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Statuts juridiques

Mettre sa maison en SCI : procédure, frais et conséquences 2026

Sandrine Chiorozas · · 11 min de lecture
Transfert d'une maison personnelle dans une SCI

Vous possédez déjà une maison et vous envisagez de la transférer dans une SCI. C’est la situation la plus fréquente que je rencontre en consultation : un couple qui veut préparer sa succession, des frères et soeurs qui souhaitent structurer un bien hérité, ou un investisseur qui réorganise son patrimoine. L’opération est tout à fait possible, mais elle obéit à des règles précises que beaucoup sous-estiment.

Contrairement à l’achat d’un bien directement par une SCI (où la société acquiert le bien auprès d’un tiers), mettre sa maison en SCI consiste à apporter un bien que vous possédez déjà à une société civile immobilière. La nuance change tout : le notaire, la fiscalité, les frais et les conséquences juridiques ne sont pas les mêmes.

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Comment fonctionne l’apport d’une maison à une SCI ?

L’apport immobilier est l’opération par laquelle vous transférez la propriété de votre maison à la SCI. En contrepartie, vous recevez des parts sociales proportionnelles à la valeur du bien apporté. Juridiquement, vous cessez d’être propriétaire du bien : c’est la SCI qui le devient. Vous devenez associé, détenteur de parts.

Il existe deux situations distinctes.

Apport lors de la création de la SCI

Vous créez la SCI et inscrivez l’apport immobilier directement dans les statuts. Le notaire rédige l’acte d’apport en même temps que les statuts. C’est la configuration la plus simple et la moins coûteuse, car tout se fait en une seule opération.

Apport en cours de vie de la SCI

Si la SCI existe déjà, l’apport passe par une augmentation de capital. Il faut convoquer une assemblée générale extraordinaire, voter l’augmentation, modifier les statuts, puis faire constater l’apport par le notaire. La procédure est plus lourde et engendre des frais supplémentaires (modification statutaire, publication, formalités au guichet unique INPI).

L’intervention du notaire est obligatoire pour tout apport immobilier à une SCI, que ce soit à la création ou en cours de vie. Un acte sous seing privé ne suffit pas : l’article 710-1 du Code civil impose un acte authentique pour tout transfert de propriété immobilière.

Les 5 étapes concrètes pour transférer sa maison en SCI

Etape 1 : Faire évaluer le bien

L’évaluation du bien conditionne le nombre de parts que vous recevrez. Contrairement à ce qu’on lit parfois, il n’est pas obligatoire de recourir à un commissaire aux apports pour une SCI. Les associés peuvent fixer la valeur eux-mêmes dans les statuts. Mais attention : en cas de surévaluation, vous engagez votre responsabilité personnelle pendant 5 ans envers les créanciers de la société (article 1843-3 du Code civil).

Je recommande systématiquement une estimation par un professionnel (notaire, expert immobilier) pour sécuriser l’opération.

Etape 2 : Rédiger ou modifier les statuts

Les statuts doivent mentionner la description précise du bien (adresse, références cadastrales, superficie), sa valeur, et le nombre de parts attribuées à l’apporteur. Si la SCI existe déjà, il faut un procès-verbal d’assemblée générale extraordinaire autorisant l’augmentation de capital.

Etape 3 : Passer devant le notaire

Le notaire rédige l’acte d’apport, vérifie la situation hypothécaire du bien, effectue les diagnostics obligatoires et procède à la publication au service de la publicité foncière. C’est cette publication qui rend le transfert opposable aux tiers.

Etape 4 : Enregistrer et publier

L’acte doit être enregistré auprès du service des impôts dans le mois suivant sa signature. Les droits d’enregistrement sont calculés selon le régime fiscal de la SCI (voir section suivante). Une annonce légale est également publiée si l’apport intervient en cours de vie de la SCI.

Etape 5 : Immatriculer ou mettre à jour la SCI

Si la SCI est créée à cette occasion, elle doit être immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés via le guichet unique INPI. Si elle existe déjà, une inscription modificative est nécessaire pour enregistrer l’augmentation de capital.

Combien coûte l’opération ? Les frais détaillés

C’est la question que tout le monde pose en premier. Voici le détail réel des frais.

2 000 à 5 000 €
Frais de notaire moyens
Chambre des notaires de Paris, barème 2026

Droits d’enregistrement : IR vs IS

C’est le poste de dépense le plus variable et celui qui réserve le plus de surprises.

Droits d'enregistrement selon le régime fiscal

SCI à l’IRSCI à l’IS
Apport pur et simpleDroit fixe de 125 €5 % de la valeur du bien
Apport à titre onéreux (bien grevé d’un emprunt)Barème progressif 0 à 5 % sur la part du passif reprisBarème progressif 0 à 5 % sur la part du passif repris
ConditionAucune condition particulièreTaux plein systématique

Prenons un exemple concret. Vous apportez votre maison évaluée à 300 000 euros à une SCI familiale à l’IR, sans emprunt en cours. Les droits d’enregistrement s’élèvent à 125 euros seulement. La même opération avec une SCI à l’IS coûterait 15 000 euros de droits.

Si un emprunt est encore en cours sur le bien, la partie du prêt reprise par la SCI est considérée comme un apport à titre onéreux. Cette fraction est taxée au barème progressif des droits de mutation (jusqu’à 5 %), même pour une SCI à l’IR. Vérifiez toujours le capital restant dû avant de lancer l’opération.

Récapitulatif des frais totaux

Pour une maison de 300 000 euros apportée à une SCI familiale à l’IR, sans emprunt :

  • Frais de notaire (émoluments + débours + publication) : 2 500 à 4 500 euros
  • Droits d’enregistrement : 125 euros
  • Annonce légale (si modification de SCI existante) : 150 à 250 euros
  • Formalités INPI : 66,88 euros (création) ou 192,01 euros (modification)
  • Total estimé : 3 000 à 5 500 euros

Pour la même maison en SCI à l’IS, ajoutez 15 000 euros de droits d’enregistrement : le total grimpe à 18 000 à 20 000 euros.

La question fiscale : plus-value et imposition

L’apport d’un bien immobilier à une SCI constitue juridiquement une cession. Cela déclenche potentiellement une taxation sur la plus-value.

19 % + 17,5 %
Taux d'imposition de la plus-value immobilière
Article 150 U du CGI, prélèvements sociaux 2026

Les abattements pour durée de détention

La durée de détention du bien avant l’apport réduit progressivement l’impôt :

  • De la 6e à la 21e année : abattement de 6 % par an sur l’impôt sur le revenu
  • 22e année : abattement de 4 %, soit exonération totale d’IR après 22 ans
  • Prélèvements sociaux : exonération totale après 30 ans de détention

L’exonération résidence principale

C’est le point le plus important pour la majorité de mes clients. Si la maison que vous apportez est votre résidence principale au jour de l’apport, la plus-value est totalement exonérée d’impôt et de prélèvements sociaux. Aucune condition de durée de détention n’est requise (article 150 U du Code général des impôts).

En pratique, cela signifie que transférer sa résidence principale dans une SCI familiale à l’IR peut se faire sans aucune imposition sur la plus-value, quel que soit le gain réalisé depuis l’achat.

Attention au timing : l’exonération résidence principale s’apprécie au jour de la cession (ici, l’apport). Si vous avez déjà quitté le bien pour emménager ailleurs, vous risquez de perdre cette exonération. Le délai de tolérance admis par l’administration est d’environ un an après le déménagement, sous conditions.

Les pièges à éviter absolument

En vingt ans de pratique, j’ai vu ces erreurs revenir de manière récurrente.

Piège 1 : Oublier l’accord du conjoint

Si vous êtes marié sous le régime de la communauté, l’apport d’un bien commun à une SCI nécessite le consentement de votre conjoint (article 1424 du Code civil). Sans cet accord, l’opération est annulable pendant deux ans. Même si le bien est un bien propre, le conjoint doit être informé.

Piège 2 : Ne pas anticiper l’emprunt en cours

Si un crédit immobilier court encore sur le bien, vous devez obtenir l’accord de la banque pour le transfert. La banque peut exiger le remboursement anticipé du prêt ou la substitution de débiteur. Dans tous les cas, la part du passif repris par la SCI est taxée comme un apport à titre onéreux.

Piège 3 : Sous-estimer les frais en SCI à l’IS

La tentation de l’IS pour amortir le bien est réelle. Mais les droits d’enregistrement à 5 % sur la valeur totale du bien constituent un coût d’entrée considérable. Pour une maison de 400 000 euros, cela représente 20 000 euros de droits avant même de compter les frais de notaire.

Piège 4 : Confondre apport et vente

Vendre son bien à sa propre SCI est une opération différente de l’apport. La vente déclenche des droits de mutation complets (environ 7 à 8 %), mais permet de récupérer du cash. L’apport ne génère pas de trésorerie : vous recevez des parts sociales. Chaque montage répond à un objectif différent.

5 ans
Durée de la responsabilité pour surévaluation
Article 1843-3 du Code civil

Apport ou vente à la SCI : quelle option choisir ?

La question revient dans presque toutes mes consultations. Voici les critères de décision.

L’apport est préférable quand :

  • Vous ne cherchez pas de liquidités immédiates
  • La SCI est à l’IR (droits d’enregistrement limités à 125 euros)
  • Vous souhaitez transmettre progressivement via des donations de parts
  • Le bien est votre résidence principale (exonération de plus-value)

La vente à la SCI est préférable quand :

  • Vous avez besoin de récupérer du capital
  • La SCI est à l’IS et peut amortir le bien (malgré les droits de mutation plus élevés)
  • Le bien a peu de plus-value latente

Dans les deux cas, l’intervention du notaire est obligatoire et la SCI devient propriétaire du bien.

Questions fréquentes

Peut-on mettre sa maison en SCI sans notaire ?

Non. Tout transfert de propriété immobilière exige un acte authentique rédigé par un notaire (article 710-1 du Code civil). Un acte sous seing privé serait nul. Le notaire vérifie également la situation hypothécaire du bien et procède à la publicité foncière.

L’apport d’une résidence principale déclenche-t-il un impôt ?

Non, à condition que le bien soit effectivement votre résidence principale au jour de l’apport. L’exonération prévue par l’article 150 U du CGI s’applique intégralement, sans limitation de montant.

Combien de temps prend l’opération complète ?

Comptez entre 2 et 4 mois : 2 à 3 semaines pour la rédaction des statuts et l’évaluation du bien, 1 mois pour le passage chez le notaire et la publication, puis 2 à 4 semaines pour l’immatriculation au guichet unique INPI. Le délai dépend de la complexité (emprunt en cours, indivision, etc.).

Peut-on continuer à habiter la maison après l’apport à la SCI ?

Oui, mais les conséquences dépendent du régime fiscal de la SCI. En SCI à l’IR, vous pouvez occuper le bien à titre gratuit sans impact fiscal. En SCI à l’IS, l’administration fiscale considère l’occupation gratuite comme un avantage en nature (acte anormal de gestion). Il faut alors prévoir un bail ou une convention d’occupation.

Faut-il l’accord de tous les associés pour apporter un bien en cours de vie ?

Oui. L’apport d’un bien immobilier en cours de vie de la SCI constitue une augmentation de capital, qui nécessite une assemblée générale extraordinaire. Les règles de majorité dépendent de vos statuts, mais la modification statutaire requiert en principe l’unanimité sauf clause contraire.


Transférer sa maison dans une SCI est une opération structurante qui mérite un accompagnement juridique rigoureux. Entre le choix du régime fiscal, le calcul des droits, l’évaluation du bien et la rédaction des statuts, chaque décision a des conséquences patrimoniales durables. Chez Jurixa, je vous accompagne dans la création de votre SCI et la rédaction de statuts adaptés à votre situation familiale et patrimoniale.

Sources : Article 1843-3 du Code civilArticle 150 U du CGIArticle 710-1 du Code civilService-public.fr — SCIBOFiP — Plus-values immobilières

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 15 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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