point précis, l’article sur l’attestation RNE pour un artisan fait le point complet.
Le stage de préparation à l’installation (SPI), obligatoire pour beaucoup d’activités artisanales, est facultatif pour le taxi. Il reste toutefois recommandé pour aborder sereinement la gestion, la comptabilité et les obligations sociales d’un artisan indépendant.
Micro-entreprise : simple à lancer, pas toujours rentable pour un taxi
C’est le statut par défaut dans l’esprit de beaucoup de futurs chauffeurs, et il fonctionne bien pour tester l’activité sans engager de frais de structure. Le taxi relève des prestations de services BIC (transport de personnes), plafonnées à 83 600 € de chiffre d’affaires en 2026. Au-delà, il faut basculer vers un régime réel ou une société.
Le vrai problème n’est pas le plafond, c’est l’abattement forfaitaire de 50 % appliqué en micro pour calculer le revenu imposable et les cotisations sociales. Cet abattement suppose que vos charges réelles représentent la moitié de votre chiffre d’affaires. Pour un taxi qui rembourse un véhicule et une ADS achetée à crédit, les charges réelles dépassent souvent largement ce forfait, surtout les premières années. Résultat : vous payez des cotisations sur un bénéfice fictif, plus élevé que votre bénéfice réel.
Dans mon accompagnement, je recommande la micro-entreprise à un chauffeur qui loue son véhicule et exploite une ADS en location-gérance, sans emprunt lourd à rembourser. Dès qu’il y a un crédit véhicule et un achat d’ADS à financer, je fais systématiquement le calcul comparatif avec une entreprise individuelle à l’IS ou une EURL avant de valider le choix.
EURL, EI à l’IS ou SASU : déduire le véhicule, le carburant, l’ADS
Passer à une entreprise individuelle avec option pour l’impôt sur les sociétés, ou à une EURL, change la logique fiscale. Vous ne payez plus de cotisations sur la totalité de votre chiffre d’affaires diminué d’un abattement forfaitaire, mais sur la rémunération que vous vous versez. Le bénéfice restant dans la structure est taxé à l’impôt sur les sociétés, dont le taux réduit s’élève à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice pour les PME remplissant les conditions, puis 25 % au-delà.
Concrètement, cela permet de déduire l’amortissement du véhicule, le carburant, l’entretien, l’assurance professionnelle et, surtout, l’amortissement de l’ADS achetée sur le marché secondaire. Pendant les années de remboursement d’emprunt, le bénéfice imposable reste souvent faible, ce qui limite à la fois l’impôt et les cotisations sociales, contrairement à la micro où le remboursement du capital emprunté n’est jamais déductible de l’assiette de cotisations.
La SASU, elle, place le président sous le régime d’assimilé salarié, avec des charges sociales de l’ordre de 75 à 80 % du salaire net versé, contre 30 à 40 % en EURL ou en EI à l’IS. Pour un taxi artisan qui exerce seul, sans avantage social déterminant à en tirer, ce surcoût rend rarement la SASU pertinente face à une EURL ou une EI à l’IS.
Micro, EI à l’IS, EURL, SASU : le comparatif pour un taxi artisan
Quel statut pour un chauffeur de taxi indépendant ?
| Critère | Micro-entreprise | EI à l’IS | EURL | SASU |
|---|---|---|---|---|
| Simplicité de création | Maximale | Élevée | Moyenne | Moyenne |
| Déduction des charges réelles (véhicule, ADS, carburant) | Non, abattement forfaitaire 50 % | Oui | Oui | Oui |
| Plafond de chiffre d’affaires | 83 600 € | Aucun | Aucun | Aucun |
| Régime social du dirigeant | Travailleur indépendant | Travailleur indépendant | Travailleur indépendant | Assimilé salarié |
| Charges sociales approximatives | ~24,6 % du CA | ~30-40 % de la rémunération | ~30-40 % de la rémunération | ~75-80 % du salaire net |
| Adapté à un achat d’ADS/véhicule financé à crédit | Rarement | Oui | Oui | Rarement |
Ce comparatif ne remplace pas un calcul personnalisé. Le seuil de bascule dépend de votre chiffre d’affaires réel, du montant emprunté et de vos objectifs de rémunération. Mon article EURL ou micro-entreprise détaille la méthode de calcul du seuil de bascule, transposable à l’activité de taxi. Et si l’hésitation se situe plutôt entre EURL et SASU, le comparatif EURL ou SASU creuse les différences de régime social et de fiscalité des dividendes.
Une plateforme automatisée génère des statuts génériques en quelques minutes, sans tenir compte de votre projet d’achat d’ADS, de votre régime matrimonial ou d’un futur second véhicule. Dans mon accompagnement, je structure votre activité de taxi en fonction de votre situation réelle : montant à financer, projet de développement, régime fiscal choisi. La création d’une EURL démarre à partir de 550 €, la micro-entreprise à partir de 90 €.
Le budget réel d’installation
Au-delà du statut, voici ce qu’il faut prévoir pour démarrer :
- Carte professionnelle : environ 200 € d’inscription à l’examen, 60 € pour la carte elle-même, et 400 à 3 000 € de formation préparatoire selon votre niveau de départ.
- ADS : gratuite en liste d’attente (mais délai de plusieurs années dans les grandes villes) ou de 5 000 € à plusieurs dizaines de milliers d’euros à l’achat pour une ADS antérieure à 2014.
- Véhicule : équipé du taximètre homologué, du terminal de paiement électronique et du dispositif lumineux « Taxi », plusieurs milliers d’euros selon le modèle et l’état.
- Assurance professionnelle : une assurance auto classique ne couvre pas l’activité de transport de personnes à titre onéreux, il faut une garantie dédiée. Mon article sur l’assurance transport de personnes détaille les garanties obligatoires et les fourchettes de prix.
- Formalités de création : gratuites en micro-entreprise, quelques centaines d’euros de frais de greffe pour une EURL.
La semaine dernière encore, un futur chauffeur me demandait s’il pouvait créer sa société avant d’avoir sa carte professionnelle, pour « gagner du temps ». Je le déconseille systématiquement : sans carte pro ni ADS, une structure immatriculée mais inactive génère des obligations comptables et déclaratives pour rien. Mieux vaut sécuriser les deux documents réglementaires, puis choisir et créer le bon statut dans la foulée.
Questions fréquentes
Peut-on être chauffeur de taxi en micro-entreprise ?
Oui, tant que votre chiffre d’affaires reste sous le plafond de 83 600 € en 2026. C’est une option pertinente pour démarrer sans emprunt lourd, notamment si vous exploitez une ADS en location-gérance et un véhicule loué. Dès qu’un crédit important finance le véhicule ou l’achat d’une ADS, l’abattement forfaitaire de 50 % couvre rarement les charges réelles, et une EI à l’IS ou une EURL devient souvent plus avantageuse.
Faut-il être artisan pour exercer comme taxi indépendant ?
Oui, sauf si votre entreprise emploie 10 salariés ou plus, auquel cas l’activité bascule sous un régime commercial. L’immatriculation se fait via le guichet unique de l’INPI, qui inscrit votre entreprise au Répertoire National des Entreprises tenu par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat.
Quelle différence entre la carte professionnelle et l’ADS ?
La carte professionnelle atteste de votre aptitude à conduire un taxi, elle est personnelle et délivrée par la préfecture après examen. L’ADS autorise le véhicule à stationner sur la voie publique en attente de clients, elle est délivrée par la mairie et attachée à l’exploitation, pas au conducteur. Il faut les deux pour exercer légalement, aucun des deux ne suffit seul.
Une ADS achetée avant 2014 peut-elle encore être revendue aujourd’hui ?
Oui, les ADS délivrées avant le 1er octobre 2014 restent cessibles dans le cadre d’un registre de transactions public. Ce sont elles qui alimentent le marché secondaire, avec des prix allant de quelques milliers d’euros dans les petites communes à plusieurs dizaines de milliers d’euros dans les grandes villes. Les ADS délivrées après cette date sont incessibles.
Micro-entreprise ou EURL pour un premier achat d’ADS financé à crédit ?
Dans la plupart des cas que j’accompagne, l’EURL ou l’entreprise individuelle à l’IS sont plus adaptées. Elles permettent de déduire l’amortissement de l’ADS et du véhicule, ainsi que les intérêts d’emprunt, ce que la micro-entreprise ne permet pas avec son abattement forfaitaire. Le calcul dépend toutefois du montant emprunté et du chiffre d’affaires prévisionnel : un chiffrage personnalisé reste la seule façon de trancher sereinement.
En conclusion
Le statut d’un chauffeur de taxi indépendant se joue en deux temps. D’abord les documents réglementaires, la carte professionnelle et l’ADS, sans lesquels aucune structure ne sert à rien. Ensuite le choix fiscal et social, entre une micro-entreprise simple mais limitée par son abattement forfaitaire, et une EURL ou une EI à l’IS qui permettent de déduire le poids réel d’un véhicule et d’une ADS financés à crédit.
Dans mon accompagnement, je vois autant de chauffeurs qui restent trop longtemps en micro par habitude que de chauffeurs qui créent une société avant même d’avoir leur carte professionnelle. Les deux erreurs coûtent cher, différemment. Si vous préparez votre installation comme taxi indépendant, faites le point sur votre financement réel avant de choisir le statut : c’est ce calcul, plus que le statut en lui-même, qui détermine ce qu’il vous restera en poche chaque mois.