Augmenter le capital d’une SASU, c’est une décision qui appartient à une seule personne : l’associé unique, sans assemblée à convoquer ni quorum à réunir. Comptez entre 300 et 3 000 € de formalités selon la modalité choisie (numéraire, nature ou incorporation de réserves), et 2 à 5 semaines pour boucler l’opération. Dans mon accompagnement, je vois régulièrement des dirigeants de SASU qui pensent que la procédure ressemble à celle d’une SAS classique avec ses votes et ses délais de convocation. Ce n’est pas le cas, mais un piège attend au tournant : si l’opération fait entrer un nouvel actionnaire, votre SASU devient automatiquement une SAS. Je vous explique la mécanique complète.
- La décision appartient exclusivement à l’associé unique, qui ne peut pas la déléguer (art. L227-9 C. com.).
- Trois modalités possibles : apport en numéraire, apport en nature (souvent avec commissaire aux apports) ou incorporation de réserves.
- Le capital antérieur doit être intégralement libéré avant toute nouvelle émission en numéraire.
- Faire entrer un deuxième actionnaire transforme automatiquement la SASU en SAS, sans procédure de transformation à proprement parler.
- Le coût varie de 300 € (incorporation de réserves) à plusieurs milliers d’euros si un commissaire aux apports intervient.
Pourquoi augmenter le capital d’une SASU
Les motifs se recoupent en deux familles bien distinctes, et elles n’ont pas les mêmes conséquences.
Rester seul associé, mais renforcer la société. L’associé unique injecte lui-même des fonds supplémentaires, ou décide d’incorporer au capital des réserves accumulées depuis plusieurs exercices. Objectif : améliorer les capitaux propres, rassurer une banque avant un prêt, ou simplement mettre le capital social en cohérence avec l’activité réelle de l’entreprise. Dans ce cas de figure, rien ne change côté gouvernance : vous restez seul aux commandes.
Faire entrer un investisseur ou un associé opérationnel. C’est la situation la plus fréquente dans les SASU que j’accompagne après une ou deux années d’activité : un partenaire, un business angel ou un ancien salarié souhaite investir en échange d’actions nouvelles. Cette hypothèse change tout, puisqu’elle fait basculer la société vers un fonctionnement pluripersonnel. J’y reviens en détail plus bas, avec les conséquences précises sur le statut de votre société.
Dans mon accompagnement à la création SASU, j’insiste toujours sur ce point dès la rédaction des statuts initiaux : anticiper une éventuelle augmentation de capital évite de découvrir, au moment où un investisseur se présente, que les statuts bloquent l’opération ou l’encadrent mal.
Qui décide ? L’associé unique, et lui seul
C’est la différence fondamentale avec une SAS à plusieurs associés, et le point que je dois systématiquement clarifier avec mes clients qui ont entendu parler d’assemblée générale extraordinaire (AGE) pour ce type d’opération.
L’article L227-9 du Code de commerce est explicite : les attributions dévolues aux assemblées générales des sociétés anonymes en matière d’augmentation de capital sont, dans les sociétés à associé unique, exercées par ce dernier. Le texte ajoute une phrase qui a son importance : « L’associé unique ne peut déléguer ses pouvoirs. Ses décisions sont répertoriées dans un registre. »
Concrètement, pour une SASU :
- Pas de convocation formelle à envoyer, puisqu’il n’y a qu’un seul destinataire.
- Pas de quorum ni de règle de majorité à respecter : la décision est prise dès qu’elle est signée.
- Une décision unilatérale de l’associé unique, rédigée par écrit et consignée au registre des décisions, tient lieu de procès-verbal d’assemblée.
C’est une simplification réelle par rapport à la SAS à plusieurs associés, où l’augmentation de capital exige un rapport du président, une convocation dans les délais statutaires, puis un vote en AGE selon les règles de majorité fixées par les statuts.
Quand le président n’est pas l’associé unique
Dans la majorité des SASU que je crée, la même personne cumule les deux casquettes : présidente et associée unique. Mais certaines SASU sont dirigées par un président tiers, non actionnaire (typique d’un holding familial qui nomme un opérationnel). Dans ce cas, la décision d’augmenter le capital reste réservée à l’associé unique. Le président ne peut ni la prendre à sa place, ni s’y opposer : il exécute la décision une fois qu’elle est actée.
La compétence de l’associé unique en matière de capital n’est pas une simple faculté statutaire, c’est une règle d’ordre public issue de l’article L227-9 C. com.. Aucune clause des statuts ne peut transférer ce pouvoir au président ou à un tiers, même avec l’accord de l’associé unique lui-même.
Les trois modalités d’apport
Comme pour toute société par actions, la SASU applique les règles du Code de commerce relatives aux sociétés anonymes via l’article L227-1, sauf incompatibilité avec le fonctionnement unipersonnel.
L’apport en numéraire
C’est la modalité la plus courante quand l’associé unique (ou un futur associé) injecte des liquidités. La libération minimale à la souscription est de 25 % du montant souscrit, le solde pouvant être versé dans un délai de 5 ans (art. L225-131 et suivants du Code de commerce, applicables par renvoi de l’art. L227-1). Les fonds sont déposés sur un compte bloqué ouvert au nom de la SASU, en banque ou chez un notaire, contre une attestation de dépôt de fonds indispensable pour le dossier de dépôt.
Mon article sur l’apport en numéraire détaille les modalités pratiques de ce dépôt, communes à toutes les sociétés par actions.
Avant d’émettre de nouvelles actions en numéraire, vérifiez que le capital initial de votre SASU est intégralement libéré. L’article L225-131 du Code de commerce l’interdit tant que ce n’est pas le cas. C’est un oubli fréquent chez les créateurs qui ont utilisé la libération fractionnée (20 % minimum) à la constitution et n’ont jamais versé le solde.
L’apport en nature
Un bien (matériel, brevet, fonds de commerce, portefeuille clients) est apporté en échange d’actions nouvelles. Sa valeur doit en principe être vérifiée par un commissaire aux apports, sauf si deux conditions sont réunies cumulativement : chaque apport est inférieur à 30 000 € et la valeur totale des apports en nature non évalués ne dépasse pas 50 % du capital après l’opération. L’associé unique peut alors décider seul de se passer de ce contrôle, mais reste responsable pendant 5 ans de la valeur retenue si elle s’avère surévaluée.
Cette question mérite un article à part entière : voir mon guide sur le commissaire aux apports, qui détaille les cas d’exonération et le déroulement concret de la mission.
L’incorporation de réserves ou de bénéfices
Aucune entrée d’argent n’est nécessaire : la SASU convertit des sommes déjà présentes dans ses fonds propres (réserve légale, report à nouveau, primes antérieures) en capital social. C’est la modalité la plus rapide et la moins coûteuse : pas de dépôt de fonds, pas de commissaire aux apports. En contrepartie, elle ne renforce en rien la trésorerie disponible, uniquement l’apparence de solidité financière de la société.
Les trois modalités d'augmentation de capital en SASU
| Modalité | Entrée de trésorerie | Commissaire aux apports | Complexité |
|---|---|---|---|
| Apport en numéraire | Oui | Non | Faible à moyenne |
| Apport en nature | Non (actif transféré) | Oui, sauf dispense (< 30 000 € et < 50 % capital) | Moyenne à élevée |
| Incorporation de réserves | Non | Non | Faible |
La prime d’émission, un mécanisme surtout utile face à un investisseur
Quand la SASU a déjà accumulé des réserves et que sa valeur réelle dépasse largement son capital nominal, émettre de nouvelles actions au même prix que les anciennes reviendrait à brader une part de la société à l’entrant. La prime d’émission corrige ce déséquilibre : elle correspond à la différence entre le prix payé par le nouvel actionnaire et la valeur nominale des actions.
Exemple concret que je rencontre régulièrement dans mon accompagnement : une SASU au capital de 5 000 € (500 actions de 10 €) a accumulé 45 000 € de réserves depuis sa création. La valeur réelle de chaque action tourne donc autour de 100 €, pas 10 €. Si un investisseur souscrit 100 actions nouvelles, il doit payer 100 € chacune, soit 10 € de valeur nominale et 90 € de prime d’émission, faute de quoi l’associé unique historique se retrouverait dilué sans contrepartie financière juste.
Cette prime est intégralement libérée à la souscription et figure dans un compte spécial au passif du bilan. Pour le détail des calculs et le mécanisme du droit préférentiel de souscription applicable en cas de pluralité d’associés, mon guide sur l’augmentation de capital en SAS va plus loin sur ce point, puisqu’il concerne les sociétés déjà multi-associés.
Le piège central : votre SASU devient une SAS
Voilà le point que je dois expliquer à presque chaque associé unique qui envisage de faire entrer un partenaire au capital, et que la plupart découvrent trop tard.
Dès qu’une personne autre que l’associé unique souscrit à l’augmentation de capital, la société cesse d’être unipersonnelle. Ce n’est pas une transformation de forme sociale au sens juridique du terme, comme le passage d’une SARL en SAS, qui exigerait un rapport de commissaire à la transformation. La SASU est une SAS, simplement réduite à un seul actionnaire (art. L227-1 C. com.). Dès qu’un deuxième actionnaire entre, elle redevient une SAS ordinaire, sans rupture de personnalité morale, sans nouveau numéro SIREN, sans changement de régime fiscal.
Ce que cela implique concrètement :
- La mention « société à associé unique » disparaît des statuts et des documents officiels.
- Les formalités de publicité allégées, dont bénéficient certaines SASU dirigées par leur associé unique personne physique, cessent de s’appliquer.
- Si vos statuts ont été rédigés sur un modèle générique sans anticiper ce cas, ils doivent être revus pour intégrer des règles de gouvernance collective (organisation des décisions, clauses d’agrément, éventuelle clause de préemption).
J’ai consacré un article complet à cette bascule, avec le comparatif détaillé entre augmentation de capital et cession d’actions pour faire entrer un associé : passer de SASU à SAS. Si vous envisagez sérieusement de faire entrer un partenaire, lisez-le avant de signer quoi que ce soit.
Dans mon accompagnement, je recommande systématiquement d’anticiper cette hypothèse dès la rédaction des statuts de la SASU, même si vous êtes certain de rester seul pendant des années. Des clauses d’agrément et de préemption bien rédigées dès le départ évitent une négociation sous pression le jour où un investisseur se présente avec un délai de deux semaines.
La procédure étape par étape
Étape 1 : Vérifier la libération du capital antérieur
Avant toute émission en numéraire, contrôlez que le capital existant a été libéré à 100 %. Mon article sur la libération du capital social détaille les règles et les délais applicables.
Étape 2 : Rédiger la décision de l’associé unique
Pas de convocation ni de rapport formel obligatoire comme en SAS pluripersonnelle, mais je recommande d’expliciter par écrit le motif de l’opération, le montant, la modalité retenue et, le cas échéant, le prix d’émission. Cette décision est signée et immédiatement inscrite au registre des décisions.
Étape 3 : Déposer les fonds ou faire intervenir le commissaire aux apports
Pour un apport en numéraire, les fonds sont versés sur un compte bloqué et une attestation de dépôt est délivrée par la banque. Pour un apport en nature nécessitant un commissaire aux apports, comptez 2 à 4 semaines pour obtenir son rapport, pour un coût généralement compris entre 1 000 et 3 000 € selon la complexité du bien évalué.
Étape 4 : Mettre à jour les statuts
Le montant du capital social et, le cas échéant, la mention de la pluralité d’associés doivent être actualisés dans les statuts, signés et certifiés conformes par l’associé unique (ou le président).
Étape 5 : Publier une annonce légale
Toute modification du capital social doit faire l’objet d’une publication dans un journal d’annonces légales habilité du département du siège social. Comptez environ 150 à 220 € selon la longueur de l’avis.
Étape 6 : Déposer le dossier au guichet unique de l’INPI
Le dossier est transmis via formalites.entreprises.gouv.fr : décision de l’associé unique, statuts mis à jour, attestation de dépôt de fonds ou rapport du commissaire aux apports, justificatif de l’annonce légale, et règlement des frais de greffe. Le greffe instruit le dossier en 3 à 10 jours ouvrés, à l’issue desquels un nouveau Kbis mentionnant le capital actualisé est disponible.
Combien coûte une augmentation de capital de SASU en 2026
Coût d'une augmentation de capital de SASU en 2026
| Poste | Coût estimé |
|---|---|
| Annonce légale | 150 à 220 € |
| Frais de greffe et formalités INPI | ~200 € |
| Commissaire aux apports (si requis) | 1 000 à 3 000 € |
| Droits d’enregistrement forfaitaires | 375 ou 500 € selon le capital après opération |
| Accompagnement rédaction (Jurixa) | À partir de 340 € |
Une plateforme automatisée peut générer un modèle de décision d’associé unique pour quelques dizaines d’euros, sans vérifier si votre capital antérieur est bien libéré, si vos statuts anticipent l’arrivée d’un futur associé, ou si le prix d’émission retenu est défendable. Un expert-comptable ou un avocat facture ce type d’opération entre 800 et 2 000 €, un budget souvent disproportionné pour une augmentation de capital simple. Dans mon accompagnement aux modifications statutaires, je rédige la décision, les statuts mis à jour et je coordonne le dépôt au guichet unique, à partir de 340 €.
Augmentation de capital SASU : plateforme, Jurixa ou expert-comptable / avocat
| Prestataire | Tarif indicatif | Ce qui est fait |
|---|---|---|
| Plateforme automatisée | 129 à 250 € + frais | Décision et statuts générés à partir d’un modèle type, sans adaptation |
| Jurixa | à partir de 340 € + frais | Décision et statuts sur-mesure adaptés à votre situation, dépôt coordonné |
| Expert-comptable / avocat | 800 à 2 000 € | Accompagnement complet, justifié pour les montages complexes |
Questions fréquentes
Peut-on augmenter le capital d’une SASU sans passer par une assemblée générale ?
Oui, et c’est même la règle. Contrairement à une SAS à plusieurs associés, la SASU n’a pas d’assemblée à convoquer. L’associé unique prend seul la décision, la rédige par écrit et l’inscrit au registre des décisions, conformément à l’article L227-9 du Code de commerce.
Que se passe-t-il si l’associé unique ne libère pas le solde des 75 % restants ?
La loi accorde un délai de 5 ans pour libérer le solde d’un apport en numéraire souscrit à 25 %. Passé ce délai sans versement, la société peut engager une procédure de mise en demeure, puis faire vendre les actions non libérées aux enchères publiques pour recouvrer les sommes dues. En pratique, mieux vaut fixer un échéancier réaliste dès la décision plutôt que de repousser indéfiniment.
Une augmentation de capital de SASU peut-elle être annulée ?
Oui, si un vice de forme entache la décision ou si le dépôt au guichet unique est rejeté pour dossier incomplet. Un défaut de libération du capital antérieur, une attestation de dépôt de fonds manquante ou des statuts mal mis à jour sont les motifs de rejet les plus fréquents que je constate. En dehors de ces cas, la décision régulièrement prise par l’associé unique est difficilement contestable, puisqu’il n’y a pas d’autre associé susceptible de s’y opposer.
Faut-il un commissaire aux apports pour tous les apports en nature ?
Non. L’associé unique peut s’en dispenser si chaque apport en nature est inférieur à 30 000 € et si la valeur totale des apports non évalués ne dépasse pas 50 % du capital après l’opération. Dans ce cas, il assume seul la responsabilité de la valeur retenue pendant 5 ans à l’égard des tiers.
L’augmentation de capital est-elle le seul moyen de faire entrer un associé en SASU ?
Non. La cession d’une partie des actions de l’associé unique à un tiers produit le même effet (passage automatique en SAS) sans faire entrer d’argent frais dans la société, puisque le prix est versé au cédant et non à la société. Le choix entre les deux méthodes dépend de votre objectif : renforcer la trésorerie de la société (augmentation de capital) ou encaisser personnellement une partie de sa valeur (cession). Mon article sur le passage de SASU à SAS compare les deux voies en détail.
En conclusion
Augmenter le capital d’une SASU est, sur le papier, l’une des opérations les plus simples du droit des sociétés françaises : une décision, un registre, un dépôt au guichet unique. Mais cette simplicité cache deux points de vigilance réels. D’abord, la libération intégrale du capital antérieur, un prérequis que beaucoup de créateurs ignorent au moment d’agir. Ensuite, et surtout, la bascule automatique vers le statut de SAS dès qu’un second actionnaire entre au capital, avec toutes les conséquences que cela suppose sur la gouvernance future.
Dans mon accompagnement, je vérifie systématiquement ces deux points avant de rédiger la décision et les statuts actualisés. Si vous envisagez de renforcer seul votre trésorerie ou de faire entrer un partenaire dans les mois qui viennent, mieux vaut en parler avant de signer quoi que ce soit avec l’investisseur pressenti.